DE LA RÉGION MEXICAINE
La région dont je me propose d’étudier ici la faune carcinologique est constituée principalement par le Mexique proprement dit et l’Amérique centrale, c est-adire toute la partie du nouveau continent située entre l’isthme de Panama au sud et le Rio-Grande au nord; mais elle comprend aussi les autres terres baignées par la mer des Antilles qui est en continuité avec le golfe du Mexique. En effet, le grand bassin maritime limité à l’est par les petites Antilles et à l’ouest par la côte mexicaine est une division géographique naturelle, et constitue, sous le rapport de la faune marine, une même province ; les Crustacés qui y vivent sont partout à peu de chose près les mêmes , et il a été exploré sur divers points par les membres de notre Commission scientifique.
Jusque dans ces dernières années, la partie orientale de cette région était la seule que les carcinologist.es eussent étudiée avec quelque soin. A l’époque où Linné publia la deuxième édition de son Systema Naturœ l, on ne connaissait que douze espèces de Décapodes américains; en 1817, un zoologiste des États-Unis, Thomas Say, décrivit plusieurs autres animaux du même ordre, dont quelquesuns habitent les Antilles aussi bien que les côtes de l’Amérique septentrionale2, et bientôt après l’histoire de la faune carcinologique de ces îles fit des progrès considérables , grâce aux collections envoyées au Muséum d’histoire naturelle de
1 1767. — 2 An account of the Cruslacea of the United States, by Th. Say.
ZOOLOGIE DU MEXIQUE
Paris par Ricord et par Plée et étudiées par Latreille et par Leach '. Aussi, dans l’ouvrage général sur la classe des Crustacés dont M. Milne Edwards commença la publication en i 8 3 h , trouvons-nous la description de cinquante-deux espèces provenant des Antilles ou des parages adjacents1 2. En 1 8 5 8 et 1860, un naturaliste américain que la mort vient d’enlever à la science, William Stimpson, ajouta à cette liste plus de vingt espèces nouvelles3. Plus récemment, une monographie des Crustacés delà Guadeloupe, préparée par le docteur Desbonne, rédigée par M. Schramm et accompagnée de ligures photographiques, fut publiée à la Basse- Terre4. Enfin d’autres observations partielles sur cette faune furent consignées dans divers recueils scientifiques 5, ainsi que dans le grand et bel ouvrage de M. Dana sur les Crustacés recueillis par les naturalistes de l’expédition au pôle sud commandée par le capitaine Wilkes6. Mais, jusqu’en 1 8 3 6 , les Crustacés de la partie occidentale de cette région, c’est-à-clirc du Mexique et des contrées adjacentes, n’avaient que peu fixé l’attention des voyageurs. A cette époque, Wiegmann décrivit quelques animaux de celte classe recueillis au Mexique par Deppe7.
En 1 84 1 , dans un mémoire consacré principalement aux Crustacés du Chili et des îles Gallapagos, M. Th. Bell fit connaître divers Décapodes brachyures du golfe de Panama s.
En 1 8 5 3 , l’un des savants qui plus tard fut adjoint à la Commission scientifique du Mexique, M. Henri de Saussure, visita le Mexique, et, à son retour en Europe, publia deux mémoires importants sur les Crustacés de cette partie centrale du nouveau monde9, et, vers la même époque, des recherches non moins fructueuses furent faites par divers naturalistes américains sur la faune carcinologique
1 Les observations de ces deux entomologistes sur les Crustacés des Antilles furent consignées dans divers articles de l 'Encyclopédie méthodique (partie cntomologiquc, t. X) et du Dictionnaire des sciences naturelles; niais on les trouve réunies dans l’ouvrage de Desniarest, intitulé Considérations générales sur la classe des Crustacés, i825.
2 Histoire naturelle des Crustacés, t. I et II.
3 Notes on North American Crustacea, by W. Stimpson ( Annalsof the Lyceum of natural history of NewYork, t. VII.)
4 Crustacés de la Guadeloupe, d’après un manuscrit du docteur Desbonne , 1” partie, Brachyures, in-8°, Basse- Terre, 1867.
5 Notamment dans les Annales des sciences naturelles et
les Archives du Muséum d’histoire naturelle.
6 United States exploring expédition, vol. XIII , Crustacea, i85a.
7 Wiegmann , Beschreibung einiger neuen Crustaceen des Berliner Muséums aus Mexilco und Brasilien ( Archiv . fur Naturgeschichte, 1 836 , B. 1 , p. i45.)
8 Th. Bell, Some accotait of the Crustacea of the coast of South America ( Transactions of the Zoological Society,
1 84 1 , vol. II, p- 39).
9 H. de Saussure, Description de quelques Crustacés nouveaux de la côte occidentale du Mexique ( Bevue et magasin de zoologie, i853).
Mémoire sur divers Crustacés nouveaux des Antilles et du Mexique, in-4°, Genève, 1 858.
