Lib. IV, tit
peintre Timomaque, la double représentation des sentiments si vivement exprimés par Euripide, et en même
temps l'heureux choix du moment préféré par l'artiste
comme par le poète. Est-ce la figure de l'un, ou la scène de l'autre, que décrit Antiphile, de Byzance *, compatriote du premier, dans des vers qu'a traduits Ausone ^, et dont voici le sens :
« Quand la main de Timomaque entreprit de retracer la terrible Médée, partagée entre sa jalousie et l'amour de ses enfants, il s'imposa la tâche difficile de marquer à la fois dans
ses traits deux passions contraires, dont l'une s'emportait
vers la fureur, et Fautre vers la pitié. Celte tâche, il Ta remplie tout entière. Contemplez son œuvre. Voyez comme les larmes s'y font jour à travers la colère, comme le courroux
s'y mêle à la compassion. C'était assez pour le peintre, a dit un bon juge, de saisir ce moment d'hésitation. Le sang des enfants de Médée pouvait bien souiller la main de leur mère, mais non la main de Timomaque. »
On se rappelle le passage si souvent cité ^ oii Horace défend à la Médée du théâtre, qu'il veut farouche et indomptable*, d'égorger ses enfants devant le peuple. En
écrivant ce précepte, peut-être faisait-il allusion au pathétique grossier de quelque poëte vulgaire; peut-être
aussi, et je préférerais cette explication, avait-il présente
à la pensée, soit la Médée du poëte athénien, autrefois traduite par Ennius, et récemment imitée par Ovide, soit même cette Médée du peintre de Byzance , achetée à si grands frais par Jules César, et consacrée par lui dans le temple de Vénus Génitrix^. Sans doute il écrivait sous l'inspiration de cet art judicieux., qui, chez les Grecs, dans
la statuaire et la peinture, comme dans la poésie, reculait
des yeux ce que V esprit seul devait voir.
Mais n'anticipons pas sur le dénoûment dont nous sépare plus d'une scène, et arrêtons-nous, quelques mo-
il;.