‹ Études sur les vases peintsChapitre 24 sur 72 · Arch. Zeitung, 4 854, pi. LXI et LXIL · texte numérisé non relu

Arch. Zeitung, 4 854, pi. LXI et LXIL

Les inscriptions ne paraissent sur les vases peints enrichis de sujets mythologiques ou autres que vers le septième siècle avant l'ère chrétienne. Ces premières inscriptions sont écrites en caractères grecs de la plus ancienne forme. Nous avons parlé de vases à plusieurs zones d'animaux; nous avons dit que plus tard des scènes empruntées à la mythologie viennent s'encadrer dans ces zones. Le caractère oriental de ces sortes de compositions est aujourd'hui généralement reconnu. Nous avons ajouté qu'on avait trouvé un nombre considérable de petits vases de style asiatique ou oriental dans les tombeaux aux environs de Corinthe; que pour cela on avait donné à ce genre de vases le nom de vases corinthiens S la fabrique des poteries de Corinthe étant célèbre dans l'antiquité *. Strabon *, en effet, parle de vases de terre que les colons romains, anciens soldats de Jules César, trouvdent dans la nécropole de Corinthe; ces poteries étaient très-recherchées à Rome.

En général, les vases tirés de nos jours des tombeaux de Corinthe sont de petite dimension, et la plupart n'offrent que des figures d'animaux rangés, dans de longues files, à la suite les uns des autres ; on y voit rarement des personnages humains, et plus rarement encore des scènes mythologiques*. Ces vases, quant à la manière dont ils sont faits, à la couleur de la pâte et des dessins, aux formes et aux ornements, sont identiques aux vases de même nature qu'on trouve dans l'Asie Mineure, en Grèce, en Sicile et en Italie : d'où l'on peut conclure ou que le commerce les a portés sur les divers points sur lesquels on les découvre, ou bien, ce qui me semble plus probable, que des fabriques de ces produits ont été établies en plusieurs endroits, après que les Phéniciens eurent introduit et répandu le goût de ces objets parmi les populations helléniques.

\ . Voir supra, p. ^7.

t. Raoul Rochelle, Annales de V Institut archéologique, l. XIX, p. 234 et suiv.— Cf. Welcker, Kleine Schriften, t. III, p. 499 el suiv. — Th^riclès aurait été ]e nom du potier corinlhien auquel on attribuait l'invention des vases décorés de zones d'animaux (H^%i). Voir le travail cité de M. Welcker. * 3. Geograph., VIII, p. 384 et 382.

4. Raoul Rochelle (Choix de peintures de Pompéi, p. 73) a publié un vase corinlhien conservé au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque impériale, où l'on voit la naissance de Bacchus el plusieurs autres scènes empruntées au mythe de ce dieu.

Les vases les plus anciens, enrichis d'inscriptions, sont formés d'une terre blanchâtre ou jaune clair; les peintures sont noires et d'une teinte terne et inégale. Les retouches en rouge violacé ou en blanc annoncent déjà une époque plus récente; il en est de même des contours et des détails gravés à la pointe. Ce que nous avons eu occasion d'observer, en parlant des vases les plus anciens, les vases de style primitif, ce que nous avons dit des vases de style asiatique , décorés de longues zones d'animaux ou quelquefois de figures humaines, doit être également appliqué aux vases dont il est ici question.

Un vase des plus célèbres, non à cause de sa dimension ou de la beauté de ses peintures, mais en considération des inscriptions archaïques dont il est couvert, est la pyxU, connue sous le nom de vase Dodwell, aujourd'hui conservée à la Pinacothèque de Munich ^ Ce monument trouvé au commencement de ce siècle dans un tombeau à Mertèse, village aux environs de Corinthe, offre l'exemple le plus authentique de l'alphabet dorien en usage dans cette opulente cité grecque dès les temps les plus reculés. La pyxis est décorée à l'extérieur de deux zones superposées d'animaux; sur le couvercle est représentée la chasse de Galydon, accompagnée d'inscriptions que je transcris ici en caractères grecs cursifs : Oepcrav^po;, 4»iXov, Aaxov, Av^puraç, Saxiç, AXxâr, Aopt(i.a^oç, AYa(Jt.epov. Ce qui est à remarquer dans ces inscriptions, c'est d'abord l'emploi du kophy puis les lettres epsilon^ sigma, iota^ sous les formes de B, de M et sous la figure adoptée plus tard pour le sigma j enfin gamrnay formé d'un trait pour ainsi dire vertical, légèrement recourbé vers le sommet.