CRUSTACÉS PODOPHTHALM AIRES.
de la Californie et des parties voisines du littoral baigné par l’Océan Pacifique1. En 1867, Stimpson fit paraître sur ce sujet un travail fort étendu 2 ; mais malheureusement les descriptions qu’il y donne sont très-brèves et ne sont pas accompagnées de figures en nombre suffisant, circonstance qui en rend l’emploi souvent très-difficile. Les dragages exécutés méthodiquement par M. L. de Pourtalès sur les côtes de la Floride permirent au même naturaliste de publier, en 1870, un rapport également intéressant sur d’autres Crustacés de la région mexicaine3, mais, dans ce prodrome destiné à être suivi d’un mémoire plus étendu, l’absence de planches se fait également sentir, et est d’autant plus à regretter qu’ aujourd’hui cette lacune 11e peut être comblée, les collections carcinologiques ayant été détruites par le grand incendie de Chicago.
Dans la même année, M. Smith publia un mémoire très-étendu sur les Crustacés américains déposés dans le musée de Yale-College à New-Haven et dans les collections de l’Académie des sciences fondée par Peabody \ et, bien que la plupart des espèces décrites par cet auteur eussent été recueillies au Brésil, son travail n’en est pas moins fort utile pour l’histoire de la faune de la région mexicaine. Enfin je dois citer également ici une monographie publiée il y a dix ans par M. Ordway5, et ayant pour objet certains Crustacés pélagiens très-connus dans le golfe du Mexique et dans la mer des Antilles, ainsi que sur d’autres parties des côtes de l’Amérique, et réunis par la plupart des naturalistes sous le nom de Lupa diacantha, mais dont cet auteur a cru devoir former un genre particulier, comprenant de nombreuses espèces. On voit par ce qui précède que, sous le rapport iconographique, l’étude des Crustacés de la région mexicaine laisse beaucoup a
1 Précédemment, J. Randall avait contribué à i’avancement de nos connaissances relatives aux Crustacés de la côte ouest de l’Amérique septentrionale, mais la plupart des espèces observées par cet auteur n ont été trouvées qu’en dehors des limites de la région dont nous avons à nous occuper ici. (Voy. Catalogue of the Cruslacea brouglit by T. Nuttatt and J. Townsend from the wesl coast of North America and the Sandwich lslands, byJ. W. Randall, dans Journal of the Academy of natural sciences of Philadelphia, t. VIII, 1 83q , p. 106.)
2 The Cruslacea and Echinoderms of the Pacific Shores of Norllt America, by W. Stimpson ( Journal of the Boston Society of natural history , vol. VI).
3 Preliminary Beport on the Cruslacea dredged m the
GulfStream in the straits of Florida, by L. F. de Pourtalès, prepared by Dr W. Stimpson. ( Bulletin of the Muséum of comparative zoology at Harvard college, Cambridge, Mass., vol. II, n° 2, 1870.)
* S. Smith , Notice of the Cruslacea collected by Prof. Hart t on the coast of Brazil, en 1867 (Transactions of the Connecticut Academy of arts and sciences, vol. II, p. 1). — Notes on American Crustacea, n° 1, Ocypoda ( Transactions of the Connecticut Academy of arts and sciences , vol. II, p. 1 i.‘J.) — List of the Crustacea collected by Mc Niel in Central America (Report of the Peabody Academy of sciences, 1 8(><j. p. 87).
5 A Monography of the genus Callincctcs ( Boston Journal of nat. hist. 1 863 , vol. VII, p. 57.5).
ZOOLOGIE DU MEXIQUE
désirer, et j’ai pensé qu’il serait utile de taire ici non-seulement une révision de ces animaux, mais aussi de représenter le plus fidèlement que je le pourrai toutes les espèces qui n’ont pas été figurées ou qui ne l’ont été que d’une manière insuffisante. A. l’aide des dessins faits d’après le vivant par M. Bocourt pendant le séjour de la Commission dans l’Amérique centrale, je pourrai faire connaître les couleurs naturelles de plusieurs de ces espèces. Les types qui m’ont été généreusement communiqués par les naturalistes des États-Unis me permettront de compléter l’étude d’un certain nombre d’espèces imparfaitement décrites. Quant à celles sur lesquelles je n’ai rien à ajouter, je me bornerai à en faire mention, soit parce que les descriptions dont elles ont été déjà l’objet me paraissent satisfaisantes, soit parce que je n’ai pas eu l’occasion de les étudier sur la nature; mais je m’étendrai davantage sur celles dont l’histoire me semble pouvoir être éclairée par mes observations. Je rappellerai aussi que les circonstances dont j’ai fait mention m’obligent à ne donner ici que des fragments du travail pour lequel j’avais réuni des matériaux.
La classification dont je ferai usage est celle que j’ai employée dans mes précédentes publications carcinologiques, et que j’ai exposée sommairement dans la première partie de mes recherches sur les Podophthalmaires fossiles1. Je crois inutile d’en reproduire le tableau, et je renverrai à cette publication pour l’indication des caractères distinctifs des divisions méthodiques dans lesquelles seront réparties les espèces dont j’aurai à parler.
1 Voyez les Annales des sciences naturelles, A 'série . Zool. t. XIV , p. 1 63 et suivantes. 1860.
CRUSTACÉS PODOPHTHALMAIRES.