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Etats du Péloponèse, c'est, dit-il, que Sparte est dure et dissimulée, les autres villes petites, sans force, qu'elle seule est assez humaine pour entreprendre sa cause, assez puissante pour la faire prévaloir, gouvernée, comme elle lest, par un jeune et brave pasteur. L'allusion est évidente, et elle serait des plus directes et des plus complètes, si, dans ce pasteur dont le poète vante la jeunesse et la bravoure, on reconnaissait, avec un savant', Alcibiade, alors fort en crédit.
Le refus que Thésée oppose aux prières d'Adraste, le
reproche qu'il lui adresse de s'être attiré son malheur en
s^alhant à la fatale famille d'Œdipe, en so laissant pousser à la guerre par d'imprudents conseillers, contre l'avis de sagps devins, sont plus naturels qu'ils ne sont justes et généreux. Encore, à vrai dire, ce naturel se rencon-
tre-t-il dans le sens général, et non dans la forme d'un
discours trop apprêté, trop rempli de développements
moraux et politiques, et qui, s'il convient à un poëte
philosophe et citoyen , ne convenait guère au roi de la vieille Athènes. Euripide parle fort raisonnablement, fort ingénieusement de ces esprits remuants qui, par ambition, perdent les États ; de cette classe amie de l'ordre qui les conserve et qu'il appelle d'un nom que nous croyons moderne et qui ne l'est pas plus que la chose, la classe moyenne 2 : mais de telles réflexions, évidemment
nées de la circonstance plutôt que du sujet , ont dû
perdre, lorsqu'elle a passé, l'intérêt piquant qu'elles en empruntaient, et aujourd'hui elles nous semblent un épisode tout à fait contraire à l'esprit de la poésie dramatique.
Cet esprit reparaît avec éclat dans la réplique d'Adraste, uniquement inspirée par la situation, et pleine de dignité et d'éloquence :
« J'étais venu chercher ici un médecin pour guérir mes
1. Lebeau jeune, Mémoire déjà cité, p. m. Cf. J. A. Harlung, ibid.,
l. 11. p. ol ,
LES SUPPLIANTES. — LES HERACLIDES. 191
maux et non un juge pour condamner ma conduite. Peut-être ai-ie été coupable en quelque chose, mais, pnnee, ce que j'attendais de toi ce n'étaient pas des réprimandes, c'était du secours. Tu me refuses, il faut bien que je me résig^ne. Que ferais-je'^ Allez donc, mères vénérables, partez, laissez ici ces verts feuillages, ces bandelettes; attestez et le ciel et la terre, et les flambeaux de Cérès, et la lumière du soleil, qu'en vain dans vos prières vous avez invoqué le nom des dieux*. »
11 y a ici une lacune, que les commentateurs ont remplie par quelques vers de leur façon ^ On ne sait si ceux que nous avons perdus appartenaient au discours d'Adraste, ou étaient prononcés par le chœur. Ce dernier sentiment^ paraît le plus vraisemblable ; car, dans ce qui suit , le ton a changé; il est devenu moins haut, moins fier, mais non moins éloquent.
a Que vas-tu faire? trahir un devoir si saint? chasser ces
femmes, au mépris de leur âge, sans leur avoir accordé ce qu'elles avaient droit d'obtenir? Oh non ! les bêtes sauvages se retirent dans les rochers, Tesclavc au pied des autels, une ville battue de la tempête cherche son salut près d'une autre
ville. Car il n'est point ici-bas de prospérité inaltérable et éternelle *. »
Ces prières qu'Euripide varie avec une fécondité inépuisable, deviennent plus vives, plus pressantes encore. Thésée en est ému, et il n'y peut plus résister quand il voit tout à coup sa mère se couvrir la tête de son voile pour cacher ses larmes. C'est comme le dénoûmcnt de la