Toutes ces lettres se retrouvent sous une forme identique dans certaines inscriptions grecques découvertes à Gorcyre*. Or, Corcyre avait reçu une colonie corinthienne, vers Fan 734 avant I.-C. (olympiade 11, 3).

Les fouilles, entreprises par le marquis Gampana à Cervetri, l'ancienne Agylla ou Caere, en Étrurie, ont mis au jour un nombre considérable de vases très-anciens, les uns sans inscriptions, les autres couverts de légendes en caractères archaïques, semblables à ceux du vase Dodwell '. Le Musée Napoléon III possède ces précieux monuments d'un art des plus anciens; la collection de vases doriques à inscriptions

\. Dodwell, Classical Tour ihroughGreece, vol. Il, p. 496.~OUo Jahn, Beschreibung der VcLsensammlung Konig Ludwigi in der Pinakotkek zu Mànchen,n*'%^^, î. Corpus inscr, gr, 80. — Arch. Zeitung, 4846, pi. XLVIÏL 3. Voir Annales de VlmtUut archéologique, 4854, p. 58, et 4855, p. 67.

corinthienDes, rassemblée par le marquis Campana, est sans contredit la plus belle et la plus riche en ce genre qui ait été réunie jusqu'à ce jour. Nous allons voir quel intérêt ces vases ont pour l'histoire de l'art chez les peuples de l'antiquité.

Comment expliquer la présence en pleine Étrurie de nombreuses poteries couvertes de légendes en caractères de l'alphabet usité à Gorinthe? Au premier abord un tel fait semble étrange. Cependant rien de plus simple : on n'a qu'à ouvrir l'histoire. Denys d'Halicamasse, dans ses Antiquités romaines * , raconte que Démarate, de la race des Bacchiades, la plus puissante à Corinthe, et qui y avait longtemps tenu le premier rang, avait amassé de grandes richesses par le commerce qu'il faisait dans les villes des Tyrrhéniens, les plus opulentes de l'Italie. Une sédition excitée par Cypsélus, qui s'empara de la tyrannie^ l'obligea de sortir de Corinthe, parce qu'il ne s'y croyait pas en sûreté. Il emporta tout ce qu'il put de ses richesses, se réfugia à Tarquinies, l'une des plus florissantes villes de la tyrrhénie, et y épousa une femme appartenant à une des premières familles du pays. Son fils devint plus tard roi de Rome, sous le nom de Tarquin.

Pline* ajoute que Démarate avait amené avec lui en Étrurie deux artistes, qu'il nomme Euchir et Eugrammus. Dans un autre endroit ' le même auteur indique, parmi les citoyens de Corinthe qui s'expatrièrent en même temps que Démarate, le peintre Cléophante.

Les noms Euchir (E^x^tp) et Eugrammus (ËuYpaiApç) donnés aux deux artistes corinthiens ne sont autre chose que des noms emblématiques et désignent tout simplement des sculpteurs et des peintres habiles ; car l'un signifie une main habile, l'autre un bon dessinateur.

Tacite ^, à son tour, rapporte que Démarate avait introduit les lettres en Italie : Ai in Italia Etrusci ab Corintkio Demarato {Citeras didicerunt). C'est-à-dire que les caractères alphabétiques en usage parmi les Corinthiens furent connus des Étrusques, lors de l'arrivée de la colonie conduite par les Bacchiades ; car il ne peut être question dans le passage de Tacite des lettres ou caractères étrusques.

L'émigration de Démarate eut lieu dans la seconde année de la trente et unième olympiade, 655 ans avant J.-C.

Le vase Dodwell peut avoir été fabriqué quelques années avant

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