Hécube
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toyablement à ses yeux; elle-même, parvenue au terme de la vieillesse, ployant sous le faix des ans et des douleurs, on l'entraîne en esclavage, elle sera la servante d'Ulysse I Sa plainte se lasserait plus tôt que le sort dont les coups redoublés l'accablent. Les plus malheureux s'oublient pour la pleurer, et ses oppresseurs, avec étonnement et pitié, quelquefois même avec ce doute pénible de
la Providence divine, qui troublait, nous Tavons vu*, les derniers moments d'Antigone, contemplent en elle le modèle accompli du malheur. « Ah! lui dit quel ;ue part Agamemnon, fut-il jamais femme plus infortunée? —
Jamais, reprend-elle, sinon Tinfortune elle-même'. »
Cette Hécube, par le rôle qu'elle joue dans les deux tragédies d'Euripide, remplies du continuel spectacle de ses disgrâces, de ses inépuisables lamentations, me paraît avoir quelque analogie avec ce personnage de Marguerite,
ramené si souvent par Shakspeare au milieu des scènes
multipliées de son Richard III, et dont les imprécations, organes de la justice divine, ne cessent d'appeler sur ses
persécuteurs, comme autant de rétributions vengeresses, chacun des crimes du tyran. Hécube se montre aussi infatigable à souffrir et à pleurer que Marguerite à maudire ; l'une personnifie par sa douleur sans fin les calamités sans nombre de Troie, ainsi que l'autre, par la constance de ses ressentiments, l'enchaînement confus des crimes d'York et de Lancastre; elles sont toutes deux
l'âme, la pensée, l'unité du drame.
Euripide ne pr.?aît pas s'être dissimulé que cette unitélà risquait fort de ressembler à de l'uniformité, et, en
effet, il n*a pu lui en sauver toujours la fâcheuse apparence, quoiqu'il ait pris soin d'interrompre tent de malheurs sans remède, tant de plaintes sans combat, qui, comme on l'a dit fort bien', fatiguent à la longue et épuisent la pitié, par l'expression plus vive du sentiment de