Voyez t. III, p. 8 sqq
Un récent et ingénieux interprète d'Euripide * pense l'avoir retrouvé. Les fragments du théâtre tragique d'Attius offrent des traces d'une tragédie 2, dans les premières scènes de laquelle, à ce qu'il semble, on voyait Agamemnon, convoquant la nuit les généraux grecs et leur faisant part de ses inquiétudes sur le salut de l'armée, Diomede se proposai»>our aller observer les Troyens, et s'adjoignant
dans cette entreprise hasardeuse son compagnon ordinaire Ulysse, ce qui commence le dixième livre de l'Iliade la Dolonie. Or, selon M. Hartung, le titre transcrit du grec de cette tragédie , Nyctegresia, ou Nycteeersia F Alerte nocturne, était le titre véritable, comme la pièce était l'imitation du Rhésus, et dan^ ce qui reste des premières scènes subsiste l'idée du prologue perdu Ainsi par une disposition dont même les Euménides d'Eschyle ne présentent qu'imparfaitement l'analogue, et qui aurait devancé de bien loin les libertés du drame romantique, la pièce commencée dans le camp des Grecs se serait achevée dans le camp des Troyens. M Hartung l'admet sans difficulté, et il lui paraît que de l'opposition de ses deux parties, grecque et troyenne, devaient résulter des effets capables d'ajouter aux mérites et d'atténuer, d'annuler même les défauts remarqués dans
le Rhésus.
Quoi qu'il en soit de cette conjecture, c est, pour nous, dans le camp des Troyens, devant la tente d'Hector, que commence l'action, et c'est, chose pour nous encore à peu près nouvelle [Vlphigénie en Aulide, VÉlectre d'Euripide, peut-être les Perses d'Eschyle, offrent seuls, et à la pre-
1 J. A Hartung, Eurip. restitut. 1843, t. I, p. U sqq.
2 Vovèz sur cette tragédie, avec l'ouvrage précédemment cite, Bothe^To e. Tae. scenic. fragm.'im. p. 224.sqq 0. Ribbeck tM p 168, 306 sqq. et, en dernier lieu . G. Boissier le poet^e Atttus, étude
sur la traqédie latine pendant la République, 18o7, p. d».
3 Avant E. Hartung, Fr. Vater, Rhésus cum schol. anhq. 1837. avait pen-^é que lal^yctigresia était une imitation du J^^^e^us ; msAs fJs première^ scènes, dont il reste des fragments, lui semblaient une addition du poète latin.
k, Vojoz nolra tome I, p, 372,
mière scène, quelque chose de semblable*), pendant la
nuit*. Gomment les anciens pouvaient-ils, dans leurs théâtres découverts, je ne dis pas représenter, mais indiquer la nuit? L'indiquaient-ils même, ou bien, je le croirais plus volontiers, s'en reposaient-ils, quant à cette
partie de la mise en scène, sur l'imagination des spectateurs, avertis par les vers du poëte ? On ne le sait. Quoi
qu'il en soit, dans ce camp des Troyens, que nous nous
figurons facilement, à la lecture, enveloppé de ténèbres,
près de la tente d'Hector, encore fermée, arrive la troupe chargée de veiller aux portes pendant la quatrième part de la nuit^ pour le reste de l'armée. Elle vient donner au général un avis important, et elle vient tout entière, quoiqu'elle eût agi plus régulièrement, plus sagement, en se contentant de charger du message un des siens. Elle ne commet pas cette imprudence \ qui lui sera plus
tard reprochée s, et entraînera de factieuses conséquences, sans une raison qui, par malheur, est simplement
1. Voyez 1. 1 p. 223; II, 341 ; III, 1 1 sqq. Dans le Plutus d'Aristophane, y. 627 sqq., dans VHeautontimorumenos, imité de Ménandre par Térence, v. 410, il est question, comme dans nos pièces moier-
nés, d'entr'actes nocturnes.
2. De cette circonstance, un critique qui retire, avec bien d'autres le ïïhésus à Euripide, mais pour l'aUribuer, cela lui est particulier, oii Je verra plus loin, à quelque Alexandrin, God. Hermann [ibid] a conclu que la pièce, œuvre de cabinet, n'avait pas été faite pour être représentée.
3. V. 0. Cf. Iliad. X, 253. La nuit, divisée en quatre parts chez le
poëte tragique, ne l'e>t qu'en trois chez Homère. Sénèque, on Va. remarqué, suivait, au sujet du jour, il est vrai, la plus ancienne division lorsqu'il disait (T/iy est., 798) : *
Nondum in noctera vergente die, Tertia raisit buccina signum.
Properce (EZ. IV, iv, 61) avait auparavant suivi la seconde, devenue celle des Romains, dans ce vers :
Et jam quarta canit venturam buccina lucem.
4. L'imprudence ne serait pas beaucoup moindre, si, comme le suppose M.Hartung {ibid., p. 20), ce n'étaient pas les soldats eux-mêmes
mais leurs chefs, qui fussent venus en si grand nombre trouver le ué-
néral. **