Voyez t. I, p. 31, 62. — 2. Poét., ix
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ne pouvait s'emprisonner longtemps dans les mêmes formes, et qui, forcé de revenir à celles qu'il av "t quittées, ne les reprenait pas sans leur rendre quelque nouveauté et comme un air de jeunesse.
Eschyle, rajeuni, semble, en eSet, se remontrer sous
les traits d'Euripide. On retrouve la tragédie simple^ non
plus avec son immobile grandeur, sa sombre majesté,
mais une allure plus vive et des traits plus touchants.
Au lieu de cette gradation de terreur qui variait seule la contemplation d'un objet effrayant, ce sont les aspects
divers de l'infortune, les traits redoublés du pathétique. En même temps, à cet art si naïf, qui s'ignorait soimême et que guidait un instinct mystérieux et sublime,
a succédé une habileté formée par la réflexion et la pratique. Les critiques ont souvent relevé, et certainement
avec justice, la négligence qu'apporte Euripide à la composition de ses pièces ; mais peut-être n'ont-ils pas assez loué l'artifice qui, presque toujours, la déguise. Dans ces
ouvrages, surtout, formés de l'assemblage quelque yeu arbitraire de parties indépendantes les unes des autres,
il faut voir comme il sait par d'ingénieuses préparations,
par des rapprochements adroits, donner à une succession d'incidents fortuits Tapparence d'un enchaînement nécessaire; comme tous ces fils dont il lui a plu de composer
sa trame s'y mêlent, s'y entrelacent sans confusion, se
rejoignant, se divisant tour à tour, et se perdant enfin
dans le nœud artistement formé qui les rassemble.
Nous avons pu remarquer dans les Phéniciennes quel-
ques-uns de ces mérites; mais ils nous frapperont davantage dans deux tragédies, où le même genre est traité avec plus de franchise, et qu'un système pareil de composition, aussi bien que la liaison intime des sujets, ne nous permet pas de séparer, quelque espace de temps
que l'époque de leur représentation ait pu d'ailleurs
mettre entre elles*. Je veux parler des Troyennes et do
VHécube.
1. Un passage d'Élien (Var.hist. II, 8), dont j'ai parlé ailleurs (t. I, p. 30 sq.), rapproché d'autres passages duscoliaste d'Arbtophane {.Av.,
LES TROYENNES. — HECUBE.
Si Ton peut dire que ces deux tragédies ne sont que des tableaux , des tableaux semblables à ces immenses et complexes représentations du Pœcile d'Athènes et de la Lesché de Delphes, où, d'après les poètes cycliques, le pinceau de Polygnote avait exprimé les mêmes sujets ,
et dont notre poète avait pu s'inspirer, on peut ajouter,
en suivant cette image, qui est une définition exacte,
qu'elles ont l'une et l'autre pour fond la prise de Troie.
Euripide y rappelle sans cesse, avec une inépuisable tecondité d'imagination, l'idée de cette grande et terrible
catastrophe ; il y retourne, en mille façons, le contraste de tant de gloire, de prospérité et de tant de misère; l'horreur de cette nuit de fête, terminée dans le sang et dans la flamme.; ces ruines, ces cendres, cette fumée, qui seules marquent la place oii fut Troie.
C'est au chœur, à une troupe de jeunes Troyennes, que
le poète confie surtout le soin de chanter l'hymne tunebre
de la patrie. De là des odes animées d'un mouvement tout dramatique. Ces femmes se représentent avec terreur toutes les scènes qui ont frappé leurs regards, la ville en
feu pleine de tumulte et de carnage, les temples profanés, les maisons ravagées, leurs pères, leurs frères, leurs
843 un; Vespy 1317), autorise à placer la représentation des Troyen nps en 416 ou 415, dans la premiè.e ou la deuxième année de la xci^ olympiade. Voyez Musgrave, Chronol, |cen.- Bœckh Trag gr princ.c.xiv: Clinton, Fast. helUnic, p. 79; Th. F.x Euripid. éd. F. Didot, Xm.Chronolog. fabul ^V- vi; J- A. Hartunp, Eurtmrf. re*titut 1844. t. Il, p. 231, cf. 281. On ne sait pon.t précisément la date de VHècube; mais, d'après certains indics, on a pu supposer, non sans
vraisemblance, qu'elle a été représentée en 425, la quatrième année de h Lxxxvm» olympiade. Aristophane, en effet, dans ses Nnées, données ■nour la première fois l'année suivante, la première de la lxxxix' olympiade va fait, notamment v. 709, 1 152 sqq. (cf. Hecuh., 159, 169 sqq.), plus d'une allusion; et d'autre part, Euripide, aux vers 458 sqq., semble avoir eu en vue le rétablissement des fêtes Déliaques (Thuc, III, 104- Plutarch vit. iVic.,iv), dans la troisième année de la i.xxxviii« olympia'le. De là cette date intermédiaire d'après laquelle VHécube aurait précédé d'environ neuf ans les Troyennes. Voyez sur ces calculs en dernier lieu. Th. Fix, ihid., p. ix; J. A. Harlung, tbtd.,t. I, p. 504
sqq. Cf. H. Weil, De tragœdiarum groccarum cum rébus pubhcis conjuncttone, 1844, p. 32. „ »vi