‹ Études sur les vases peintsChapitre 46 sur 72 · Beschreibung der Pinakolhek zu Mànchen, p. clxxvu · texte numérisé non relu

Beschreibung der Pinakolhek zu Mànchen, p. clxxvu

t. VoirL. Ross, Arch, Aufsàize, t. I, p. xiv et xv. Leipzig, 4855, in-S"".

iionnels en usage chez les céramographes de la première manière. On n'a plus en vue que le beau ; c'est ce sentiment qui domine tout, c*est là le but qu'on se propose d'atteindre. On ne cherche plus à couvrir les vases du plus grand nombre possible de figures, divisées par zones ou par bandes, quoique ce système ne soit pas complètement abandonné, mais bien à faire ressortir et à faire valoir les figures par elles-mêmes ; les vases qui n'ont que deux ou trois figures sont souvent ceux qui se distingent par la perfection des dessins. Quant aux ornements, à l'exception de quelques très-belles œnochoés d'un vernis éclatant où l'artiste semble avoir cherché à déployer son talent d'invention, en multipliant les plus gracieux enroulements de feuillages, en dessinant des palmettes, en faisant courir sur les bords des perles, des oves, des godrons, la décoration se simplifie de plus en plus jusqu'à ce qu'on arrive à dessiner seulement quelques méandres et quelques palmettes.

Si déjà, à l'époque de la fabrication des vases d'ancien style à figures noires, les formes deviennent plus élégantes, quand arrive la période des vases à figures rouges, on remarque un nouveau progrès ; le galbe acquiert encore plus de grâce. L'amphore à deux anses prend une proportion plus heureuse; l'hydrie à trois anses s'arrondit et parvient à la forme la plus parfaite ; le cratère à larges bords s'évase comme une cloche ; l'œnochoé légère, élégante, s'allonge : son col, avec son embouchure en forme de trèfle, s'harmonise et vient se marier à une anse délicate. Les coupes, qui sont très-nombreuses, ont un charme particulier. Enfin jusqu'aux plus petits vases à parfums, tout se ressent de l'heureuse impulsion donnée à l'art. L'hellénisme s'étend et se développe de plus en plus.

A ces progrès de l'art du dessin, à ces perfectionnements apportés aux formes, répondent le travail plus soigné du potier, la belle couleur et la finesse de l'argile, et enfin la couleur brillante de la couverte ou du vernis.

Les compositions conçues dans le style sévère ont, comme je l'ai déjà dit, quelque chose de roide ; on y retrouve, dans l'expression du visage, la forme des peintures à figures noires, et cependant on sent déjà que l'art est prêt à rompre les entraves qui s'opposent à sa liberté. Les cheveux et la barbe arrangés et disposés avec soin, les boucles frisées, les vêtements aux plis roides et tombant droit distinguent le style sévère. Les femmes sont ordinairement vêtues de la tunique talaire aux manches longues que recouvrent l'ampechonium et plus souvent le péplus ample, large et fait d'une étoffe épaisse. Les cheveux sont retenus par une simple bandelette ou enveloppés dans le cécryphale. Les hommes, et surtout les éphèbes, sont vêtus d'une tunique courte et très-souvent n'ont pour tout vêtement que la chlamyde ; les personnages d'un âge mûr, les dieux tels

que Jupiter, Neptune, Baccbus, les rois des temps héroïques, ont pour cos* tume la tunique talaire et par-dessus un riche et ample manteau. La plupart du temps, lesornements, les petits détails qui distinguent les vases de style archaïque ont disparu. Ils sont remplacés par des plis réguliers et gracieux, exécutés avec un tel soin et une telle légèreté, que la finesse du tissu des tuniques se distingue de l'étoffe plus forte et plus épaisse des manteaux. Quoique, en général, les vêtements suivent les mouvements du corps, on n*est pas encore parvenu à les traiter avec une liberté entière : ainsi le corps et les vêtements qui le couvrent et l'enveloppent ont encore Tair de ne pas s'harmoniser et de rester dans un état réciproque d'indépen-» dance. Ce peu d'harmonie entre les draperies et les formes humaines paraît surtout là où la transparence du vêtement laisse voir la structure du corps et ses mouvements. Ce qui contribue à donner ou dessin un caractère dur et sec, ce sont les efforts faits par les artistes pour exprimer les détails les plus saillants, et malgré ces défauts, les formes du corps humain sont traitées avec tout le soin possible ; certaines parties s(Hit plus achevées ; on s'en aperçoit surtout dans la manière de dessiner les extrémités, telles que les mains et les pieds, quoique, à tout prendre, ces parties soient assez souvent traitées avec négligence, même dans les plus belles peintures. Le progrès se fait principalement sentir dans la manière de rendre les mouvements. Toutefois tes personnages ont encore une certaine contenance roide et solennelle qui n'est pas exempte de dignité et de grandeur. Mais ces figures qui se suivent, généralement détachées les unes des autres, forment de longues bandes qui, étendues sur une sur-* face plane, ont plus l'aspect d'un bas-relief que d'un tableau.

On peut citer, comme un exemple remarquable du soin apporté par les céramographes de l'école archaïque à dessiner les détails, la célèbre coupe signée du nom de Sosias, une des merveilles du musée de Berlin'. Les grandes divinités assises sur des trônes, Jupiter et Junon, Neptune et Cérès,Vulcain et Vénus, Bacchus et Ariadne, accompagnées d'une divinité ailée, la Victoire ou l'Aurore, reçoivent une procession d'autres divinités qui s'avancent en cortège à la tête duquel sont les Heures, suivies de Vesta, d'Amphitrite, de Mercure, de Diane, d'Hercule et d'Hébé. Dans l'intérieur de cette précieuse coupe, on voit Achille qui soigne Patrocle blessé, et c'est surtout dans ce dernier tableau qu'on peut se rendre

I. Jlon. iiiéd, de Vln$l. arch., t. 1, pi. x\iv et xxv. — Gerhard, TrinkMckakiti pi. VI et vu.

compte du soin minutieux avec lequel l'artiste a cherché à rendre les muscles et les détails du' corps.

