‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 96 sur 893 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

f<e8 Pergeg.

Nous n'avons rapporté qu'à moilié * le bel hommage

que, dans la comédie d'Aristophane, Eschyle rend luimême au caractère mâle, belliqueux, patriotique, de sa poésie. G est ici le lieu d'achever la citation : ^ « .... En outre, par ma tragédie des Perses^ Vai inspiré a mes compatriotes l'ambition de vaincre toujours leurs rivaux". »

En traduisant eUa et fX£T3c tout', non pas par depuis,

mais par en outre, nous nous conformons au sentiment du

scohaste » qui met ainsi les vers d'Aristophane d'accord

avec 1 ordre chronologique des pièces d'Eschyle, les Perses selon les didascalies *, ayant précédé et non pas

SUIVI les Sept Chefs, D'autre part, en adoptant, dans la disposition de nos études, l'ordre inverse préféré, selon son droit de poète, par Aristophane, nous faisons notre profit de la gradation qu'il a voulu marquer. Elle nous montre le poète conduit du langage de l'allusion à un autre plus direct, d'une fable mythologique à un fait de

1 histoire à un fait de Thistoire nationale et contempo-

raine, celle des victoires récemment remportées par Athènes, pour la cause de la liberté grecque, sur l'oppressive puissance de FAsîe. ^

Les Grecs, qui prenaient si près d'eux, chez les hommes et les choses du jour, les sujets de leur comédie, n'en usaient de même, pour leur tragédie, que bien rarement et par exception. La raison de cette ditîérence est facile à trouver. Gomment montrer sur la scène, avec vraiseml)lance, des événements auxquels chacun avait pris part,

éd^/D?dorD "ïo"-!*^' -A^V^''' ^^^\^^- - 3. ^d Tîan , 1021 , 1026, ea. t. Didot, p. 303. - 4. Voyez plus haut, page '205, note 2.

LES PERSES

des personnages peut-être assis avec la foule dans l'amphithéâtre? L'art du poète, le talent de l'acteur eussent été vaincus par le seul souvenir des uns, la seule présence des autres; et puis, il eût manqué à tous deux cette grandeur idéale que donne l'éloignement des temps, et

dont la tragédie, plus encore que l'épopée, ne saurait se

passer. Si le poète épique Ghérilus, racoctant pendant

la guerre du Péloponèse, dans sa Perséide, la guerre

contre les Perses; si Empédocle, traitant, vers la même

époque, le même sujet*, purent sembler trop voisins des héros qu'ils célébraient, Eschyle Tétait bien davantage,

lui, leur compagnon d'armes, aussi bien que leur poëte, qui chantait devant eux la victoire presque au sortir du combat. Il le sentit, et, par une ruse littéraire qu'on ne saurait trop admirer, bien qu'une fois trouvée elle paraisse

bien simple, transportant la scène du drame de Grèce en

Asie, et, au lieu des vainqueurs, y faisant paraître les

vaincus, il dé.aysa, en quelque sorte, son sujet, et lui

donna cette perspective lointaine nécessaire à Tillusion

tragique. Car, comme Ta dit très-bien Racine^, qui s'est autorisé de son exemple, lorsqu'il a mis au théâtre la

catastrophe récente de Bajazet, dont le récit n'avait encore

paru dans aucune histoire imprimée, « l'éloignement des

pays répare, en quelque sorte, la trop grande proximité

des temps, et le peuple ne met guère de différence entre

ce qui est à mille ans de lui et ce qui est à mille lieues.

C'est ce qui fait, ajoute Racine, dont on me pardonnera

de citçr encore les paroles, parce qu'elles sont un excellent commentaire de l'ouvrage dont je m'occupe, c'est ce

qui fait que les personnages turcs, quelque modernes qu'ils soient, ont de la dignité sur notre théâtre. On les regarde de bonne heure comme anciens. Ce sont des mœurs et des coutumes toutes différentes. Nous avons si peu de commerce avec les princes et les autres personnages qui vivent dans le sérail, que nous les considérons.

1. Ar'isiot., Probîem., XXT,22; Diog. Laert., Vill, 58; Suid., v. 'Eant- Box)>f,; — 2. Préface de Bajaznt.

lî

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