Ant. rom., V
LES SUPPLIANTES. — LES HERACLIDES
nuelle les vieillards d'Argos demandent avec indignation à Clytemnestrs, après le meurtre d'Agamcmnon, qui l'ensevelira, qui le pleurera, qui le louera sur sa
tombe*. ^.. .
Viennent ensuite des arrangements trop arbitraires que
prennent entre eux, dans l'intérêt évident du poëte et de sa pièce Adraste et Thésée. Un même bûcher consumera les généraux argiens, à l'exception de Capanée, dont le corps, frappé de la foudre, sera brûlé à part comme une dépouille sacrée. Cette dernière cérémonie aura heu sur la scène, en présence des Suppliantes, que la vraisemblance appellerait pour la plupart aux funérailles de leurs enfants, qui ne restent que sur un prétexte sans doute parce que leur présence est nécessaire à la décoration du théâtre, et que ce qui va suivre a besoin de
spectateurs.
Tandis que les monuments funèbres s'élèvent, comme nous en avertit le chœur dans des chants dun inépuisable pathétique, la veuve de Capanée, Évadné, paraît sur un rocher qui domine le bûcher de son époux, dans le dessein de s'y précipiter. Son vieux père, Iphis, à la vigilance duquel elle s'est dérobée, la suit de près, main'arrive que pour assister à cet acte de désespoir. Quois que trop épisodique et trop peu préparée, cette catastrophe tragique est d'un grand elTet, et, par la vive émotion qu'elle excite, elle rompt heureusement l'umforme expression de la plainte. Qu'on se figure* Evadné, en habit
de fête, dans le transport d'une joie funeste, contemplan, le corps de son époux, et mesurant des yeux l'abîme enflammé qui va la recevoir ; Iphis, qumepeut ou qui craint de comprendre ses menaçants discours ; enfin la stupeurt l'horreur profonde des témoins impuissants de cette ter-
Vcerie sii et d'2n*des tableaux décriis par Philostrate (voyez noLt I, p. loi) ^lans ses Imagine., Il, 30, d'après la belle sccno d'Euripide: probablement. Le sophiste n'a pas toutefois emprunte Lripide ridée prétentieuse de ses amours qu'd représente allumant do leurs flambeaux le bûcher de Capanée.
pible scène. Euripide est le ppëte de la douleur; son
génie ne pouvait lui manquer pour peindre, dans Iphis,
l'affliction d'un père privé à la fois de tous ses enfants.
Car ce n'est pas seulement sa fille Evadné qui lui est ravie; il avait auparavant perdu son fils Éléocle, Tua des Sept chefs, et il les unit tous deux dans ses regrets déchirants.
« .... Dans ma jeunesse, voyant ceux qui devenaient pères, j'étais amoureux de la paternité; je mourais du désir de posséder des enfants. Ah ! si j'avais pu connaître.... quelle est la
douleur d'un père à qui ses enfants sont ravis, jamais je ne me fusse exposé à souffrir ce que je souffre en ce moment* . Hélas ! j'avais donné le jour à un fils plein de vertu et de vaillance, et voilà quMl m'est enlevé. Que faut-il que je fasse, infortuné?
Retourner dans ma demeure? mais qu'y trouverai-jeV une vaste solitude, une vie désolée. Aller vers la maison de Capanée ? Elle m'était chère, quand j'avais une fille; mais je n'en ai plus, j'ai perdu celle qui pressait mes joues de ses lèvres,
qui entourait ma tête de ses bras caressants. Qu'y a-t-il pour un père, dans sa vieillesse, de si doux qu'une fille? Les fils ont l'âme plus haute, mais leur amour est moins tendre, a moins de charmes ^ Oh ! qui me ramènera dans ma demeure? qui me
plongera dans les ténèbres, pour que j'achève de consumer par la faim ce corps débile?... O vieillesse, plus forte que le malheur, que je te hais*! »
Les cérémonies funèbres sont terminées. On voit venir les fils des guerriers argiens portant dans leurs bras l'urne et la cendre de leurs pères. A cet aspect, la douleur générale, un instant distraite par le sacrifice d'Êvadné et le désespoir d'Iphis, se ranime avec une sorte d'emportement. Aux gémissements redoublés des mères se mêlent les vœux de vengeance des enfants, qui grandiront pour la perte
de Thèbes et seront un jour des Sthénélus, des Diomède,
les redoutables Êpigones.
Cependant Thésée réclame d*Argos, qui la lui promet
par la voix d'Adraste, une éternelle reconnaissance. Mi-