‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 330 sur 893 · zle IV. so · texte numérisé non relu

zle IV. so

2. On a blàœé ce commencement comme sentant la haraneiie-maU ■1 faut songer que dans la bouche d'un personnage «recnourdèfa. dileurs grecs eui-mèmes, celta ailusioi à la p'uWsa'^ci'^dës chanïs ch/z''Kn';il'S' ",'"' naturelle ,|„.elle ne nous le iemWe S. lîreUonyl c^iez tunpide dans les discours passionnés que tient Admlte à A Irpsi» mourante: . Si j'avais, lui dit-il, la langue, la lyre d'OrpTée etou/e

iLn j "'^ '■*''^'*'-' "■ 370-373.) U même allusion -e voit

encore dans un passage, d'un tout autre caractère, ZBeUéropC

1 UBIPIDE. I. — 3

•Il

mourir avant le temps : il est doux de regarder la lumière- ne

me force pas de voir les abîmes souterrains". La première' je t ai nommé mon père*, et tu m'appelas ta fille* ; la première penchée sur tes genoux, je Tai donné de douces caresses et j en ai reçu de loi. Tu me disais alors : a 0 ma fille te verrai-je quelque jour dans la maison d'un puissant' époux heureuse et llonssante, comme il est diurne de moi ? » et moi je te disais, suspendue à Ion cou, et pressant ta barbe nue ic touche encore : ^ Te recevrai-je vieillissant, ô mon père, dans la douce hospitalité de ma maison, pour le rendre les soins

qui m'ont nourrie dans mon enfance ? b Je garde la mémoire

de ces paroles : mais tu les as oubliées, et tu veux me faire mourir. N'achève pas, au nom de Pélops et de ton père Atlée et de ma mère qui soufTre en ce moment une douleur én-ale à ^h]?,."^® rT^n"^''"'o"o Q"V.a-J-il entre moi et les "noces

d Hélène et de Pans / d'où est-il venu pour ma perte ? Tourne les yeux vers moi : donne-moi un re-ardetun baiser afin qu'en mourant j^emporte ce ga-re de toi, si tu n'es pas' persuade par mes paroi s. Et toi, mon frère, tu es un faible défenseur pour tes amis ; viens cependant avec tes larmes supplier

(fra?ra. xvji, v. 10). C'était, à ce qu^il semble, une forme qu'affection-

naît Euripide, et il y a lieu de douter qu'elle ait été transportée par limiiation de l^^ce*/e dans VIphigenie en Aultde, comme le veut

Bœckh {Grœc. Iraq. princip.,x\).

1. Passage cilé par PJutarque (de Àud. poet., ii) avec d'autres <:ur les mensonges des l'oëtes au sujet de l'autre vie. Amyot l'a traduit dlIlSl I

Ne me tuez avant que je sois meure, Me contr.iitinant d'aller faire demeure Entre les motts, sous la terre pesante : La lumière est à voir trop plus plaisante.

2. Êschine, l'ancien tragédien, qui savait son théâtre, s'est «souvenu de ce trait et l'a tourné contre Démosthèn ^ dans leur célèbre lutte En empruntant au commentaire de M. Stiévenart celle observation ie

Citerai au^si le passage d'après sa traduction des discours d'Fschine et

de Démos:hène : « C'était le septième jour depuis la mort de sa filieet, avant de lavoir pleurée, avant de lui rendre les derniers devoirs'

couronné de fleurs et vêtu d'une rob- blanche, il offre des ^ai-rifices

(au sujet de la mort de Philippe)!... Celle qui la première, qui la seule i ma'h'.ureux!* appela du num de père, tu venais de la perdre» .' (iEschin., m C^5ip/i., 29.) *

3. 11 est intéressant de retrouver, pour ainsi dire, les titres de cotte belle tragédie dans les imitations de détail qu'elle avait, outre la pièce d Lnnius, fourmes a la poésie latine. Aux pacages d'Ovide cités ni us haut on doit joindre le suivant de Lucrèce, de Nat. rer. I 94 .

Nec miser» prodesse in tali tempore quibat Quod patrio princeps donarat nomme regem.

