Voir H. 9runn, l. cit., t. Il, p
&. Allgem, Monatschr., 4852, p. 356 et suiv., et Arch, Aufsàtze, t. I, p. 69^ et pi. IX, p. 439, Leipzig, 4855, in-8<>.
COLLECTION CAMPANA. Il
des fragments de vases peints ; ces débris se trouvaient à une profondeur de dix ou douze pieds, en contre-bas des substructions mêmes du temple ; ils étaient dans une couche de terre noirâtre où Ton remarquait des charbons, des figurines de bronze de style archaïque brisées, des débris de tuiles peintes et autres fragments. Il n'était guère possible de se méprendre sur la nature de ces débris ; évidemment on avait sous les yeux les restes et les décombres des temples et des édifices détruits et brûlés par les Perses'. Au-dessus de cette couche de terre noirâtre se trouvait un lit épais d'éclats de marbre; c'étaient là les retailles, le déchet des matériaux employés à la construction de Périclès. On ne pouvait en conséquence mettre en doute que les débris retirés de dessous les éclats de marbre n'appartinssent à Tépoque de l'invasion des Perses (olympiade 7i, an A8i avant J.-C.) ou même avant. Au nombre des vases à figures rouges sur fond noir retirés de ces fouilles, on remarque un petit scyphus orné d'une chouette entre deux branches d'olivier, en tout semblable à certains vases qu'on trouve fréquemment à Nola*. Ce fait est de la plus haute importance pour l'histoire de l'art, car il démontre de la manière la plus positive que, dès avant les guerres médiques, chez les Athéniens du moins, on fabriquait déjà des vases dans la seconde manière^ c'est-à-dire à figures rouges. Quant à l'Occident, cet art a dû y pénétrer un peu plus tard, et les fabriques de l'Italie n'ont dû connaître ces pro* duits que quelques années après la défaite des Perses.
Les exemples que j'ai cités plus haut prou\'ent surabondamment que les deux manières employées par les céramographes, les dessins noirs et les dessins de couleur claire, ont été en usage en même temps, et que c'est avec intention qu'on les a rapprochées, en conservant à l'une et à l'autre leur caractère propre. Il ne faudrait pas conclure toutefois de ceci que le système des figures noires sur fond clair n'ait pas précédé d'un grand nombre d'années la seconde manière, c'est-à-dire celle à figures rouges ou jaunes. Indépendamment de ce que l'on sait sur la marche de l'art chez les Grecs, le style sévère et archaïque des plus anciens vases à figures rouges prouve que des figures noires on a été amené aux figures rouges. Les vases à figures noires d'ailleurs procèdent directement des vases
4 . On trouve fréquemment des charbons et des matières carbonisées sur l'Acropole. J'en ai retiré moi-aième avec des fragments de vases peints, des terres cuites et des débris de stuc, au-dessous du temple de la Victoire Aptère, lors de mon séjour à AUiônes^ en 4844.
5. Laborde, Vases de Lamherg, t. H, (ri. xux. — Comp. mon OU, Durênd^ n- •42-945, W4, 9n.
corinthiens, et ceux-ci des poteries décorées dans le gdnre asiatique. D'après M. Otto JahnS la forme des lettres dans les inscriptions n'indiquerait pas une époque plus basse que celle de la 86' olympiade (i36 avant J.-G.) pour les vases de style archaïque. Mais on aurait tort de se fier d*une manière absolue aux éléments épigraphiques fournis par les marbres où Ton ne peut trouver que l'écriture ofQciellement reconnue et admise dans les actes publics*. Quoi qu'il en soit, le nombre trèslimité des monuments où l'on rencontre les deux systèmes, s'il prouve leur emploi simultané, tend à faire admettre que cette pratique n'a pas duré longtemps et qu'on y a renoncé bientôt, quand l'ancienne manière eut été abandonnée pour faire place à la seconde. 11 y a en effet des coupes où, à côté dusujet noir peint à l'intérieur avec une assez grande négligence, on voit à l'extérieur des compositions à figures rouges dessinées avec soin.
Les vases à figures rouges non-seulement sont beaucoup plus nombreux que ceux à figures noires, mais encore ces sortes de poteries nous permettent de suivre pour ainsi dire pas à pas le développement et la marche progressive de l'art. D'abord on trouve des dessins pleins de roideur, et où la première manière n'a changé que de couleur, sans abandonner la sévérité et la sécheresse; mais p3u à peu cette sévérité prend un caractère grandiose ; les artistes, devenus plus libres et affranchis des entraves qui arrêtaient le progrès, acquièrent un talent individuel qui se prononce de plus en plus dans la suite des temps.
Ce qui fait la différence essentielle de ces vases et de ceux de style ancien à figures noires, c'est qu'on a abandonné tous les moyens de convention. Ainsi ce n'est plus par la couleur des chairs, ni par la forme des yeux qu'on cherche à distinguer les hommes des femmes; c'est la physionomie, ce sont les formes du corps qui établissent une distinction entre les deux sexes. L'expression dans les tètes est mieux sentie; cela s'observe surtout dans certaines têtes de silènes ou de satyres où l'on a voulu exprimer des sentiments passionnés.
On n'emploie que peu de couleurs ; et plus l'art se perfectionne, plus les ornements disparaissent pour faire place à une élégante simplicité où la pureté des lignes, la grâce des contours, la noblesse du style tiennent lieu de tous les artifices, de tous les détails, de tous les moyens conven-