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LES SUPPLIANTES. — LES IIÉRACLIDES

nerve elle-même paraît pour prescrire le serment solennel par lequel cette cité s'oblige à ne jamais combattre contre Athènes, à la défendre même contre ses ennemis, se dévouant, si jamais elle se parjure, à la vengeance céleste. Le but politique de la pièce se montre avec évidence dans ce dénoûment; il y justifie la présence, ailleurs trop prodiguée par Euripide, d'une diviuité.

Transportons-nous par la pensée dans le théâtre de Bacchus ; supposons-nous, pour un instant, ou Athéniens ou Argiens, et peut-être nous ferons-nous quelque idée de l'effet que pouvait produire, devant un tel auditoire, cette imposante réclamation de droits si anciens, et placés sous la garde d'une si sainte autorité.

Le poète y comptait sans doute, lorsqu'il négligeait avec tant de liberté les règles ordinaires de la vraisemblance et le soin de la composition ; lorsqu'il multipliait, avec si peu de scrupule, les allusions les plus étrangères à son sujet. Il pouvait compter aussi sur des beautés dramatiques bien dignes d'excuser, d'effacer tant de

défauts.

Ces beautés, auxquelles j'ai cru devoir m'arrêter do préférence, ont été froidement louées par la plupart des

critiques modernes, et elles ont entièrement échappé à

l'attention de La Harpe. La seule chose qui lui paraisse remarquable dans les Suppliantes, c'est, dit-il, qu'on y trouve au dénoûment une scène de spectacle qui a pu donner à Voltaire Vidée du bûcher d'OlympieK J'ai mis le lecteur à même de juger si les Suppliantes n'ont en effet d'autre mérite qu'une ressemblance accidentelle avec un des plus faibles ouvrages de la vieillesse de Voltaire^.

L'antiquité jugeait plus favorablement cette tragédie :

l Lvcée

2. Il peut encore s'édifier à cet égard, en lisant l'éloquente analyse

u'a donnée en 1849, de la tragédie d'Euripide, M. Saint-Marc Girar-

^in, dans le chapitre xxxii de son Cours de littérature dramatique,

intitulé : De la pitié envers les morts. — L'Antigone de Sophocle. —

Les Suppliantes d'Euripide. - La Thépaïpe de Stace. - Les Nuits d'Young,

une anecdote curieuse, rapportée par Diodore de Sicile',

nous fait connaître qu'à l'époque où elle parut, elle s'empara vivement de l'imagination des spectateurs.

La veille de la bataille navale livrée près des îles Arginuses, l'un des généraux athéniens qui devait le lendemain commander la flotte, Thrasyle, vit en songe le théâtre d'Athènes rempli d'une foule prodigieuse de peuple, devant laquelle il jouait, avec six de ses collègues,

te Phéniciennes d'Euripide, tandis que les chefs ennemis jouaient sur la même scène les Suppliantes du même

poëte. Il lui sembla que son parti avait remporté la victoire, mais que tous ses acteurs étaient morts, à l'exemple des Sept Chefs devant Thèbes. Le devin consulté sur ce songe prononça que six des généraux athéniens périraient.

Ovide se souvenait des Suppliantes^ lorsque dans cette

énumération des héroïnes de l'amour conjugal qui ouvre le

troisième livre de son Art d'Aimer % comme pour en racheter par avance les profanes leçons, à la suite de Pénélope, de Laodamie, d'Alcesie, il introduisait Évadné, et lui faisait dire, se précipitant dans le bûcher de son

époux : a Reçois-moi, Gapanée ; que nos cendres soient

confondues! »

Accipe me, Capaneu; cineres miscebimur, inquit Iphias; in medios desiluitque rogos.

On ne peut douter que Stace ne se soit aussi souvenu des Suppiianles comme de VAntigone. Ces deux tragédies ont contribué', pour une part égale, à fournir la matière du dernier livre de sa Thébaïde. Elles n'ont pas

d'ailleurs exercé d'influence sensible sur le goût d'un

poëte trop ami de l'emphase et de la recherche, peutêtre pour bien sentir, mais certainement pour exprimer la vérité grecque. Chez lui, l'action touchante d'Euripide

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