Remarques sur l'Art pnéiique d'Horace
4. Mém. de V Académie des Inscriptions et Belles- Lettre s, t. VIII, p. 243 263
MEDEE
territoire qu'elle habitait, une sorte de souveraineté, les
femmes du chœur pouvaient être ses sujettes, et s'unir
sans scrupule à ses entreprises, cette opinion, aujourd'hui
abandonnée, n a d'autres appuis qu'une anecdote fort douteuse et un passage évidemment mal entendu *.
Reconnaissons tout simplement qu'Euripide était obligé, par la pratique ordinaire du théâtre grec, d'introduire un chœur dans sa tragédie ; et, par la nature
de son sujet, un chœur de femmes, un chœur de Corinthiennes ; qu'ainsi c'était une nécessité pour iui, ne pouvant écarter ce témoin incommode , de le supposer au
moins, même en dépit de la vraisemblance, fort complaisant et fort discret. Si ses envieux et ses critiques, qui ne
lui passaient rien, n'ont pas relevé ce défaut, c'est une preuve évidente que le poëte n'a fait ici, comme dans YHippolyte'^^ que subir l'inconvénient inévitable de l'emploi forcé du chœur dans certaines fables qui ne le comportaient pas.
Euripide semble s'être ménagé une autre excuse, qui
convenait à la malignité et à la rudesse des anciens, mais
que nous autres modernes nous aurions quelque répugnance à admettre. Il fait entendre que les femmes sont
assez disposées à se liguer contre les hommes, même aux
dépens de la morale, dans ce qui leur paraît la cause de leur sexe Le chœur, qui déploie sans cesse la perfidie de Jason, célèbre avec une sorte d'enthousiasme, comme s'il s'agissait d'une injure qui lui fut personnelle, la punition ^u'on s'apprête à en tirer. Il n accorde qu'une pitié passagère à la mort de l'innocente fille de Gréon, et aucune à son père. Il n'y a que le meurtre des enfants de Médée
qui le révolte comme excédant les bornes dune légitime
vengeance.
Puis(jue nous en sommes sur ce personnage, louons tout de suite la poétique beauté des chants que lui aprê-
1. Voyez Théâtre des Grecs, Prévost, Examen de Médée; et Boisso- €\di(ie, Nutul. ad. Euripid., t. Il, p. 334.