Médée j acte I, se
aussi haut que la pitié; elle ^-so maîtrisée, subjuguée par la toute-puissante suggestion de sa jalousie et de son désespoir. Un invincible ascendant entraîne sa volonté au crime qu'elle prévoit, qu'elle craint, qu'elle déteste ; elle se porte, par faiblesse, à l'acte le plus énergique, le plus forcené. Spectacle terrible et déchirant, où, par une révolution qui change la face de la scène grecque , nous voyons succéder à l'antique fatalité du destin, la fatalité nouvelle de la passion; au triomphe de la liberté, sa défaite; au sentiment de la grandeur morale, l'émotion pathétique; pour tout dire en un mot, à Sophocle Euripide. L'art se renouvelle ; mais ce qu'il gagne en mouvement et en vie, il le perd en élévation. Les Athéniens avaientils le sentiment de cette décadence qui se mêle à son progrès, lorsque, dans le concours dramatique où parut iVédée, ils placèrent Euripide après Sophocle*? Voulaientils en même temps rendre hommage à ce créateur de leur tragédie, dont de tels successeurs n'avaient pu surpasser, ni même atteindre la sublime hauteur, en préférant à l'un et à l'autre Euphorion, son fils, qui était sinon l'héritier, du moins le représentant de son génie, qui peutêtre avait concouru avec un de ses ouvrages, remanié comme la loi le permettait ^7 Ce jugement, plein de goût et de convenance respectueuse, serait ainsi comme l'abrégé de leur histoire dramatique , qui dans les productions successives d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide,
nous montre le développement complet de Tart, son passage nécessaire du grandiose à la beauté, de la beauté à l'expression.
Aristophane le grammairien, à qui nous devons ces détails, ne nous a point appris par quels ouvrages Sophocle