Otto Jahn, loc. cil,, p. cxl. — Deville, loc. ciL, p
plus expérimenté en ces matières, M. le duc de Luynes, laisse la question indécise. L'effet de la peinture consistait dans le contraste delà teinte noire avec la couleur rouge naturelle de l'argile. La couverte noire est d'un ton plus ou moins brillant, tirant quelquefois sur le vert ou le brun; la plus belle couverte, celle des vases de Nola et d'Agrigente, et de quelques vases tirés des hypogées étrusques, est d'un éclat des plus brillants et tire légèrement sur le bleu.
Lorsque les vases recevaient un coup de feu, la couverte passait du noir au vert, ou même au rouge. Il ne faut pas confondre toutefois les accidents de la cuisson avec ceux produits par les bûchers. On a des vases qui ont été brûlés avec les corps et dont les fragments ont été soigneusement recueillis avec les cendres. La flamme, chargée de matières animales, noircissait l'argile, faisait éclater la couverte et pénétrait jusqu'au cœur. L'aspect des vases qui ont été brûlés sur les bûchers est terne, et les peintures ont perdu leur teinte rouge pour prendre un ton gris et argenté.
11 est hors de doute que si on admet une première cuisson avant l'application de la couleur noire, une fois peints les vases devaient être soumis à une seconde action du feu, afin que la couleur noire pût s'unir intimement à l'argile. Mais avant de peindre les vases, comme je l'ai déjà dit, on traçait légèrement les principaux contours au moyen d'un instrument dur et peut-être colorant, et il est facile de reconnaître les traces des traits dus à un instrument à pointe émoussée ou arrondie, surtout dans les endroits ou le peintre, en appliquant la couleur, s'est écarté de ces contours. Ordinairement, dans les figures vêtues, le nu est dessiné à la pointe sèche, quoique des draperies dussent recouvrir le corps; mais rarement l'attitude d'une figure est changée, ce qui prouve que les peintures des vases étaient toujours des copies. Ces traits légers n'étaient employés que dans le dessin des figures ; on ne les retrouve pas dans les ornements.
L'exécution varisdt selon que les figures se détachaient en noir sur le fond rouge de couleur naturelle, ou bien en rouge sur le fond teint en noir.
Dans le premier procédé, qui est le plus ancien, il fallait réserver un fond rouge pour le sujet, et l'encadrer dans des lignes et des ornements, afin de le détacher du reste, entièrement noir. Une fois les contours des figures légèrement indiqués, on les peignait intérieurement en noir. Plus tard on employa un instrument aigu pour dessiner par des lignes gravées ^ les contours et les différentes parties du corps, les muscles, les
1 . J*ai cité, dans mon Catalogue cTune collection de vases peints provenant des
vêtements, les plis aussi bien que les ornements, de façon à attaquer la couverte et à faire reparaître la couleur naturelle de Targile. Dans les vases les plus soignés, cette opération se faisait avec une netteté et une précision des plus minutieuses jusque dans les moindres détails. On peut citer comme exemples certains vases de la fabrique d'Amasis^ et une hydrie signée par Pantbaeus *. La gravure des détails et des accessoires ne pouvait avoir lieu qu'après une première cuisson. Cette gravure, exécutée au moyen d'une pointe de bronze ou de fer, a été prise, par quelques savants, pour l'esquisse ou la première pensée de l'artiste, ce qui est inadmissible. Tout démontre que cette opération ne pouvait avoir lieu qu'après l'application de la couleur et quand cette couleur avait déjà obtenu un certain degré de densité et de résistance. D'un autre côté, si l'artiste avait attendu, poiu* exécuter la gravure à la pointe, que le vase eût passé pour la seconde fois au four, la couleur noire incorporée à l'argile et devenue dure se serait refusée au travail de la pointe et aurait éclaté sous les efforts du graveur. C'est ce qui fait que les gravures modernes, les traits ravivés, les lettres et les inscriptions ajoutées par des restaurateurs ou des faussaires, sont assez faciles à reconnaître, car les faussaires n'ont pu exercer leur coupable industrie que sur des couvertes brillantes et durcies.
