V. 923 (texte de Boissonadej
ESCUïLE. — Il
ESCHYLE
LE HÉRAUT
Mais enfin, car il faut que je le sache *, que je puisse rendre,
comme doit un héraut, une réponse claire et pré'iise, qui es-tu^
Par qui dirai-je à mes maîtres que leur sont ravies ces femmes de leur sang? De tels différends, Mars les juge, sans appeler de témoins, sans admettre de composition : mais avant, bien des guerriers tombent palpitants sur la terre.
LE ROI
Qu*ai-je besoin de te dire mon nom ? tu l'apprendras assez tôt, et toi et ceux qui t'envoient. Pour ces femmes, si elles le veulent, si leur cœur les y porte, si tes discours respectueux les persuadent, elles peuvent te suivre. Mais, par d'unanimes suffrages, Argos a décidé qu'elles ne seraient point livrées.
Voilà qui est arrêté, fixé à jamais, scellé par une volonté immuable. Je ne te remets point ce décret gravé sur des tablettes, consigné par récriture dans un rouleau d'écorces; mais tu l'entends clairement de la bouche d'un homme libre. Maintenant pars, ôte-toi de mes yeux.
LE HÉRAUT
Ah ! sachez-le : bientôt vous aurez la guerre. Que la victoire et l'empire soient pour les hommes I
LE ROI
C'est ici, chez les habitants de cette terre, que vous trouverez des hommes, et qui ne boivent pas un vin fait avec de l'orge '.
Uns chose à noter, c'est que, préoccupé des idées de
son temps, Eschyle transporte involontairement, ou
peut-être même à dessein, les formes assez récentes de
la démocratie, dans cette époque reculée, dont il rend d'ailleurs avec vérité la sauvage rudesse. Le roi des
Pélasges n'a osé régler lui-même le sort des Danaïdes; il a remis cette décision aux suffrages de ses sujets, et, quand le décret est porté , il soutient devant l'envoyé d'Egypte , avec Torgueil d'un républicain , cette expression de la volonté publique. C'est ainsi que, dans un
autre ouvrage du même poète*, Agamemnon, de retour