‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 405 sur 893 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

5. Plin., Hist. nat. VII, 39 ; XXXV, 9, 40. Voyez notre t. I, p. 148 sq .

Il'

ments encore, à cet admirable monologue, où se résume,

dans le douloureux combat de la passion et de la nature, ,

l'esprit de la pièce entière.

Ce combat, le sculpteur et le peintre ^ n'avaient qu'un instant pour le rendre : le poète, plus à l'aise, a pu le développer dans une suite de tableaux aussi attachants pour les yeux qu'ils sont touchants pour le cœur. Le génie pittoresque, je l'ai dit souvent, et les rapprochements que je viens de faire m'amènent à le répéter, le

génie pittoresque régnait sur le théâtre grec cl en disposait les effets. Dans chaque scène se succédaient, comme

en un bas-relief, des groupes gracieux, nobles, animés.

jSous le savons, non pas par ces parenthèses explicatives,

qui, trop souvent cliez nous, indiquent seules ce que noiis appelons, assez grossièrement, la mise en scène, mais par le texte lui-même, où un artifice délicat, qui se môle au langage de la passion, nous fait connaître l'attitude, les mouvements, la physionomie des personnages. Ils se décrivenl, sans le vouloir, sans le savoir, et aujourd'hui le drame, même dépourvu de théâtre et d'acteurs, se joue

dans notre imagination. Ainsi, le morceau que je viens

de citer à mes lecteurs ne leur a-t-il pas montré réellement toute la pantomime qui devait l'animer, Médée arrêtant, renvoyant, rappelant ses enfants, leur ouvrant les bras, ou les repoussant de son sein; tantôt les entraînant vers le palais où elle doit les frapper, tantôt les ramenant par un mouvement subit d'horreur et de tendresse; quelquefois s'éloignant d'eux pour s'entretenir avec elle-même de ses sombres pensées, ou pour confier aux femmes qui l'entourent son involontaire faiblesse?

]S'a-t-on pas vu passer sur le visage de la mère toutes

ces émotions tumultueuses dont elle est agitée? N'a-t-on

pas assisté aux tendres caresses de tes enfants , à leurs

doux regards, à leurs innocents sourires? N*a-t-on pas même remarqué l'effroi et la pitié du chœur à ce touchant et terrible spectacle? Que dirai-je enfin? Une simple lecture ne nous rend-elle pas ce que nous avons admiré, il y a quelques années, sur l'un de nos théâtres lyriques, à la

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représentation d'une Médée italienne, dans le jeu d'une

actrice douée d'un admirable génie tragique*?

Tout ce mouvement extérieur de la scène, qui se révèle

presque à nos yeux, naît de la profondeur des sentiments, de la vérité d'accent et d'expression, que le poète leur a donnée. W. Schlegel, généralement sévère pour Euripide, blâme, comme invraisimblable, le motif qui paraît déterminer Médée au meurtre de ses enfants : cette

crainte (|u'elle témoigne que, si elle les épargne, ses ennemis ne les fassent périr. Il n'est pas bien évident que leur vie soit aussi menacée qu'elle se le persuade, et, comme le dit le critique^, « puisqu'elle les enlève dans les airs après les avoir tués, elle aurait pu tout aussi bien les emmener vivants. » Cela est incontestable, et le raisonnement (jui la trompe est, en effet, très-peu concluant. Mais elle veut se tromper ; mais elle raisonne- avec la logique ordinaire aux passions ; elle accepte à la hâte et sans examen le premier prétexte qui peut la pousser au crime

qu'elle désire, et, dans Temportcment, dans l'égarement

de son esprit, elle fait de sa pitié même l'alliée, la complice de sa fureur.

Du reste, dans toute cette scène, quelle étonnante variété I quel singulier contraste de sentiments et de langage ! D'un coté une fierté indomptable, une vengeance impatiente, et, par avance, une joie cruelle et dénaturée; de l'autre, les plus douces, les plus tendres affections du cœur. Il y a surtout, dans cette femme, qui, tenant ses enfants embrassés, se repaît de leur vue, s'enivre de leur

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