Le sentiment avec lequel les sujets sont disposés et adaptés à la forme et à la dimension du vase témoigne du progrès de la céramographie. Avec quel art le peintre ne sait-il pas combiner et ranger ses figures, par exemple quand il s'agit de décorer l'extérieur d'une coupe! Les conditions d'espace ne sont jamais oubliées. La symétrie et le parallélisme se maintiennent dans les compositions, sans que l'artiste se croie obligé à un parallélisme servile. Certaines compositions, par leur régularité et leur symétrie, rappellent la disposition des statues destinées à la décoration des frontons.

Presque toutes les figures sont dessinées de profil ; les têtes de face se rencontrent rarement, et presque toujours elles ne sont pas réussies ; les raccourcis, les poses violentes, sont évités autant que possible.

On retrouve tous les traits que nous avons signalés dans les œuvres de la sculpture archaïque, surtout dans les statues d'Égine et dans les bas-reliefs du monument des Harpyies à Xanthus.

La majeure partie des vases à figures rouges de style archaïque provient des nécropoles de l'Étrurie. Cependant la Grande-Grèce, la Sicile et- les lies de la Grèce en ont fourni également des exemples remarquables.

Les vases de style archaïque ont un caractère sévère, mais la grandeur s'accorde très-bien avec la sévérité. Je citerai pour exemple la célèbre amphore du musée du Louvre, sur laquelle est représentée la mort de Crésus, et au revers Thésée et Pirithoûs qui enlèvent l'amazone Antiope^ Mais l'exemple le plus frappant de ce style grandiose, plein de noblesse et de dignité, où le caractère hiératique se manifeste à un degré très-élevé, est la magnifique et célèbre amphore de la Pinacothèque de Munich oii l'on voit l'enlèvement d'Orithyie et la famille de Cécrops; les figures ont trente-deux centimètres de hauteur*.

Je demande la permission de donner ici une courte description du tableau peint tout autour de cette amphore.

Borée, Bopaç, enlève Orithyie, opeiOua. Ses compagnes Hersé, Eperc, Aglauros, Ay^aupoç, Pandrosos, llav Jpocoç, s'enfuient épouvantées ; Érechthée, Epe^^ce;, Cécrops, Kexpo; et sa femme, qui semble porter le nom d*Aphyas, Af ua;, accourent aux cris des jeunes filles. Les vêtements, les

I. Mon, inéd, de l'/nsl. arch., t. I, pi. liv et lv. — Cf. mon Cat. Durand, n"42l.

t. Mon. inéd. publiés par la secl. fr. de l'hisL arch., pi. xxii et xxiii.

coiffures, les cheveux sont traités avec soin, mais d*une manière large et sévère. L'aspect de cette peinture a quelque chose de majestueux, d'knr posant, qui captive le regard.

M.Welcker^ lepremier, a reconnudans cette vaste et belle composition les traits qui caractérisent le style de Polygnote, le grand peintre de Tha- SOS. Or, d* après les documents les plus sûrs S Polygnote florissait vers la 74* ou 75* olympiade. Et voici comment mon illustre maître et ami, feu M. Lenormant, s'exprime au sujet des peintures que Polygnote avait exécutées dans Isi, Lesché de Delphes, en souscrivant sans hésiter au jugegement de M. Welcker. Après avoir expliqué l'expression de Lesché dèSi Cnidiens, le savant archéologue ajoute : « Il en résulte que la Lesché avait (( été construite à une époque antérieure et que l'oiïrande faite au dieu de . tt Delphes par les habitants de Gnide consistait précisément dans la décoran tion graphique du monument confié au talent de Polygnote. On a remar- <i que avec raison qu'une entreprise d'une aussi grande importance n'avait u pu être accomplie par une ville asiatique dans le sanctuaire religieux u le plus célèbre de la mère patrie qu'après que Cimon eut commencé « à aiïranchir les Grecs de l'Asie de la domination des Perses, et l'on a c( même conjecturé que l'offrande des Cnidiens à Apollon devait être a un monument de leur délivrance. Si ces remarques sont fondées, il (( faut placer nécessairement l'exécution des peintures de Polygnote à (( Delphes après Tannée A76, et dès lors, puisque le départ de Simo- (( nide pour la Sicile, où il mourut dix ans après, répond à l'année 477, (( on doit donner raison à ceux qui pensent que l'épigramme composée M par ce poète pour désigner la première des deux compositions de la (( Lesché, ainsi que le nom et la patrie de l'artiste qui l'avait exécutée, u devait avoir été envoyée pour servir de signature au peintre et n'était » pas le résultat obligatoire de la présence du poète dans le lieu où se « trouvait l'ouvrage qu'il avait célébré ^ »

Le style sévère et grandiose était donc en pleine vigueur vers le commencement du v* siècle avant notre ère, et les appréciations de Lenormant se trouvent confirmées par les réflexions de M. Prosper Dupré * sur les médailles de Naxos, ville de Sicile fondée en 736 et détruite par Denys le Tyran en 401 avant J.-G.

4 . JVouv, Ami. publiées par la section fr. de l'Inst, arch,, t. If, p. 389 et suiv.

2. Voir Letronne, Lettres d'un antiquaire à un artiste, p. 452 et suiv.

3. Ch. Lenormant, Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la Lesché de Delphes, p. Î3 et 2i, dans le tome XXXIV des Mémoires de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.

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