Quant à la seconde méthode, celle où les figures se détachent en rouge sur le fond noir, on traçait l'esquisse, comme dans le premier cas, puis, au moyen d'un pinceau plein de couleur noire liquide, on couvrait rapidement ces contours de lignes si fines qu'on peut croire qu'elles étaient tirées au cestre^ ^espèce de tire-ligne, tant elles sont appliquées avec sûreté. On se servait ensuite d'un large pinceau pour couvrir to ute la partie extérieure des contours, afin de les préserver quand on peignait le vase tout entier et qu'on le revêtait d'une couverte plate, noire et brillante ; c'est pour cela qu'on remarque à ces endroits une cer-
fouilles de VÉlrurie (Paris, 4 837), sous le numéro 90, le curieux exemple d'une gravure exécutée dans le champ et au milieu d'une peinture à Ggures noires, où l'on voit le profil d'une-jeune femme gravé à la pointe. — Cette particularité, cet essai, cette fantaisie d'artiste, si l'on veut, rappelle une particularité analogue signalée par M. Beulé {MoTmaies d'Athènes, p. 354) ; il s'agit là d'un petit coq gravé à la pointe dans le champ d'un tétradrachme d'Athènes du Cabinet impérial et royal de Vienne.
4 . Duc de Luynes, Description de quelques vases peints, étrusques, italiotesj siciliens et grecs j pi. I-IIF. — Lenormant et de Witte, Élite des monuments céramographiques, t. l, pi. LXXVIII. — Arch, Zeitung, 4846, pi. XXXIX.
2. Aujourd'hui au Musée Britannique. Voir mon Catalogue Durand^ n** 94. — A Catalogue of fhe Greek and Etruscan vases, in the British Muséum, n« 447 *.
laioe épaisseur, des traits doubles et une teinte noire différente ^ Les détails étaient également exécutés au moyen de lignes noires très-fines tracées au pinceau; rarement cette couleur était appliquée pleine; elle l'était pour les cheveux, et encore il y a des exceptions.
On se servait aussi, selon les époques, les diflérents styles et les fabriques, d'autres couleurs, surtout pour relever certains détails. Premièrement, c'est le blanc et le rouge violacé ; plus tard, on y ajouta le jaune clair, le rouge brun, et même le vert et le bleu*. Ces couleurs sont des produits naturels. Le blanc est ce qu'on appelle vulgaireoient terre de pipe, le rouge est l'oxyde rouge de fer, le bleu et le vert sont tirés des sels de cuivre •.
Ces couleurs étaient appliquées quand le vase peint avait déjà été soumis au feu; elles n'ont pas reçu de cuisson, ou, si elles en ont subi une légère, comme je serais porté à le croire, elles ne sont pas incorporées avec l'argile; aussi ces couleurs d'application se détachent-elles et s'écaillent-elles très-facilement. Les acides, qui n'attaquent en aucune façon la couverte noire, enlèvent à l'instant les couleurs d'application; ces couleurs résistent à peine à l'eau si, en lavant les vases pour les nettoyer, on ne prend pas les plus grandes précautions. Le rouge violacé se conserve cependant mieux que le blanc. Souvent, sur les vases à figures noires, les couleurs blanches et violacées traversent et bouchent les traits de la gravure, ce qui démontre que la gravure précédait l'application des couleurs de retouche.
Les inscriptions sont peintes en noir sur le fond rouge, avec la couleur brillante qui a été employée pour les figures et pour le fond ; d'au- ^ très sont tracées en creux et gravées au moyen d'un instrument aigu {graffiti) y mais le plus grand nombre des inscriptions ont été écrites au moyen du pinceau en blanc ou en rouge violacé mat; elles s'appliquaient comme les retouches; c'est pour cela qu'elles disparadssent souvent. Cependant, il reste ordinairement une marque mate à l'endroit où les lettres ont été tracées, et on parvient à les distinguer en présentant les vases à la lumière, et en les tournant en divers sens.
On s'est servi quelquefois d'une autre méthode; elle consistait à en-
4. Voir un fragment dé coupe ainsi préparée dans l'ouvrage de M. Birch, History of ancienl poUery, t. I, p. Î44.
2. Voir pour exemple un vase de la collection Pourtalès, Panofka, Antiques du cabinet Pourtalès j pi. X. — Le vase du Vatican, qui représente sous une forme comique les amours de Jupiter et d'Alcmène, est également enrichi de diverses couleurs. Voir la première collection de Hamilton, publiée par d'Hancarville, t. IV, pl.CV-