IPIIIGENIE EN AULIDE

ton père de ne pas tuer ta sœur. Il y a dans les enfants même Pintelligence du malheur. Vois, mon père ; en se taisant il te supplie. Epargne-moi : prends pitié de ma vie. Nous te conjurons tous deux, Tun faible enfant, Tautre déjà grande. Je n'ajouterai qu'un mot plus fort que tout : rien nest plus doux pour les mortels que de voir le jour. Personne ne souhaite la nuit des enfers. Insensé qui veut mourir • une vio ma'heureuse est préférable à la plus belle mort '. »

Qui ne sent la difierence des deux morceaux? C'est,

chez Racine (et la métamorphose était encore faite avant

lui; elle semiole bien autrement complète dans la pièce

de Rolrou ^) , une princesse qui détourne d'elle-même sa

douleur, et la reporte sur les objets de son affection ; qui, soigneuse de sa dignité , demande la vie sans paraître craindre la mort. C'est, chez Euripide , une jeune fille,

2. L'iphigénie de Rotrou dit à sa confidente (acte IV, se. 1) :

• • • . • • • • Épargnez ma constance ; ronsiderant ma mort, regardez ma naissance. Et combien il importe à lua. condition De ne commettre pas une lâche action.

Elle dit à son père, avec quelque souvenir dEuripide et quelaucDiessentiment de Racine (acte IV, se. 3) : ^ ^ i- ^s

s 11 vous souvient pourtant que je suis Ja première Qui vous ait appelé de ce doux nom de père, Qui vous ait fait caresse, et qui, sur vos geno'ux Vous ait servi longtemps d'un passe-temps si doux Ne vous étonnez pas que cette mort m étonne : * Je ne l'attendais pas du bras qui me la donne; Et je me plains Lien moins, en mon mauvais destin D'un tel assassinat que d'un tel assassin. '

La mort est un ecueil fatal à tons les hommps • Nous y sommes sujets d:;s l'instant que nous sommes

Oui, se gneur, la première et dernière des lois

Est la nécessité de mourir une fois :

Je mourrai sans regret

D'avoir recours aux pleurs, d'implorer votre grâce Un si vil procédé sent tiop son âme basse; '

C'est une lâcheté que le sang me défend : En cela connoissez que je suis votre enfant. Plus vous me témoignez de n'être plus mon père, Plus je m'efforcerai de prouver le contraire; Le sang qui sortira de ce sein innocent Prouvera malgré vous sa source en se versant.

De ces derniers vers est venu chez Racine, si habile à profilai de .^08

EURIPIDt;

ir

surprise tout à coup, au milieu do l'heureuse sécurité de

son âge, par un terrible arrêt, qui repousse avec désespoir le glaive levé sur sa tête, qui caresse, qui supplie, qui cherche et poursuit la nature jusqu'au fond des entrailles d'un père, qui s'écrie douloureusement comme la captive de notre André Chénier :

0 mort, tu peux attendre ; éloigne, éloigne-toi,

Je ne veux point mourir encore.

Shakspeare, si éloigné et tout ensemble si voisin des

Grecs, donna aussi à la voix d'un enfant cet accent pathétique, cette expression déchirante, lorsqu'il représenta le jeune Arthur désarmant son bourreau, lui faisant tomber des mains, par son innocence et par ses larmes, le fer prêt à brûler ses yeux*.

Iphigénie, que son père a laissée sans espérance, s'entretient avec le chœur et sa mère , dans un intermède touchant, de sa mort prochaine. Arrive Achille suivi de

quelques amis; ses soldats l'ont abandonné; Tarmée

s'est soulevée contre lui ; il vient défendre Iphigénie , sinon la sauver. C'est alors que cette jeune fille , tout à

l'heure si timide contre la mort, se résigne tout à coup à

devanciers, et à qui Rotrou, apri&s Euripide, n'a pas été inutile, ce noble encouragement adressé par Agamemnon à sa fille :

Allez, et que les Grecs qui vous vont immoler Reconnaissent mon sang en le voyant couler.

C'est ainsi que ce beau trait :

Du coup qui vous attend vous mourrez moins que moi.

Racine l'avait tiré de Rotrou encore, qui plus loin (acte V, se. 2) avait fait dire à Agamemnon :

Va, j'attends plus que toi le coup de ton trépas.

