Plutarch.. Vit. Alex., un
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE. 139
prudent ami lui avait faite, de ce passage de VAndromaque^ :
< Les Grecs ont un bien injuste usage. Qu'une armée dresso un trophée, l'honneur ne sera pas pour ceux qui ont pris la peine, qui ont travaillé à la victoire, mais seulement pour le
général. Parmi tant de milliers d'hommes, également armes de la lance, il n'a pas plus fait qu'un autre, il recuedle plus de
gloire. »
Cette intervention de la tragédie grecque dans les scènes de la vie réelle n'est pas moins fréquente sous les successeurs d'Alexandre. S'agit-il pour Démétrius
Poliorcète d'un mariage politique dont s'efl'raye sa jeunesse , son père Antigone Ty détermine par la parodie d'un vers d'Euripide. Est-il vaincu après tant de victoires , Eschyle lui prête d'éloquentes paroles pour se
plaindre de la fortune qui Ta élevé, et semble maintenant vouloir le perdre. Un Thébain qui le voit arriverdans
sa ville, en modeste équipnge, sans l'appareil fastueux
qu'il affectait naguère, le salue d'un vers, où l'auteur
des Bacchantes' avait peint Bacchus cachant, sous une apparence mortelle, sa divinité. De fausses manœuvres ayant placé son armée entourée, affamée, dans une position fort critique, un de ses soldats se permet de l'en railler gaiement par un écriteau, où on lit, comme au début de YŒdi'pe à Colone, mais avec un léger changement* :
c Enfant de l'aveugle vieillard Antigone, en quels lieux sommes-nous venus *? »
Du moment où Rome, devenue lettrée, connaît, par les
1. Androm.^ v. 684 sqq. Voyez Plutarch., Alex., lij Q. Curt., VIII, i; Julian., Cœsar., etc. — 2. Luripid., v. 4.
3. 'AvTiVôvou au lieu de 'Avri^ôvYi. Quant à l'epilhete au?>.ou, ce qu pouvait en justilier l'application à Antigène, c'était, je crois, quii était borgne comme nous le savons par les éloges donnes a Apelles
(Ouintil., Jml orat., II. 18: Plin., Hist. nat., XXXV, 36) pour a^oir
dissimulé ce défaut en le peignant de profil.