Voyez t. Il, p. 68 sq
Rii
exposée dans des récits qui s'accordent tout à fait pour la nature des circonstances et des images ; et dans les paroles du narrateur éclate, des deux côtés, une indignation, que tempère de même, chez le fils de Déjanire, un reste de respect et d'amour filial, chez Tesclave de Médée, la déférence domestique.
Il y a, si je ne me trompe, quelque intérêt à surprendre, entre des productions d'ailleurs si diverses, cette communication secrète qui conduit de run.e à l'autre ; à repasser sur la trace presque effacée que le g('nie créateur a laissée derrière lui et qui nous révèle sa route ; nous arrivons comme lui à son œuvre, et nous nous croyons de moitié dans la découverte.
Voltaire a remarqué dans le début de Rodogune un défaut dont Corneille s'était lui-même accusé. Les secrets d'État de la Syrie et de la Perse y sont expliqués, fort oLscurément, par une Laonice et un Timagène, subalternes inconnus au spectateur, et dont il ne se soucie guère. De cette critique fort juste il ne faudrait pas conclure que c'est en général une faute d'ouvrir une pièce par l'entretien de personnages subalterim. Un tel principe, quoique admis par la pratique ordinaire de notre théâtre, serait trop évidemment démenti par celle des théâtres étrangers, où, le plus souvent, des scènes populaires servent comme d'avenues à l'action la plus relevée. L'art de ces préparations qui, à la vivacité de l'intérêt, à la dignité et au merveilleux de l'intrigue, ajoutent
le naturel et la vraisemblance, était connu des Grecs, et l'exposition de la tragédie de Médée en est peutêtre l'exemple le plus frappant que puisse offrir leur théâtre.
Je me sers à dessein du mot d'exposition, et non pas du mot de prologue, toujours pris en mauvaise part lorsqu'il s'agit d'Euripide. Cette dénomination injurieuse ne serait ici justifiée que par quelques vers qui sont plus du poëte que du personnage, et où, remontant jusqu'au
temps déjà éloigné de l'expédition des Argonautes, Euripide rappelle magnifiquement par quelle suite d'aven-
MEDEE
tures Jason et Médée sont venus chercher un asile à Gorinthe.
ce Oh ! si le navire Argo n'avait jamais volé vers la terre de Colchi.le, a travers les Symplégades; si jamais, dans les bois du Péljon, n était tombé sous la hache le pin dont il fut construit* S Ils n avaient point manié la rame, ces chefs illustres qui allèren pour Pélias conquérir la Toison d'or! Ma maîtresse,
Médée, n eut point navigué vers les tours d'Iolchos, le cœur blesse par Tamour de Jason *. »
Cicéron, qui blâme ce récit par trop rétroactif, nous a conservé ^ k traduction un peu rude qu'en avait faite, comme du reste de la pièce, le vieil Ennius^, et nous en possédons une imitation plus élégante dans l'apologue que Phèdre * adresse aux censeurs de ses fables, ou, pour
2. Lui ou l'auteur de la Rhet. ad. Ilerenn. , II, 22. Le fragment cité
se compose de neuf vers, dont huit se retrouvent chez Priscien (de
Uetr. comment.) et d'autres, par portions plus ou moins considérables, chez Varron (de Ling. lat.. VI); Cicéron {de Inveîit. , I, 49 : Tovic mî' f ^y^"' xy',deNat. deor . , Jll, 30); Quiniilien {ImtÙ. oiat. v! 10) : etc. Tant de citations attestent assez 1 1 célébrité et de 1 ori;?inai et de la copie. Les fragments nombreux de la Médée d'Ennius, souvent rassembles dans divers recueils, ont donné lieu à une sorte de restitution de la pièce latine, dans un ouvrage ainsi intitulé : Q. Ennii ,;,.'. f^'^TT^^i^entarw perpétua iUustrata, cum, fragmentis aux in llesselii, Merulœ^ aliisque hujus poetx editionibusdesiderantur.— AccedU disputatxo de origine atque indole veteris tragœdiœ apud Romanos, etc., H. Planck, GœUingue, 1807.