Schlegel traduit ici Sénèque
Tuaeve Phœbes vnltus, aut Phœbi mei....
Est genitor in te totus : et torvœ tamen Pars aliqua matris miscet ex aequo decua. In ore graio scythicus apparet rigor.
(HippoL, V, 654-660.)
2. V. 72 sqq. les observations des scoliastes ont Jonné lieu de penser, ce qui n'est guère probable (voyez les notes de Valckenaer et de Monck) , que cette couronne était métaphorique et devait s'entendre soit de l'hommage qu'Hippolyte fait de sa personne même à la déesse, soit de l'hymne par lequel il la célèbre. C'est en adoptant ce dernier sens, qui pourrait s'autoriser de passages célèbres où est employée la
même figure (Lucret., de Nat. rer., I, 7*25 sqq.; Horat., Carm., I, XXVI, 7 sqj., etc.), que Muret {Var. Lcct.^ viii, i) a traduit tout le
passage dans ces vers élégants :
Tibi hanc coroUam, diva, nexilem fero,
Aptam e virentis pratuii intonsa coma;
Quo neque protervum rastor unquam inigit pecQS»
Neque falcis unquam venit acies improbae.
Apis una flores vere liiiat intègres,
Puris honestus quos rJgat lymphis pudor.
mis, magistri quos sine opéra perpetem
Natura docuit ipsa temperentiam,
Fas carpere illinc-, improbis autem nefas.
At tu aureae regina vincuium cona-'B
Arnica suscipe, pia quod pur^it nianus.
HIPPOLYTE
nocente et pure*. Cette offrande religieuse, ces chants
d'allégresse qui la précèdent et qui la suivent, cet appareil de la chasse dont Hippolyte est environné , tout cela forme une ouverture animée et brillante, tout à fait dans le goût des Grecs, qui cherchaient dès le début à s'emparer de l'imagination, à frapper les sens en même temps que l'esprit.
Au moment où Hippolyte s'apprête à rentrer dans le
palais, un de ses serviteurs, un vieillard, à ce que peuvent faire jUger SOR ton paternel et sa familiarité, l'engage à honorer, avec la statue de Diane, celle de Vénus. Hippolyte sort, en rejetant ce conseil, et le vieil esclave, resté seul, conjure la déesse d'oublier les téméraires paroles
1. Voyez l'éloge senti de ces vers et de toute cette peinture dans le Cours de bttérature française de M. Villemain, Tableau du dix-huiheme siècle, xliii« leçon; dans le xxxiv» chapitre du Cours de littérature dramatique de M. Saint-Marc Girardin, où il est traité ingénieusemf^nt et éloquemment de VÂmour dans l' Hippolyte d Euripide, de la
I udeur antique, de la Virginité chrétienne. Plus récemment M E Legouvé a loué indirectement ce beau passage, en l'imitant dans iinê pièce inspirée par un autre ouvrage d'Euripide, dans sa Médée Au 1" acte, scène 3, la jeune Creuse, fiancée à Jason, et prête à déserter
pour la Maternelle Latnne, la virginale cour de Diane, présente à la déesse, comme Hippolyte, une couronne de fleurs et accompagne son oflrande de ces strophes gracieuses :
Déesse à la clïaste ceinture, Déesse au léçer brodequin, Reçoi», » réc în.i chevelure, Ces riants trésors du matin.
Hs croissaient dans une vallée Que jamais encor n'a foulée Le pied des troupeaux insultants;
La faux respecte ses corbeilles.
Et l'aile ardente des abeilles
Y voltige seule au printemps.
Semblable au vallon solitaire
J'ai longtemps vécu sous tes yeux, De mes jours n'ouvrant le mystère Qu'aux seuls rayons venus des cieux :
Mais la vallée ombreuse et sainte A vu paraître en son enceinte Le Coursier aux brûlants naseaux; Et soudain saluant son maitre, Sous les pieds se plut à lui mettre Ses fleurs, ses tapis et ses eaux.
Pardonne, ô déesse, etc.
qu'elle vient d'entendre. Cette scène* nous explique comment, dans les idées des anciens, une confiance orgueilleuse en ses propres forces, et le mépris des mœurs ordinaires et communes, pouvaient paraître une faute digne du courroux des dieux; en même temps elle prépare la catastrophe, et eût suffi par la clarté qu'elle jeite sur Taction, pour dispenser Euripide de son prologue.
Arrive le chœur, composé de femmes de Trézène, ville
où, comme l'on sait, dans le grec et dans le français, est
placée la scène de la tragédie. Ces femmes s'entretiennent*
de la langueur secrète qui depuis quelque temps consume
la reine, et dont on ignore la cause Leurs chants offrent un mélange singulier de poésie hardie et d'images familières. Où ont-elles appris l'étrange nouvelle qui les préoccupe et dont elles viennent s'enquérir? il faut bien l'avouer : c'est à la fontaine où elles puisent l'eau et lavent le linge, selon l'usage général au temps de Nausicaa, et à plus forte raison, au temps de Phèdre. Brumoy, (mi,
tout à l'heure, appelait le vieux conseiller d'HippoIyte, non pas selon sa condition, un serviteur, un esclave, mais', magnifiquement, un officier^ se montre quelque peu scandalisé de CCS mœars^ et n'ose prétendre qu'elles soient aussi bonnes que les nôtres^ poétiquement sans doute. Ce scrupule est bien du temps où La Motte regrettait qu'Homère eût dégradé son Achille en lui faisant de ses propres mains apprêter son repas, et ne lui eût pas donné, pour soutenir son rang de héros, un maître d'hôtel, ou, tout
au moins, un cuisinier.
me
Pour comprendre l'effet de la scène suivante, et mê de la plupart des autres, il faut se représenter le chœur à la place qui lui était assignée dans l'ordonnance du
théâtre grec, groupé sur les marches qui, du proscenium, communiquaient à l'orchestre. De ce lieu, où il observe attentivement, il voit paraître, sous le péristyle du palais, Phèdre accompagnée d'une femme que Brumoy, dans sa rage de tout ennoblir, appelle la confidente de la reine ,