On me pardonnera ces rapprochen)entsépisodiques. Il y aurait matière à bien d autres ; mais comme ils intéressent plus l'histoire de notre théâtre que celle du Ihéâire grec, objet spécial de mon livre, content de les avoir indiqués, je les laisserai chercher à mes lecteurs. 1. Le Roi Jean, acte IV, se. 1.

rPIIIGÉNIE EN AULIDE.

la subir lorsqu'elle la voit inévitable ' ; elle se relève de

8011 involontaire abattement et veut marcher librement au-devant de la nécessik'. Elle ne résistera pas plus longtemps a 1 ordre des dieux, au vœu des Grecs ; elle ne consentira pas à entraîner Achille dans sa ruine. Que dutiate d ailleurs, que de gloire suivia son sacrifice, qu elle ennoblit en 1 acceptant! Son âme s'exalte à cette

pensée^ :

« Je me donne à la Grèce, s'écric-t-elle ; immoler-moi

guerriers, et, couverts de mon san-, courez renverser Tr^et ses ru.nes .eront les monumentslterneîs de ma Rloire • ce seront mes enfants, mon hymen, mon triomphe" / '

Aristote' et d'autres après lui» ont blâmé, comme une inconséquence de caractère, ce passage de la faiblesse a 1 héroïsme. Maigre l'autorité d'un tel critique et de

ceux qui l'ont suivi, je crois que ces mouvements d'une ame qui cède d'abord à la douleur et se roidit ensuite

1. Au vers 1357 ou 1481 se rapporte neni-ôtre pp vt>r^ in ^o,-«;« je citera, d'après Festus (v. Obyacent)''X l^/^'^énfe latîne [ "'"''^

Acheruntem obibo, ubi mortis thesauri objacent.

2. Cicéron, dans la première Tuscidane. c. xlviii xlix nassant «„ revue les grands exemples de morts sou fiertés avec courage TvecLn lieur, pour la pairie, remonte jusqu'à ceux que con^acr^if J tri, ues Grecs et leur tragédie; il /appelle leLcmo^dts^^^^^^^ a Athènes, de Ménécée à Thèl.es à Aulis pnfin H'^nh^L d Erechtée

. Aul.de duc, se i-molandamjuheVul' CLm ['Si; f^^^^ Le.^ derniers mots, selon J. A. Harting, ^ur.Wd rSf s fî""/,''

1>. 533, O. Rililje k, Irog, lalm. relia 18^2 ,>?k îfl , '^'^,- '• "'

"T'rvm'mr} 'f'T ' --> '%ft'^vnr.' ?^^: °"-°'""

d. V. 1J79-1J81. IrafJucliondeGeoftruv auuu«-l i'n. r,if o^. ques en^prunls de détail dans les citat.on^pSdlie'^s/Kot^oX

se. 6} s'est heureusement inspiré de ce passage : "^^^oucacieiv

Laissez donc accomplir les vœux de la déesse • Je lui donne mon sang, je le donne à la Grèce FUIe, a mille vaisseaux j'aurai tracé la voie '"* J aurai puni Paris, j'aurai saccagé Troie ' Venge Tnonneur des Grecs, satisfait Ménéîas. Et, pour tous ces exploits, il ne faut qu'un trépas.

ô. L. Racine, W. Schlegel, etc.

If

contre elle, sont conformes à la nature, conformes à l'esprit du théâtre grec qui en avait fait le sujet et la leçon de la tragédie.

J'ai loué précédemment dans VAht>gone^ de Sophocle non pas une peinture tout à fait contraire, mais du moins un développement tout à fait inverse. Antigone conçoit avec enthousiasme un dessein qui l'expose aux derniers dangers ; surprise et conduite devant le tyran Gréon , elle

soutient en sa présence, avec une fermeté tranquille, la légitimité, la sainteté de son action ; elle ne refuse point d'en subir les conséquences qu'elle a prévues ; puis, quand elle n'est plus soutenue par le sentiment du devoir, la faiblesse humaine reparaît , et le poète nous montre son héroïne qui pleure en allant à la mort. Cette marche est admirable; mais quoiqu'elle semble s'éloigner beaucoup de celle qu'Euripide a suivie, elle ne la contredit cependant pas. Le sacrifice d'Antigone est volontaire; une fois consommé et irrévocable, elle peut bien lui donner

