Voyez, plus haut, p. o7 sq
■^BS ) '
lii!
ni
tés Euripide, et remarquoDS aussi qu'ils ne sont pas exempts d'une certaine obscurité, dont se plaignait Buchanan, dans la dédicace de sa traduction, et qu'il croyait volontaire*. Le poëte paraît du moins en avoir eu la conscience, lorsqu'il a fait dire au coryphée de ses Corinthiennes :
« Souvent dans les questions profondes et sublimes, j'ai exercé mon intelligence à des objets plus grands que ceux
qui doivent occuper mon sexe. Une muse préside à nos
chants, et nous inspire la sagesse*. »
On aperçoit dans ces paroles comme une théorie du chœur, de ce personnage mixte et fictif, qui n'était pas
seulement un des acteurs du drame, mais encore l'interprète reconnu des pensées du poëte.
Je reviens à mon analyse, dont ces critiques et ces réflexions ont rompu le fil. Pour ne la point trop allonger, je dois passer rapidement sur des scènes d'une grande
beauté, et qui mériteraient de nombreux commentaires.
La résolution de Médée s'affermit de plus en plus par les nouveaux affronts qu'elle endure. Gréon vient lui prononcer l'arrêt de son bannissement , et le faire exécuter sur l'heure. Elle cherche inutilement à le fléchir par des
paroles douces et soumises : ce calme inattendu l'effraye
plus encore que de l'emportement; il est impatient d'éloigner de lui et de sa fille une ennemie qui a contre eux de si légitimes motifs de haine, qui a si hautement annoncé ses projets de vengeance, qui possède, pour les accomplir, de si redoutables secrets. Seulement, lorsqu'elle
lui demande pour unique grâce de retarder d'un jour son exil, pour qu'elle puisse, dans cet intervalle, pourvoir à
son sort et à celui de ses enfants, il cède à regret, par un mouvement de pitié qu'il ne peut vaincre, mais dont il se
reproche avec raison l'imprudence.
1. • Praeler summam in choris obscuritaiem quae huic scriptori adeo • familiaris est, ut eam de industria sectatus esse videatur.... »
MEDEE
Médée, restée seule, se rit de sa simplicité, et promet
de mettre à profit, pour sa ruine, ce délai qu'ont arraché
des prières dont elle rougit*. Tandis qu'elle s'exhorte et s'encourage à l'artifice et au meurtre , qu'elle discute les moyens divers qui s'offrent à sa vengeance, Jason ose se présenter devant son épouse irritée, et, après quelques froides plaintes sur l'exil auquel on la condamne, quelques reproches de l'imprudence d? ses emportements qui
ont provoqué cette sévérité, il lui fait, pour elle et pour
ses enfants, dans la triste situation qui les attend, des
offres de service qu'elle rejette avec une juste fierté, une
généreuse indignation. Elle lui retrace tous ces hienfaits
qu'il a payés d'une si noire ingratitude, tous ces crimes même commis pour lui, et par lesquels elle s'est fermé l'univers^; elle l'accable de l'ignominieux tableau de sa
1. V. 368 sqq. M. J. Chénier termine une scène de son Tibère (UT, 3), OÙ Pison menace l'empereur, qu'il a servi par un crime et qui la-
bandonne, de ses révélations pour le lendemain, par ce vers frap-
pant
Adieu, César ! — Adieu !.... Demain 1 La nuit me reste.
<. V. 500 sqq. Je n'ai point reproduit un certain nombre de fragments, plus ou moins certains, de l'imitation d'Ennius, lesquels n'offrent d'autrB intérêt que de rappeier la marche de la pièce grecque, quelque chose des confidences de M(dce au chœur, des consolations qu'elle en reçoit, l'ordre d'exil que lui intine Créon, le délai d'un jour qu'elle obtient, ses l'fsolutions menaçantes. Mais je citerai, comme se rapportant au présent passa;^e, ces vers conservés par Cicéron {de
Orat., III, 58) :
Que nunc me vertam,quo iter incipiam ingredi? " Domum paternamne? anne ad Peliae Allas?
Malheureuse ! où chercher encore une patrie?
Irai-je supplier les filles de F'élie,
Ou d'un père en fureur erubrasser les genoux?
(Trad. de M. Gaillard.)
Cet exemple de dubitation est antérieur à celui que présentent des
laroles de C. Gracchus, également conservées par Cicéron (de Orat., III, 56) : Qiio me miser conferam ? Qio vertam? In Copitoliumne? At fralris sanguine redundat. An domum? kJairemne ut miseram lameniantem videam et abjectam? « Misérable! où irai-je? Quel asile me r<^ste-t-il? Le Capitule? Il est inondé du sang de mon frère. Ma maison? J'y verrais une malheureuse mère fondre en larmes et ûiouiir de douleur. » (Trad. de Fénelon, Dialogues sur l'éloquence, n.) Viennent ensuite, parmi les plus remarquables exemples de cette figure que pré-