XII, 151. Cf. ibid.j Servius; Stat., Theb. Vil
fi
Mit
HIPPOLYTE
THESEE.
Oh! que ton âme est bonne el pieuse!
Demande aux dieux des fils qui me ressemblent.
THÉSÉE
Ne m'abandonne point encore; fais quelque effort, mon enfant.
HIPPOLYTE
Tous mes efforts sont vains; je meurs, ô mon père. Hâtetoi de voiler mon visage.
THÉSÉE
Terre célèbre de PAttique, royaume de Pallas, de quel
homme vous allez être privés ! Malheureux ! que de fols je me souviendrai de tes coups, ô Cypris*.
C'est par cette scène d'un pathétique admirable que s'achève la pièce d'Euripide. Ainsi, dans la tragédie grecque, à l'horreur des catastrophes se mêlaient des émotions
attendrissaDtes; ainsi la Melpomène antique guérissait
elle-même les blessures qu'avait faites son poignard. Si
notre sensibilité s'est d'abord révoltée contre ces dures "
lois du sort, qui accablent et écrasent l'innocence, elle
s'apaise par degrés à la vue de ce père qui s'accuse et demande grâce ; de ce fils qui s'oublie lui-même pour pleurer sur son oppresseur et pour lui pardonner ; de cette divinité amie, qui préside à leur réconciliation. Sous quel noble et divin aspect le poète nous montre Diane ! Quelle tendre pitié, et, en même temps, quelle sérénité céleste !
Quel charme consolant dans ses paroles, qui calment les
douleurs de l'âme, de même que sa seule présence soulage
les souffrances du corps et suspend l'approche du trépas !
Ce n'est point là une de ces froides idoles qu'Euripide fit
trop souvent descendre du ciel de son théâtre, et que séparait uniquement de la terre la science du machiniste. On y reconnaît d'abord une immortelle, une habitante de l'Olympe, et le spectateur s'écrierait volontiers comme Hip-
polyte : « 0 souffle divin! » La divine inspiration de Sophocle, anime encore la scène grecque.
Telle est cette tragédie, si belle, qu'on hésite à dire de celle qu'elle a produite, avec les expressions d'Horace : 0
maire pulchra fiUa pulchrior I II me reste, ce sera le sujet du chapitre suivant, à discuter les critiques passionnées qu'on a successivement opposées au chef-d'œuvre d'Euripide et à celui de Racine ; à montrer que chacun de ces
deux ouvrages, au nom duquel on a condamné l'autre, a
son sujet particulier, son originalité ; que, s'ils diffèrent,
comme on a pu en juger, dans les détails, par le caractère
de la composition et le choix des mœurs, ils ne diffèrent
pas moins par la conception principale; que dufonds fourni par Euripide, et de quelques indications de Sénèque, Racine, animé par le spectacle des mœurs de son temps, inspiré surtout par les idées du christianisme, a su tirer une production que ne peut revendiquer la Grèce, et qui appartient en propre à notre théâtre. Ces développements sur lesquels je dois surtout insister, je les ferai suivre
d'une revue des pièces anciennes et modernes, où ont été traités, tant de fois, avec des succès divers, le sujet d'Hippolyte et quelques sujets analogues; je les ferai précéder de quelques détails nécessaires, et qui n'ont point encore trouvé leur place, sur l'histoire de la composition et de
la représentation de VHippotyte d'Euripide*.
1. Au commencemer.t de la présente année, 1865, Athènes, el, peu s en est fallu, le théâtre de Bacchus, récemment rendu au jour ont revu l'œuvre d'Euripide, mais, à la gloire de Racine, sous la forme
moderne qu'elle a reçue He notre poète. Une grande tragédienne Mme Risiori, y a représenté, au milieu d'un grand concours et de vifs
transports, Phèdre traduite en italien. Une représentation pareille de
la Médée (\& M. Ernest Legouvé (voyez plus loin p. 177), a, les jours suivduis, comme évoqué de neuve xu la mémoire d'Euripide.
îtf