Vuytz t. II, p
CADMUS
Que tiens-tu dans tes mains?
AGAVE
La tête d'un lion . m'ont dit les chasseresses , mes compagnes.
CADMUS
Regarde-la, un instant suffit.
AGAVE
Ah! que vois-je? que porté-je?
CADMUS
Regarde encore; apprends....
AGAVE
La plus grande des douleurs, ô malheureuse !
CADMUS
Te semble-t-il que ce soit la dépouille d'un lion ?
AGAVE
Non, c'est la tête de Penthée. Infortunée !
CADMUS
Je le pleurais, que tu le méconnaissais encore.
AGAVE
Qui Ta tué? Comment ses restes sont-ils en mes mains?
CADMUS
Terrible vérité! que ta venue est désolanle!
AGAVE
Achève, mon cœur s'élance vers tes paroles.
CADMUS
Tu Tas tué, toi et ta sœur.
AGAVE
OÙ donc? dans ce palais? en quel lieu?
CADMUS
Au lieu où Actéon fut dévoré par ses chiens.
AGAVE
Mais qui conduisait au Cithéron ce malheureux ?
CADMUS
Le désir d'insulter à Bacchus et à vos cérémonies.
LES BACCHANTES. 269
AGAVE
Et nous, comment y étions- nous?
CADMUS
Par suite de la fureur dont Bacchus a rempli toute la ville.
AGAVE
Ah ! Bacchus nous a perdus.
CADMUS
Vous l'aviez offensé'!...
Sénèque se souvenait de ce beau dialogue, il en faisait indirectement un éloge que nous devons recueillir, quand il peignait la stupeur des Bacchantes contemplant, sans se croire coupables de sa mort, les restes déchirés de Penthée ^
Par une disposition fort naturelle, il est suivi d'une tirade dans laquelle se répand la douleur de Gadmus privé de celui qui était le soutien de sa vieillesse, l'espoir de sa maison. Nous n'avons (lus, le temps nous la ravi, le morceau correspondant, une autre tirade, où se lamentait à
son tour Agave. Nous tenons seulement d'un ancien, du rhéteur Apsinc ^ ou de Longin \ qu'elle y apostrophait dans son désespoir, comme l'Hécube des Troyennes gémissant sur lecorps d'Astyanax% chacun des membres de son fils. Il faut blâmer Euripide d'avoir suggéré à Stace Tétrange idée de représenter, dans les enfers, Echion qui s'occupe de rajuster le corps de Penthée ^; à Senèque, le