De Aud. poet. — 5. Tusc, II, 2b
lions poétiques, et y avait transcrit presque toute la Mèdée^; ce que rapporte Gicéron* de quelques philosophes, tels que Denys, tels que Philon , qu'il avait entendus; ce que Ton voit pour ainsi dire en action chez
Épiclète*, chez ses historiens, ses commentateurs
Arrien* et Symplicius % chez Maxime de Tyr*, chez
Marc Auièle*^ et même chez le stoïcien imaginaire que
met en scène Lucien dans son Banquet, sous le nom
d'Hétœmoclès®: c'est que renseignement philosophique
dans toutes les écoles, mais surtout dans celles des
stoïciens, demandait volontiers ses exemples, ses textes d'argumentation à la tragédie appelée, selon Philos-
Irate*, par Nicagoras, « la mère des sophistes; » qu'il lui empruntait d'heureuses, de frappantes images pour exprimer le caractère de nos diverses affections, la lutte du devoir conlre la passion, de la liberté morale contre la
fatalité, Tindifférence du sage à l'égard des inconstances
et des rigueurs de la fortune, sa résignation au cours nécessaire des choses, son intelligence ou du moins son interprétation pieuse des vues cachées de la Providence, la dignité et le bonheur de celui qui sait accepter, pour le jouer avec convenance, le rôle, quel qu'il puisse être, qui
lui échoit dans ces drames de la vie dont Dieu*' est le poète
et le chorége.
Faut-il s'étonner que la tragédie revienne sans cesse
dans les discours prêtés par l'histoire aux hommes célèbres de l'antiquité grecque? Que, par exemple, elle
fasse presque entièrement les frais de la lettre qu'on
suppose écrite par Dion, partant pour Texil, à Denis le
Jeune.
1. Ouinlil., Insiit. orat.; Galen., de Hippocrat. et Plat, dogm., III;
Dio;?. Laert., VII, 180. — 2. Tusc. y II, n. Cf. De Nat. Deor., lU, 38. — 3. Enchirid.j Lii, fragm. 174. — 4. Epicteti dtsscrt,, 1, 4, 19, 24, 28; II, 1, 16, 17, 22. — 5. In Epictet. Enchirid., 17 , 31. — 6. Phtlosophic. dissertât., 1 , 13, 41.— 7. Commentar. , XI, 6. — S.Conttt?., 24. — 9. Vit, Sophist, llippndrom.
10. La fortune, selon le Ménippe de Lucien. Yoy. Necyornant., 15,
dans une piquante comparaison de la vie humaine avec une représentalion dramatique.
HISTOIRE GENERALE
« .... Je crois pouvoir te dire, avec Euripide, que, dans d'aulres circonstances,
Tu souhaiteras d'avoir près de toi un homme tel que moi.
Rappelle-toi encore que la plupart des autres poètes tragiques, quand ils font mourir un roi sous les coups d'un traître, ne manquent pas de lui mettre ces mots dans la
bouche :
Malheureux ! je meurs parce que je n'ai point d'amis. i>
Voici encore un passage qui a toujours été goûté des hommes sensés :
« Ni l'or éblouissant, si rare dans cette vie dépourvue, ni le diamant, ni les tables d'argent qui ont tant de prix aux yeux des hommes, ni les plaines riches et fertiles d'une vaste terre, n'ont autant d*éclat que l'union des gens de bien*. i>
Nul n*a fait plus d'usage de la tragédie grecque
qu'Alexandre, qui la savait par cœur, et en répétait quelquefois de longues tirades»; il la citait à tout propos, et son exemple était suivi en cela aussi bien qu'en d'aulres choses. Il l'aurait rendue complice d'un grand crime, si, comme on le raconte ^ il s'était réellement servi d'un vers de la Médée^ pour exciter à la vengeance le meurtrier de Philippe. C'est par des vers, également empruntés à son tragique de prédilection,'
Euripide», qu'il témoigna, dit-on encore*, pour Galiis-
thène, une aversion trop tôt traduite en arrêt de mort. En revanche, quand il tua Glytus, cet acte de violence,* que réparèrent de si nobles larmes, avait été provoqué par l'injurieuse application que, dans le désordre d'un repas, ivre de vin et de colère, son impétueux et im-
1. Voyez Œuvres de Platon, traduites par V. Cousin, t. XIII, p 55
2. Athen., Deipn., XII. — 3. Plutarch. , Vit. Alex., x. — k.Med.,
5. II s'agit d'un vers souvent cité, entre auires par Cicéron, Famil, XIII, 15, et de vero de la tragédie des Bacchantes^ les y. 2Gi,