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et plus embarrassante. Tous deux, comme on voit, prennent leurs avantages avec cette habileté que leur suggèrent, à l'un l'expérience des hommes et l'habitude de la parole, à l'autre cet art d'instinct qui naît du danger et du désespoir :
HÉCUBE
S'il est permis aux esclaves d'interroger les hommes libres, sans les offenser, sans blesser leur cœur, je puis te parler, et tu dois m'enlendre.
ULYSSE
Tu le peux, en effet, parle : je ne t'envierai pas ce peu de temps que tu me demandes.
HÉCUBE
Tu sais, quand tu pénétras dans Ilion, pour observer les Troyens, caché sous d'obscurs lambeaux, la barbe souillée de sang et baignée de tes larmes ?
ULYSSE
Sans doute : une telle aventure n'a pas seulement effleuré mon âme.
HÉCUBE
Hélène te reconnut et le dit à moi seule •. ■
ULYSSE
Je m'en souviens, et du danger que je courus alors.
HÉCUBE
Ne pressais-tu pas mes genoux, dans la plus humble posture?
ULYSSE
Oui d'une main tremblante que je sentais mourir parmi tc^ vêtements.
HECUBE.
Que me disais-tu, en ce moment, où tu étais en ma puissance, mon esclave?
ULYSSE
Tout ce que je pouvais trouver, pour ne pas mourir.
HÉCUBE
Je t'ai sauvé, je t'ai fait sortir de nos murs.
1 Et le dit à moi seule, addition d'Euripide au récit d'Homère; Odiiss IV 244 sqq., blâmée, comoie peu vraisemblable, non-seulemnnt par Eusiathe, mais par le scoliaste de notre poète.
* Jif
ULYSSE
Il est vrai : je te dois de voir encore ce jour qui nous
éclaire*.
Ulysse, on le voit, ne conteste rien, et, comme Brumoy le remarque avec raison, Euripide lui a conserve soigneusement cet art que lui prête l'antique poésie, d entrer d'abord dans les raisons de ses adversaires, pour taire ensuite valoir les siennes avec plus de force.
Ce qu'ajoute Hécube est dune éloquence bien pressante et bien persuasive. Elle s'adresse tour à tour a a reconnaissance, à la justice, à la pitié d Ulysse Quelle
honte à lui de traiter ainsi, pour complaire a la mu titude,
celle à^qui il doit tant! Convient-il d'ensanglanter le tombeau d'Achille par un sacrifice humain plutôt que par une hécatombe? Si on veut le venger, Polyxene n est point coupable envers lui; si on prétend 1 honorer par la beauté de la victime, Hélène est plus belle et plus digne de périr. Ah ! n'y a-t-il pas eu assez de morts ? Qu on ne tue point sa fille, en qui est désormais toute sa joie, qui lui fait oublier ses maux, qui la console de tout ce qu elle a perdu, qui est tout pour elle, sa patrie, sa nourrice,
son bâton, son soutien et son guide. Il ne faut point abuser de la victoire ; il ne faut pas se fier à la fortune Ellemême était autrefois, et maintenant n est plus. Qu Ulysse
aille trouver les Grecs et leur demande la grâce de ma -, heureuses femmes qu'ils n'ont point immolées dans e premier emportement de leur victoire que protègent le saint asile des autels et l'humanité des lois : Ulysse 1 obtiendra sans peine par l'autorité de sa sagesse et de sc3 discours*.
1 V 932-248. J'ai suivi, pour les derniers vers, rordre fort judicieusement adVté par God^ Herman, d'après l'autorUé d'un manu-
•"î^'v'^^qY At En±. au rapport d'Aulu-Gelle (XI, 4), avait ainsi
/raduit, assez exactement, ce dernier passage :
Haec tametsi pervorse dices, facile Achivos flexeris : Nam quum opulenli loquuntur parUer atque ignobiles, Eadem dicta, eademque oratio œqua non aeque valet.
. m disant ces choses aux Grecs, quand même tu les dirais mal, lu
LES TROYENNES. — IlÉCUBE.
La Harpe a traduit ce passage, avec quelques-uns de
h même pièce, dans des vers élégants et harmonieux, mais où l'on peut regretter quelquefois la naïve familiarité du grec*. On doit faire le même reproche, comme aussi adresser le même éloge, à une imitation que je rapporterai de préférence, parce qu'elle est moins connue, et qu'elle a pour nous l'intérêt toujours plus vif d'une production contemporaine.
Je citais précédemment^ à l'occasion des Troyennes, une cantate dont cette tragédie a inspiré le sujet à Casimir Delavigne, fort jeune encore. Le même poëte, à peu près vers la même époque, s'est également exercé sur la tragédie à! Hécube^ dont il se proposait, après les infructueux essais de tant d'autres, d'enrichir notre scène. Attiré bientôt vers des sujets plus neufs, et par là plus heureux, il a renoncé à ce dessein, et n'a considéré son ouvrage que comme une étude qui devait rester étrangère au public. Un morceau cependant en a été publié dans un recueil* : c'est le discours d'Hécube à Ulysse, qui nous
les persuaderas facilement. Les même raisons, le même langage, dans la bouche des grands, ou dans celle des petits, n'ont pas les mêmes
effets. »
C'est précisément ce que Molière a fait dire à Sosie {Amphitryon,