Pausan., AU. xv ; Phoc, xxv, xxvi, xxvii. Cf. Barthélémy
Anaeh. , xxu.
époux livrés au glaive, elles-mêmes entraînées avec leurs enfants par le soldat furieux. Parmi ces images de désolation se mêlent quelques traits d'une grâce touchante convenable au personnage, et où se complaisait la poésie d Euripide. Je veux en citer un exemple : aussi bien ai-je
plus insisté jusqu'ici sur la portion dramatique des pièces
grecques, que sur cette partie lyrique qui leur sert comme de cadre.
« Ainsi donc, ô ma patrie, ô Ilion, tu ne seras plus comotée parmi les villes imprenables ! Tant elles étaient épaisses ce> nuées de Grecs qui t'ont enveloppée de toutes paris ; fant elles étaient nombreuses ces lances qui t'ont ravagée ! Tu t'es vu dépouiller de ta couronne de tours; la fumée t'a noircie ethideusement souillée. Jamais, hélas ! jamais je ne dois rentrer dans ion enceinte.
«Ce fut au milieu de la nuit que se consomma notre ruineà 1 heure qui suit le repas du soir et où un doux sommeil se répand sur les paupières. Quittant les chantsjoyeux, les plaisirs
de a fête, mon époux s'était étendu sur sa couche, ses armes négligemment suspendues, sanssonger à ces bataillons ennemis qui, des vaisseaux, marchaient en foule contre Troie
« Et moi rassemblant sous une bandelette, attachée avec grâce, ma chevelure flottante, les yeux fixés sur le métal brillant qui répétait mon image, j'allais aussi monter sur la couche pour m y hvrer au sommeil: quand, tout à coup, un grand bruit parcourt la ville ; ce sont des voix guerrières qui crient danslesrues; « Fils des Grecs, qu'attendez-vous ? qu'atlendez- € vous, pour renverser la citadelle d'inon et retourner dans.
« votre patrie? »
« J'abandonne mon lit, à demi vêtue, comme une jeune fllle^ de bparte ; j embrasse l'autel de Diane, hélas ! bien vainement Voila qu on m entraîne sur la mer, après avoir vu périr mori^
époux, après avoir de loin contemplé une dernière fois ma ville natale, lorsque, s'éiançant du rivage et reprenant sa route le vaisseau nVeut séparée pour toujours de la terre d'Ilion Malheureuse! en cet instant, je me sentis défaillir de douleur
« Je dévouai à la vengeance des dieux, avec le pasteur de nda, avec le funeste Paris, cette sœur des Dioscures. celte ilélene, qui m a perdue, qui m'a bannie, proscrite, par son hymen, que dis-je, un hymen? non : c'est le fléau d'une furie. Puisse la mer ne la point ram 'ner dans sa patrie I Puisset-eile ne rentrer jamais sous le toit de ses pères ' î »
i. Ilec, 889-932.
LES TROYENNES. — IIECUBE.
J'ai choisi de préférence ce beau morceau parmi les chœurs des deux tragédies, parce qu'il en est comme l'abrép^é, qu'il les résume tous. Rien n'y manque, en effet, pas même l'épigramme, pour laquelle, nous le savons, Euripide réserve volontiers une place. A-t-on remarqué,
au milieu de ces peintures pathétiques, un trait malicieusement lancé contre les mœurs trop libres et le vêtement
* trop peu modeste des filles de Lacédémone* ? Ce trait caractéristique, qui se trouve ailleurs^, n'est pas seulement
un indice de la rivalité des deux républiques; il témoigne encore, chez le poète et son public, de cette légèreté athénienne qu'au théâtre, comme à la place publique, le sérieux n'arrêtait pas longtemps, et qui, selon l'expression célèbre d'Homère % mêlait quelquefois le rire avec les larmes.
Les chœurs que nous parcourons, nous fourniront, parmi beaucoup d'autres*, un exemple très-frappant de
ces distractions ordinaires à Euripide , que son sujet n'entraîne jamais assez loin d'Athènes et de sa rivale pour
les perdre entièrement de vue, et ne leur point adresser,
à 1 une quelque marque flatteuse de souvenir, à Tautre
quelque sarcasme, quelque malédiction. Ses Troyennes
s'inquiètent du maître que leur donnera le sort, du pays
où elles seront conduites ; elles parcourent en imagination, avec uni érudition géographique peut-être assez peu vraisemblable, les diverses contrées de la Grèce, et
toujours leur préfèrent l'Attique. « Oh ! disent-elles, si
j'étais emmenée vers l'illustre terre de Thésée, et non aux bords de l'Eurotas, dans la demeure détestée d'Hélène, pour y voir, pour y servir Ménélas, le destructeur