‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 337 sur 893 · Cours d'j littérature dramatique · texte numérisé non relu

Cours d'j littérature dramatique

R07 \l'^'P''''''i^pn entre la Phèdre de Racine et celle d'Euripide Paris

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HIPPOLYTE

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nous voyons, dans la beauté héroïque et vierge d'Hippo-

lyte, l'image de sa mère l'Amazone, et le reflet de Diane

dans un mortel * . » . • i • ^ '

Qu'on se représente sous ces nobles traits, si bien décrits par le critique allemand, le personnage auquel Euripide a voulu surtout concilier l'intérêt et l'amour du spectateur ; et Ton comprendra mieux l'effet de cette première scène, où il paraît au milieu de ses nombreux compagnons, jouissant, dans une liberté sauvage, de sa jeunesse et de sa vigueur, et montrant une sécurité confiante qui contraste avec la destinée funeste dont nous le savons

menace.

Le commerce mystérieux qui l'unit à Diane est exprime

par des vers pleins de grâce. 11 offre à la déesse une cou-

ronne^ tressée par lui-même dans une prairie, que jamais le tranchant du fer et le pied des troupeaux n'ont ose violer, où l'abeille seule voltige, et dont l'enceinte sacrée, séjour de la pudeur, ne reçoit que les amis d'une vie in-

l. Schlegel traduit ici Sénèque :

Tuaeve Phœbes viiltus, aut Phœbi mei.... Est genitor in te totus : et torvae tamen

Pars aliqua matris miscet ex «quo decus. In ore graio scythicus apparet rigor.

(Hippol., V, 654-660.)

2 V 72 saq. les observations des scoliastes ont donné lieu de pen- «;er,'ce*qui n'est guère probable (voyez les notes de Valckenaer et de Monck); que cette couronne ctnit métaphorique et devait s entendre soit de l'hommage qu'Hippolyte fait de sa personne même à la déesse, soit de l'hymne par lequel il la célèbre. C'est en adoptant ce dernier sens, qui pourrait s'autoriser de passages célèbres ou est employée la même figure (Lucret., de Nat. rer., I, 7-25 sqq.; Horat., Carm I, XXVI, 1 ïqi, etc.), que Muret {Var. iect., viii, i) a traduit tout l8

passage dans ces vers élégants ;

Tibi hanc coroUam, diva, nexilem fero, Aptam e virentis pratuli intonsa coma;

Que neque protervum i astor unquam inigit pecus,

Neque falcis unquam venit acies improbae. Apis una flores vere lit-at intègres,

Puris honestusquos rigat lymphis pudor.

Illis, magistri quos sine opéra perpetem Naiuradocuilipsa temperenliam, Fas carpere illinc; improbis autem nefa». At tu aureae regina vincuium cora-e Amioa suscipe, pia quod por^it manus.

nocente et pure*. Cette offrande religieuse, ces chants

d'allégresse qui la précèdent et qui la suivent, cet appareil de la chasse dont Hippolyte est environné, tout cela forme une ouverture animée et brillante, tout à fait dans

le goût des Grecs, qui cherchaient dès le début à s'emparer de rimagination, à frapper les sens en même temps que l'esprit.

Au moment où Hippolyte s'apprête à rentrer dans le palais, un de ses serviteurs, un vieillard, à ce que peuvent faire juger son ton paternel et sa familiarité, l'engage à honorer, avec la statue de Diane, celle de Vénus. Hippolyte sort, en rejetant ce conseil, et le vieil esclave, resté seul, conjure la déesse d'oublier les téméraires paroles

1. Voyez l'éloge senti de ces vers et de toute cette peinture dans le Cours de iHtérature fratiçaise de M. Villera?.in, Tableau du dix-huitième siècle, XLiii" leçon ; dans le xxxiv« chapitre du Cours de littérature dramatique de M. Saint-Marc Girardin, où il est traité ingénieusement et éloquemment de V Amour dans l'Hippolyte d Euripide de la Pudeur antique, de la Virginité chrétienne. Plus récemment,'M. E. Legouvé a loué indirectement ce beau passage, en l'imitant dans une pièce inspirée par un autre ouvrage d'Euripide, dans sa Médée. Au 1" acte, scène 3, la jeune Creuse, fiancée à Jason, et prête à déserter pour la Maternelle Latnne, la virginale cour de Diane, présente à la

déesse, comme Hippolyte, une couronne de fleurs et accompagne son offrande de ces strophes gracieuses :

Déesse à la chaste ceinture.

Déesse au lécer brodequin, Reçoi», *tic in.i chevelure.

Ces riants trésors du matin.

Ils croissaient dans une vallée Que jamais encor n'a foulée Le pied des troupeaux insultants; La faux respecte ses corbeilles, Et l'aile ardente des abeilles Y voltige seule au printemps.

Semblable au vallon solitaire

J'ai lonK'emps vécu sous tes yeux.

De mes jours n'ouvrant le mystère Qu'aux seuls rayons venus des cieux :

Mais la vallée ombreuse et sainte A vu paraître en son enceinte Le coursier aux brûlants naseaux; Et soudain saluant sou maitre, Sous les pieds j^e plut à lui mettre Ses fleurs, ses tapis et ses eaux.

Pardonne, ô déesse, etc.

nous voyons, dans la beauté héroïque et vierge d'Hippolyle, l'image de sa mère l'Amazone, et le reflet de Diane

dans un rnortel*. >>

Qu'on se représente sous ces nobles traits, si bien décrits par le critique allemand, le personnage auquel Euripide a voulu surtout concilier l'intérêt et l'amour du spectateur ; et l'on comprendra mieux l'effet de cette première scène, où il paraît au milieu de ses nombreux compagnons, jouissant, dans une liberté sauvage, de sa jeunesse et de sa vigueur, et montrant une sécurité confiante qui contraste avec la destinée funeste dont nous le savons menacé.

Le commerce mystérieux qui l'unit à Diane est exprime par des vers pleins de grâce. 11 offre à la déesse une couronne^ tressée par lui-même dans une prairie, que jamais le tranchant du 1er et le pied des troupeaux n'ont osé violer, où l'abeille seule voltige, et dont l'enceinte sacrée,

séjour de la pudeur, ne reçoit que les amis d une vie m-

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