Institut, orat. X
8. Ibid., VIII, 5. A ce fragment il en faut ajouter un autre qu'on
rencontre chez Scnèque le père [Suasor. , 3) : Feror hue, illuc, ut plena deo.
MEDEE
imitation exacte. Il me paraît toutefois que le même poëte qui a emprunté du tragique grec les plaintes touchantes d'Hécube et de Polyxène, a dû aussi reproduire- quelque
chose, sinon de la naïveté, au moins du pathétique de
sa l\!('clce,
^ Ce qui me le persuaderait, c'est une imitation éloignée d'un de ses plus beaux passages, que je rencontre dans les Métamorphoses*. Les merveilles de l'expédition des Argonautes ne pouvaient man (uer d'y trouver place, et en même temps, l'amour de Médée pour Jason. Ovide nous la montre en Golchide, partagée entre le désir de sauver son amant, et la honte de trahir, pour un étranger, sa patrie et son père, absolument comme Euripide
nous la fuit voir à Gorinthe, hésitant entre sa jalouse
rage qui la sollicite au meurtre de ses enfants, et sa
tendresse maternelle qui la retient. C'est, dans un autre
sujet, avec plus de raffinement et de recherche, les mêmes alternatives de sentiments et de résolutions le même mouvement de pensées et de langage , un monologue tout semblable. Si le poëte latin n'a pas imité le poëte grec, on peut du moins assurer qu'il s'en est souvenu.
Du reste, en amenant, à son tour, l'enchanteresse
Médée sur cette scène changeante des IJ'gendes mytho-
logiques, le poëte devait s'attacher à frapper l'esprit par
le merveilleux des aventures, plutôt qu'à émouvoir le
cœur par la peinture de la passion, et c'est ce qu'il a fait avec cette facile et ingénieuse imagination qui charme «dans ses récits, mais aussi avec cette abondance peu ré-
1. VII, 11 sqq. Il s'en trouve aussi quelques-unes, mêlées àde plus ■nombreux souvenirs d'Apollonius de Rhodes et peut-être de son traducteur latin Varron d'Atax, dans VEpître {Ihroid. epist. xii) tron curipusement élégant-, trop spiritueîle, qu'il a fait adresser à Jason
par Mélf'e au désespoir. Ovide, on le vo t, s'est bien sou\ent et sous bien des formes occupé de la fable de Médée. Il est assurément au premier rang de ceux d^nt il a dit dans son Art d' Aimer , I, 335 ;
Coi non deflela est Ephyreae flamtna Creus», Et nece natorum sanguinolenta parens?
glée, cette subtilité prétentieuse, qui trop souvent les déparent.
Ces détails sur un ouvrage étranger à l'art dramatique
ne sont cependant point une digression. Ils me conduisent directement, par une sort'^ de filiation généalogique,
à la Médée de Sénèque, rejeton dégénéré de la Médée
d'Ovide. Sénèque, ou l'auteur des tragédies qu'on a parées de son nom, a, comme l'auteur des Métamorphoses, et, bien évidemment, à son exemple, placé le principal intérêt du personnage de Médée dans son pouvoir magique, dans le spectacle ou du moins dans la description de ses enchantements. A la même époque, le chantre de
la Pharsale introduisait dans son épopée * les magiciennes
de la Tliessalie, et se complaisait aussi à décrire les
atroces pratiques de leur art. Les deux poètes, on peut le
croire, dans le choix de ces peintures, ne suivaient pas
seulement l'inclination ou le caprice de leur imagination, mais le mouvement général dos esprits, qui, selon la remarque d'un ingénieux et éloquent écrivain de notre temps % au milieu de la ruine du polythéisme, passaient alors, par une crédulité nouvelle, des croyances mythologiques aux superstitions de la sorcellerie. On aurait
quelque droit, en remontant plus haut dans l'histoire de
la poésie latine et grecque, de rapporter à la même influence, outre le morceau des Métamorphoses dont nous
nous occupions tout à l'heure, bien d'autres passages du
même poète ^ et des élégiaques* ses contemporains; plusieurs pièces satiriques, même sous forme d'ode, d'Horace ^ ; une églogue Fameuse de Virgile ^ et l'idvlle plus belle encore de Théocrite', qui, après avoir inspiré