CHAPITRE QUATRIÈME
llédée.
Cette passion et ce pathétique, qui séparent surtout Euripide de ses devanciers, et le rapprochent des modernes, ce caractère vraiment distinctif de ses compositions, qui a commencé à nous apparaître dans son Hippolyte, se montre beaucoup plus encore dans sa Mèdée,
Les deux pièces ont été écrites et représentées à quelques années seulement de distance, Hippolyte, on la vu, dans la quatrième année, Mèdèe, dans la première de la
Lxxxvii** olympiade *. Il ne faut pas s'étonner qu'elles semblent souvent jetées dans un même moule. J'indiquerai, à mesure qu'elles se présenteront, les ressemblances de détail ; mais je dois marquer d'avance, dans la conception du sujet et dans l'esprit de l'ouvrage, une ressemblance plus
générale.
Médée est, ainsi que Phèdre, et bien davantage , livrée à un irrésistible penchant. Abandonnée de Jason , après tant de bienfaits^ après tant de forfaits^ comme l'a dit énergiquement Corneille ^ elle médite, contre son ingrat époux,
la plus horrible vengeance. Elle ne le frappera pas seulement dans cette jeune princesse de Corinthe qu'il lui préfère, dans ce roi dont il recherche l'alliance, mais dans les enfants qu'elle a eus de lui. Cette affreuse pensée, une fois conçue au fond de son âme, s'y nourrit et s'y développe, malgré l'effort de la nature qui se soulève pour la repousser. C'est en vain que les entrailles maternelles s'émeuvent; c'est en vain que la raison réclame