Lettres sur QEdipe
quarante vers, qui se sont irouvés dignes d'être imités par
le plus grand de nos poètes^ en s' appropriant le seul bel
endroit^ et même le seul raisonnable qui se rencontre dans
la tragédie grecque, avait fait tout au plus ce que faisait Molière, lorsqu'il reprenait son bien dans Cyrano de Bergerac. Je cite textuellement.
Ceux de mes lecteurs à qui seront présentes les deux tragédies, et qui auront conservé quelque souvenir des nombreux sujets de comparaison qu'elles m'ont offerts,
apprécieront la véracité de Voltaire, lorsqu'il borne à
l'imitation de quelques vers toutes les obligations de Racine envers Euripide, et qu'à l'exception d'un passage, le seul beau et 'même le seul raisonnable de Touvrage, il met
tout le reste au rang des conceptions de Cyrano de Bergerac I
La Harpe n'est pas beaucoup plus mesuré et plus respectueux ; mais au moins prend-il la peine d'expliquer ses mépris, et fait-il à Euripide l'honneur de lui montrer ses fautes; car c'est là l'expression modeste dont se sert, à
plusieurs reprises, envers l'auteur de YHippolyle^ l'auteur
de Warwick et de Coriolan. Ses critiques sont éparses
dans les parties de son Cours de littérature qui traitent
du théâtre grec et du théâtre français ; il les a reproduites
avec plus de développement dans son Commentaire sur Racine ; je vais les rassembler et les parcourir rapidement en suivant Tordre oii les présente la marche de la pièce.
La Harpe se récrie d'abord contre l'artifice grossier du prologue, faute énorme et inexcusable^ dit-il, qui ramène
tari à son enfanceK J*ai dé à plus d'une fois réduit à sa
juste valeur ce reproche banal. Si, indépendamment de
cette espèce de préface poétique, la pièce s'expose avec vraisemblance et intérêt, est-il raisonnable de se montrer si sévère pour un détail qui n'y tient point essentiellement et qu*on en pourrait retrancher ? Mais ce prologue annonce d'avance tout ce qui va se passer^. Cela est vrai