Traité du Sublime, ch xiii, trad. de Boileau
Ils viennent; je les vois; mon supplice s'apprête. Quels horribles serpents leur sifflent sur la tête ' !
, « Le poëte ne voyait pas les Furies : cependant il en fait
une image si naïve, qu'il les fait presque voir aux auditeurs. Et, véritablement, je ne saurais pas bien dire si Euripide est aussi heureux à exprimer les autres passions : mais pour ce qui regarde l'amour et la fureur, c'est à quoi il s'est étudié particulièrement, et il y a fort
bien réussi. Et même, en d'autres rencontres, il ne
manque pas quelquefois de hardiesse à peindre les choses ; car, bien que son esprit de lui-même ne soit pas porté au
grand, il corrige son naturel et le force d'être tragique et
relevé, principalement dans les grands sujets : de sorte
qu'on peut lui appliquer ces vers du poëte :
A Taspect du péril au combat il s'anime,
Et, le poil hérissé, les yeux élincelants,
De sa queue il se bat les côtés et les flancs*. »
Euripide, dans un de ses deux Alcméon*^ nous le
savons par quelques restes de l'Alcméon qu'en imita sans doute Ennius*, avait peint un autre parricide en
proie aux mêmes égarements, poursuivi par les mêmes visions ; ce qui complète la ressemblance, il l'avait fait assister, consoler également par une jeune fille, qu'on peut supposer, d'après un récit romanesque et intéressant d'Apollodore% sa propre fille à lui inconnue et devenue même son esclave. L'énergie des images dans
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