II
TÉgypte, retrouva sa femme, que lui rendit Protée. Voilà,
en substance, ce que dit Hérodote, et qu'il avait, dit-il,
appris des prêtres égyptiens ; ce qu'au rapport de Philostrate, qui a suivi Hérodote, Apollonius de Tyane se fit raconter par l'ombre d'Achille*.
La poésie ajoute toujours quelque chose à l'histoire. Elle trouva le moyen de concilier, par une supposition fort étrange, les récits contradictoires qui tantôt faisaient séjourner Hélène à Troie, pendant le siège de cette ville, tantôt lui faisaient passer tout ce temps en Egypte. Ce n'était pas pour la véritable Hélène qu'on avait combattu, mais seulement pour son fantôme. Ainsi le raconta Stésichore \ qu'une légende poétique disait avoir été privé de la vue en punition de ses outrages à la mémoire^ de la femme de Ménélas, et ne l'avoir recouvrée qu'après une palinodie devenue bien célèbre, dont Platon a cite les premiers vers ^ à laquelle il a fait ailleurs' allusion, rapprochant de l'erreur des Grecs et des Troyens celle des
hommes qui s'égarent dans la poursuite de vains plaisirs.
De ces diflérentes données, tant historiques que poétiques, dont Gorgias, dont Isocrate, l'un dans son Apologie, l'autre dans son Eloge d'Hélène, n'o^:> fait aucun usage, mais qu'Euripide a ingénieusement combinées,
est résultée une tragédie, peu d'accord (le poète ne s en
inquiétait guère) avec les Troyennes, où il avait repro-
HELENE
duit deux ou trois ans auparavant, avec VOreste, où il allait prochainement reproduire* la tradition ordinaire ^ Le scène est en Egypte, dans l'ile de Pharos, sur les
bords du Nil. Elle représente le tombeau de Protée et le
palais du nouveau Toi, son fils Théoclymène. Nous apprenons d'Hélène elle-même, chargée du prologue et, selon Métastase, très-patiente à s'en acquitter», qu'après le jugement célèbre où l'espoir de la posséder décida Paris en faveur de Vénus, Junon, dans son dépit, livra, en sa place, au prince troyen un fantôme formé à son image, andis qu'elle-même fut enlevée par ISIercure, et secrètement transportée en Egypte, dans le palais de Protéet
Elle a vécu sous la protection de ce sage prince, dans cet
asile ignoré, tandis que les Troyens et les Grecs, abusés
par une illusion pareille, se disputaient sa conquête. Jupiter le voulait ainsi, et, comme l'avait dit Homère*,
longtemps avant Euripide, afin de faire connaître à l'univers, par cette guerre mémorable, le premier des héros de la Grèce, et aussi, par une considération de haute économie politique ' qui appartient à la même époque « et donne au système de Malthus une antiquité fort respectable, afin de soulager la terre du fardeau d'une excessive
population. Cependant le nom d'Hélène a été flétri pour
une action qu'elle n'a point commise, maudit pour des
calamités dont elle n'a point été la cause ; elle s'en afflige
\- ^•',eie"u^'rj'e"L^^iy"i'uUVrl:.s par Euripide, dan.
'TpkeTa V^c'ra;?£"com.'-ffeJ.,- Tre.zcs, ad Lycopkr., 113; Artm de Rhetoric, etc. Horace, dans une palinodie ironique adres- X à Canidie Epod. ÀVll, a rappelé (v. 47 sq.|.) ce qu'on raconta t de celle de Stés'choVe:. Des vers qui diffamaient Hélène avaient blessé Castor et le frère de Castor; vaincus cependa„t par les pr.ères du poe.e,
ils lui rendirent la lumière dont ils l'avaient prive. • Infamis Helenae Castor offensus vice,
Fraterque m?gni Castons, victi prece, Adempta vati reddidere lumina.
4. lie Repuhl, IX. Voyei. la traduction de V. Cousin, t. IV, p. 40; i, 21*9.
1. Sur la date des Troyennes et celle de VOreste, voyez notre t^. III,