des larmes : Iphigénie n'a pas choisi son sort ; seulement dans le désespoir de s'y soustraire, elle a le couiage de l'aller chercher. Ainsi, par l'énergie de la volonté, la fille d'Agamemnon remonte au point d'où est descendue la sœur de Polynice, lorsque cette volonté, qu'a épuisée sa victoire même, s'est afi'aiblie. Chez toutes deux c'est l'héroïsme, mais c'est aussi l'humanité. Honneur à ces peintres de l'homme, qui, dans l'image de cet être ondoyant et divers^ comme l'appelait Montaigne, ont su exprimer à la fois et la force et l'infirmité dont l'a mélangé la nature,

et dont la rencontre et le combat sont la source éternelle du pathétique et du sublime I

Les dévouements étaient une chose sacrée chez les Grecs; c'eût été attenter à la religion que de s'y opposer, que de les troubler par des larmes. Ne soyons donc pas surpris qu'Achille respecte la volonté d'Iphigénie , et qu'il participe même aux apprêts de son sacrifice. Il a satisfait au devoir de la générosité, lors(ju'il lui a dit

1 Voyez noire tome JI, p. 2G7 s]q.

qu'elle lo trouverait à l'autel, prêt à la défendre, si la vue du couteau sacré ébranlait son courage et sa résolution. Remarquons en même temps, comme un trait do

mœurs curieux, que le chœur s'empresse de témoigner sa pitié pour Iphigénie et | our Glytemnestre, tandis qu'il le peut encore sans sacrilège.

Les adieux de la mère et de la fille jffrent un caractère touchant : c'est une douleur calme, recueillie, qui con>

traste avec les mouvements désordonnés, consacrés sur

notre théâtre pour ces sortes de situations, et particulièremont avec les transports que Racine a dû prêter à sa Glytcmnestre. Un tel affaissement semble plus naturel après es efforts impuissants du désespoir, et on y reconnaît

empire de cette loi de beauté, qui, dans l'antiquité, sous

la plume du poëte, comme sous le ciseau du sculpteur, réglait l'expression des affections les plus violentes. La Chute modeste de Thisbé, de Polyxène qui, en tombant, rangenl leurs vêtements, pourraient être l'emblème de cette

pudeur de l'art chez les anciens.

Enfin Iphigénie a quitté la scène, en disant adieu à la

douce lumière du jour, qu elle nedoitplus revoir. Bientôt

un récit, plus puissant sur l'imagination que le dénoûmcnt en action par lequel Rotrou a terminé sa tragédie que celui qui fut, en 1769, si ridiculement ajouté, par baint-Foix, je crois', à la tragédie de Racine, un récit plein, malgré les fautes de détail qui le défigurent, de vérité et de poésie, de pathétique et d'élévation, nous la montre dans la prairie de Diane, non plus, comme l'avait

peinte Eschyle ^ « portée avec effort sur l'autel, la tête

pendante, ornée de bandelettes, sa bouche charmante fermée par un indigne frein, pour arrêter ses imprécations; »

1. La première idée de cette addition appartenait à Lunoau de Bois- &»f^"' commentateur de Hacine. Voltaire, qui la discute dans le Dictionnaire philosophique, article Art drai„atique, en fait Irès-sDirituel lement ressortir labsunlité. H termine en disant : « orm'f iandé depuis peu qu on avait essayé à Paris le spectacle que M. Luneau dl

r^ciféc?rn/;R '^''P'^^' '' r '• ^'^ P^^^t réussi. U faut savorqu'un rccit êcr.t par Racine est supérieur a toutes les actions théâtrales. . i. Agam., v 231.

IPHIGENIE EN AULIDE.

non pas, comme la représenta Lucrèce*, et comme nous

la voyons sur le vase de Médicis, « muette de terreur,

agenouillée, » accroupie devant la statue de la déesse ; mais traversant avec iierté la foule des Grecs interdits

d'admiration et de pitié, s'approchant respectueusement de son père qui se détourne et se voile la tête pour cacher ses larmes*, et lui offrant la vie qu'il a demandée; écartant les mains profanes qui s'apprêtent à la saisir et se présentant seule et libre au couteau de

Galchas*.

Après l'annonce du prodige consacré par les traditions mythologiques de la Grèce et, à Aulis même, par

des commémorations religieuses*, auquel le poëte trou-

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