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MEDEE
remporta sur la Médée d'Euripide et sur les autres compositions, aujourd'hui perdues , qui formaient avec elle une tétralogie *. Puisqu'il nous abandonne là dessus à nos conjectures, je me permettrai de supposer pour un moment que les Trachiidennes, dont on ignore la date précise, faisaient partie de la tétralogie de Sophocle. Nous allons donc voir les deux poètes aux prises dans un sujet à peu
près pareil. Chez l'un comme chez l'autre il s'agit d'une
épouse trahie ; mais ici la jalousie se montre seulement inquiète et tendre, là emportée et furieuse; Déjanire veut regagner le cœur de son époux , Médée lui rendre blessure pour blessure ; de la tragédie d'Euripide sort une impression plus douloureuse, mais en même temps moins
pure.
Du reste, il y a entre les deux ouvrages des rapports
que je ne crois pas qu'on ait encore remarqués, et qui, démentant la supposition que je hasardais tout à l'heure,
me paraissent établir au contraire que Tun des deux, probablement celui de Sophocle, a pu être, non pas le modèle, mais l'occasion de l'autre^. Loin de rien- conclure
contre Euripide de cette rencontre, j'admirerais plutôt avec quelle souplesse d'imagination , quel art ingénieux, ee poète, arrivé le dernier, s'approprie, en les renouvelant,
les inventions de ceux qui l'ont précédé.
La pièce de Sophocle s'ouvre par l'entretien familier
1. Phi'octètey Dyctis, les Moissonneurs j dr. sat. Voyez t. 1, p. 30
sq.; II, 127 sq.
2. D'autres, je ne dois pas négliger d appe'er sur ce dissentiment Vatieniion de mes lecteurs, prerérer.iipnl l'ordre inveise Seli>n eux, tes Trachmieiines, suscitées par la i/éd^e, aurai ni amené Sophocle sur le lfcrr«in «l'Kunpi e Le sans-façon de ses prologues ne semb!e-l-il pas, disent-ils, se reproduire djifi-^ la première scène des Trachiniennes s\ souvent Cl iii'iuee comme une ex[>osi lion sans art? N'esi-ce pas à rpxpm|>le de sa Médée que Déjanire moralise sur les peines du mariage, toui en (flrant avec le caiacière et les actes du p rsonnaffe dont elle opie le ion sentencieux un contraste frappant, qui n'est sans douie paséir^nger aux intentions de l'auteur? Enfin rimilaiion d'Ku-
Tipide ne peui-elle p:is expliquer dans ks Trachinùnhes ce (|u'on y
trouve d^ifanger à l'élévation habituelle de Sophocle, ce qui a quelquefois porte les critiques à lui reirer cet ouvrage ?
de Déjanire avec une de ses esclaves, à qui elle conte se» chagrins, et qui la conseille. Euripide commence la sienne par les confidences, non moins familières, des serviteurs de Médée, qui causent entre eux de la triste situation de leur maîtresse.
Lorsque les femmes de Trachine viennent consoler Dé»
ianire, elle leur adresse de touchantes paroles, renouvelées ailleurs par Sophocle, inaité s par Racine, et que je
ne reproduirai pas ici, les ayant déjà citées dans mon
analyse des Trachiniennes ^ . Médée, étrangère à Gorinthe, comme Déjanire à Trachine, est visitée, comme Déjanire, dans son abandon, par les femmes du pays. Elle s'entretient du même sujet, du seul qui puisse en effet occuper leur pensée, des chagrins du mariage dont l'une et l'autre ont acquis une si triste connaissance. Médée finit, ainsi que Déjanire avait commencé, par un mélancolique rapprochement entre son sort et celui de ses consolatrices :
« Pour vous et pour moi il n'en est pas de même : vous
avez une patrie, une maison palernelle, les biens nécessaires à la vie, lé commerce dePamitié; et moi, abandonnée, proscrite,
je suis outragée par l'homme qui m'a tirée de la terre étran gère, sans que ni mère, ni frire, ni parent, puisse me conduire au port, dans celte tempête *. »
C'est, comme l'on voit, le même fonds d'idées et de sentiments, et, quoique la nouveauté des détails déguise ici l'imitation, elle n'en est pas moins réelle.
Euripide semble s'être encore inspiré de Sophocle dans
la scène où Médée, voulant tromper Jason, lui persuade
que, revenue de ses emporlements, elle est désormais résignée à son sort; l'artifice de ses paroles rappelle l'a-
dresse de Déjanire à séduire la crédulité de Lichas, et à lui dérober le secret de l'infidélité d'Hercule.
Enfin, dans les deux pièces, la catastrophe s'opère d'une manière merveilleuse, par le venin de Nessus dans l'une, par les poisons de Médée dans l'autre ; elle est