L.G tableau a Hercule furieux, que Philostrate* Jit
avoir vu dans une galerie de Naples et à la description
ducjuel il mêle ciuelques souvenirs de la tracédie d'Euri-
3ide, peut être regardé comme un éloge indirect de ce
)eau récita
Les portes s'ouvrent et font voir Hercule, comme il
"vîen^t d'être décrit, au milieu de sa famille immolée, lié fi un tronçon de colonne, et dormant d'un sommeil pénible.
Amphitryon se traîne vers le chœur, qui, de la place
au'il occupe entre l'orchestre et la scène, contemple CCI
artreux spectacle. Il vient le prier de modérer les éclats
de sa douleur, de ne point abréger le montien-t de calme
accordé au malheureux, de ne point hâter, avec son ré-
vi'il, le retour des fureurs dont ils gémissent. Ses prières
sont vaines, et lui-niênip, emporté par 1 excès; de son
affliction, finit par s'unir aux transports qu'il n'a pu con-
tenir. Quelquefois il rentre pour surveiller les mouve — rr^ents inquiets de son fils, pour interroger sa. respira.tion
Haletante, pour s'assurer (|ue ses yeux sont encore
fermés, et, de loin, informe les vieillards, ciui l'interrogent avec anxiete, de tout ce qu'il remarque. Ces jeux
de scène, aux;quels devaient répondre ce qii'il faut aiijour —
d'hui deviner*, l'ordonnance du théâtre, la disposition
des acteurs, le partage des strophes entre Amphitryon
■ih-id. Cf. Eîod. Sic, IV, 11 ; Hygin., Fab. xxxii; Tzetzes, ad Lycoplir. , 38, ^t.c.
1- r*inclMr., -iltid. 2. F*ausan., -il>td. Cf. v4<£. xr-r. 3. rtnag. II, 23.
4. Yoj^ez sur les emDrunts faits par les arl5 à l^ JPKÇ^IÇ irÇCÔUt;
et, en particulier, sur les tal)leaax décrits par les deux Philostrate, notre 1. 1. p. 146 sqq.
&. Voyez Co<î. Hrrman., Prxf. ad Hère. fur.
HERCULE FURIEUX
et le chœur, entre les divers personnages dont le chœur
se composait, préparent avec beaucoup d'art et d'effet
le moment, à la fois redouté et désiré par le spectateur,
du. réveil d'Iiercule.
Tout le monde l'a, éprouvé : qiiand cesse le sommeil,
11 y a un court ouWi des souffrances corporelles, des
peines morales qu'il avait suspendues, puis un retour successii de ces ailGctions, jusqu a ce que les sens, que
l'âme, complêtemeiit éveillés, soient rentrés, poiar ainsi
dire, en possession de leurs misères. Il en est ainsi pour
Hercule, avec cette différence qu'ignorant de sa propre
aventure, il fait en lui, hors de lui, dans tout ce qui le
touche, de douloureuses, d'étranges, d'inexplicables dé-
couvertes. Cette situation a. été exiprinaéc par Eiaripide a.dmira.t»lemcrit, dans un morcea.va. qu'on ne peiit louer
qu'en le traduisant, et qu'il est Men difficile de tra-
duire.
<i Oui, je respire, je vois encore ce que je dois voir, le ciel,
la terre, ces traits brillants du soleil. Mais de quelle tempête terrible a. donc été battue mon âme pour que mon souf-
ne s'échappe de ma poitrine si brûlant, si précipité, si inégal?... Ah! des liens, qui attachent, comme le navire au ri-
vage, ma poitrine, raes bras à un dtil)ris de colonne. Je suis
captif, et dans des lieux voisins sans doute du séjour des
nnorts. Autoiar de moi sont répandus sur la terrtà m.es flèches a.ilées, mon at.rc , ces a.rmtis CfLiî, toujours dsins mes matins, ixie
défendaient, et cjue je savais défendre. Serais-je redescendu
aux enfers! Eupysliiée m'auraitil forcé dô mùnmnm ce
voyage? Mais je n^'aperçois point le rocher de Sisyphe j ni
Pluion, ni le sceptre qô la iille de Cerès. Je ne puis revenir
de mon étonnement, je cherche en vain où je suis... . Oh! n'y a— t-il point près de nrioî, a.ux: environs de ces lieux, quelcju''uii
de mes amis aui veuille éclairer mon ignorance? Uar je ne reconnais aucun des objets auxquels mes sens sont accou-
luniés\ 9
Amphitryon se hasarde à se rapprocher d'Hercule, et
bientôt, de l'a.v^eu des v^ieilla,rds cj^ui l'ont géraérexisement sxaivi, recouna.issa.rxt tjiie le délire du ina.lheTj.reiix: a. cessé,
il roflipt les liens qui le retenaieiit. Alors conmieiice, l.V.l
EUBIPIDE.
HERCULE FURIEUX
entre le père et le fils, une lutte d'un grand effet dramatique, l'un par de§ questions pressantes, courant à la
découverte d'un secret dont l'autre, par des réponses
évasives, retarde le plus qu'il peut la révélation. 11 faut
bien cependanf, qu'à la fin Hercule apprenne que ce carnage dont il est entouré, il en est l'auteur; que ses enfants, sa femme, dont il reconnaît les corps sanglants,
lui-même les a tués. Désespéré, il ne songe plus qu'à
s'ôter la vie, quand tout à coup l'arrivée de Thésée donne
à ses pensées un autre cours. Fuyant les regards de son ami et voulant aussi le préserver de la souillure des siens,
il s'enveloppe, il se voile la tête de ses vêtements.
Thésée est venu, avec une troupe d'Athéniens qui l'ont
suivi jusqu'aux bords de TAsopus et y attendent ses ordres, offrir à Hercule son secours contre l'usurpateur
Lycus. Ce qu'il voit et qui le frappe d'une douloureuse
surprise, lui persuade d'abord qu'il est arrivé trop tard ;
mais hientôt il apprend d'Amphitryon, condamné, pour
le plaisir du spectateur, à renouveler des révélations qui
tout à l'heure lui ont tant coûté, dans quelles disgrâces
nouvelles et sans remède la haine de Junon a précipité le héro.^. Alors, avec le zèle, la patience, l'adresse
de l'amitié, il s'occupe de consoler celui qu'il accourait
défendre. Le tableau de ses tendres soins, celui du retour
d'Hercule à des sentiments de résignation courageuse,
sont le sujet d'une longue et dernière scène, qui, selon le génie grec, repose l'âme des émotions déchirantes, révoltantes quelquefois, de cette tragédie, par la contemplation du beau moral, y corrige l'excès du pathétique et de l'horreur par l'admiration. Ajoutons que cette scène offrait aux Athéniens une autre sorte de soulagement.
Elle détournait à la fin leur pensée sur ce dont ils aimaient
surtout à être entretenus, sur ce que leurs poètes dramatiques mêlaient, nous l'avons vu * et le verrons encore, à
tous les sujets, sur ces vertus généreuses qui, de tout
temps, avaient fait d'Athènes le recours et l'asile des