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Voyez noire t. II, p. 127 sqq

SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE

raison curieuse par les faits qu'elle seule apprend, mais où l'on peut relever certains défauts de justesse, ne sont guère propres à nous dédommager. lien est autrement de

ces passages dans lesquels réloquent rhéteur à qui nous

devons le Traité du Sublime, a loué, avec un sentiment si vif de la beauté grecque, l'énergie sublime d'Eschyle, la pure élévation de Sophocle, la vérité passionnée d'Euripide.

Qu'on ne me repioche point d'accorder trop de place à Topinion des Grecs, dans cette revue des jugements divers portés sur leur théâtre tragique. Je serai retenu moins longtemps par les Romains, dont la critique, comme la littérature, fut presque toute d'emprunt. Le même que les

Ennius, les Pacuvius. les Attius, transportèrent sur la scène

latine les compositions d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide',

Horace, avec un succès, sinon plus populaire et plus vil,

du moins plus réel et plus durable, enferma dans des vers pleins de sens' quelques idées de la poétique grecque ^ qu'il a beaucoup contribué à répandre. Ces vers sont à peu près tout ce que les Romains nous ont laissé sur l'art dramatique et sur le théâtre grcc.Gommele traité d'Aristote, dont quelques-uns paraissent empruntés, ils ne contiennent guère que des préceptes généraux, et nous n'y pouvons trouver en bien grand nombre ces notions spéciales

que nous cherchons en ce moment dans les ouvrages des

critiques anciens. Ne négligeons pas toutefois do le remarquer: personne n'a mieux défini que ne l'a fait Horace le caractère d'un personnage qui donnait à la tragédie des

Grecs une physionomie particulière, de ce chœur, qui

était sur la scène le spectateur idéal de l'action, et l'inter-

1 Voyez t. I, p. 123. — 2. Episl. ad Pisones.

3. D'après Néoptolème de Parium surtout, au rapport de Porphy-

non. Quelques vers de VÉpilrc aux Puons peuvent touief is être rapprochés de certains passages d'Ari^tote ; tels sont les vers 80 sqq., sur

le caractiTO dramatique de l'ïambe, cf. Poelic. IV ; les vers loi sqq. sur la sympathie de laïuelle résultent les impressions du drame, ci. Poctic.j XVII, Rhet., m, 7; les vers 156 sqq. sur les traits propres aux

divers âges. cf. Rhet., II, 12, 13, 14; les vers 193 sqq. sur le rôle ^u chœur, cf. Poelic, XVIII; les vers 338 sqq. sur la vraisemblance, cf. Poetic , XXV,

EURIPIDE, u. — 22

i;ir

JUGEMENTS DES CRITIQUES

prête de la raorale universelle*. Horace a de plus reconnu

et célébré, dans les tragiques athéniens, cet art qui leur

est propre, de s'abaisser en faisant parler la douleur, de descendre avec aisance jusqu'au naïf et au familier, et de s'approcher ainsi quelquefois des limites de la comédie, si sévèrement interdites à l'art tragique par la plupart des aristarques modernes^. L'auteur de l'Art poétique avait un sentiment profond de la poésie des Grecs, qu'il connaissait si bien, qu'il a tant de fois citée, rappelée'; il en parle avec respect, avec amour; il en prescrit l'étude assidue aux poètes de Rome; lisez les Grecs, leur dit-il, relisez-les sans cesse, feuilletez-les et le jour et la nuit*. Il semble qu'il pressente déjà l'époque où, dans le silence du théâtre envahi par les pantomimes, la tragédie n'aura

plus d'autre asile que les écoles des rhéteurs et des philosophes, d'autre langage que celui d'une morale déclamatoire ; où, dépouillée de toute vérité dramatique, elle ne conservera des divers attributs qu'elle avait reçus des Grecs, que la forme du dialogue. Alors, si Quintilien'^ recommande encore la lecture d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, ce ne sera pas dans le dessein de rendre des poêles

à unescène qui depuis longtemps n'existe plus; il ne cherchera dans leurs productions que des modèles de style et

d'art oratoire pour le disciple qu'il destine au barreau ;

ses jugements sur le théâtregrec n'auront rien qui se rapporte à l'art dramatique ; quelquefois même ils en contrediront les principes; il donnera la palme à Euripide, par la seule raison qu'il le croiia plus utile que ses illustres devanciers aux études de l'orateur; et ce que nous serions tentés de reprocher quelquefois au poète grec, comme une grave infraction à la première loi de son art,

ces longs plaidoyers où il débat si ingénieusement le pour

et le contre, ces controverses presque judiciaires, qu'il

substitue trop souvent au débat animé des passions, se-

l. Jïpist. ad Pison. v. 193 sq. — 2. Ihid., v. 95 sqq. — 3. Vuvcz t I, p. 142 de ces Etudes, et aussi YEiiuIn sur la vie et les oarm/cs d'Horace, VI, p. lxxi, en tête de ma traduction de ce poêle, Paris,

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