‹ Études sur les xiphosures et les crustacés podophthalmairesChapitre 3 sur 323 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Les Limules offrent des parlicularite's des plus remarquables : leur mode d’organisation est si spécial, quelles ne peuvent prendre légitimement place dans aucune des classes établies jusqu ici dans le règne animal; elles représentent aujourd’hui encore, de la manière la plus fidèle, un type zoologique qui existait déjà dans les mers anciennes de la période jurassique, et qui ne diffère que peu de celui réalisé par divers animaux articulés des époques paléozoïques; enfin leur distribution ,<>éographique actuelle est si singulière, qu’elle soulève des questions d’un intérêt majeur pour 1 histoire naturelle générale.

Les zoologistes ont été très-parlagés d’opinion au sujet des affinités naturelles des Limules. Les anciens auteurs 1 les confondaient avec les Crabes, et Linné les plaçait dans le genre Monoculus, h coté des Daphnies, des Cypris, des Cyciopes et de quelques autres Crustacés inferieurs2; mais, a mesure qu’on a mieux, connu les caractères exteneuis de ces animaux, on les a isoles de plus en plus. Ainsi, vers la fin du siècle dernier, 0. F . Müller en forma un genre particulier, qu’il laissa cependant dans la famille des Entomostracés 3 * ; plus récemment, Latreille éleva cette division générique au rang d ordre sous le nom de Xiphosures11, emprunté à Gronovius 5, et, en i834 M. Mil ne Edwards en constitua une sous-classe distincte du groupe où prennent place

1 Clusius, Ruinphius, Seba, etc.

2 Systema naturw, ed. xii, t. I, p. 1007.

Oth. I‘ réel . Müller, Entomostraca , p. 124. Le genre

Limuhts de cet auteur comprenait aussi les Apus, etc.

Latreille, Familles naturelles du règne animal, p. 3o4

Zoophylacii Gronoviani fasciculiis secundus, 1764, p. 220.

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tous les Crustacés ordinaires l. Vers la meme époque Straus Dürckeim, habile naturaliste alsacien, proposa de les séparer complètement des Crustacés pour les ranger dans la classe des Arachnides2. Enfin les observations dont je vais rendre compte contribueront à établir que, pour représenter d’une manière fidèle l’ensemble des affinités naturelles de ces Entomozoaires et ne pas détruire l’homogénéité des groupes appelés classe des Crustacés et classe des Arachnides, il convient de les placer dans une classe particulière, à laquelle j’appliquerai le nom de Merostomata, déjà employé dans des acceptions plus restreintes par M. Dana 3 * et par M. Woodward k.

A des époques géologiques très-anciennes, le type des Mérostomes, dont dérivent les Xiphosures, était représenté par un grand nombre d’animaux parmi lesquels je citerai ici les Pterygotus et les Trilobites; mais, de nos jours, le groupe ainsi constitué ne comprend qu’un seul genre, celui des Limules , composé d’un petit nombre d’espèces.

Une de celles-ci, la Limule polyphénie, est confinée dans la partie nord de l’Océan Atlantique; elle se trouve sur quelques points du littoral mexicain5, dans la mer des Antilles et sur les côtes des Etats-Unis, dans la Floride et la Caroline. Mais on ne la rencontre pas ailleurs, et dans les régions adjacentes les Limules manquent complètement. Elles reparaissent fort loin de ces parages, aux îles Moluques, ainsi que dans les mers de la Chine et du Japon, où elles présentent quelques particularités à raison desquelles on les distingue spécifiquement des Limules mexicaines; mais elles ne diffèrent en réalité que très-peu les unes des autres, et il me semblerait difficile d’admettre qu’elles ne soient pas descendues d’une souche rimordiale unique. En effet, la nature ne parait pas se répéter dans ses créations, et il est peu probable que les types organiques dont dérivent les Limules de la période jurassique, les Limules actuelles de 1 Océan Atlantique et celles de l’Océan Pacifique, n’aient entre eux aucun lien de parenté et soient le résultat de trois créations zoologiques distinctes. Mais, dans l’état actuel des choses, l’isthme de Panama et les autres parties du continent américain, d’une part, les mers glaciales, d’autre part, rendent, pour les Limules, toute communication impossible entre la région atlantique et la région asiatique; par conséquent, on ne s’explique pas comment les descendants des Limules polyphénies auraient pu émigrer jusque dans les mers du Japon et des Moluques, pour y de-

1 il. Milne Edwards, Histoire naturelle des Crustacés, t. I, p. a36 , et t. III, p. 538.

2 Slraus Dürckheim, Traité pratique et théorique d’ 'anatomie comparée , t. I, p. 38.

3 M. Dana s'est borné à substituer ce nom à celui de

Xiphosures, et M. Woodward l’a appliqué à un ordre de la classe des Crustacés comprenant les Xiphosures et les

Fossiles des terrains paléozoïques appelés Eurypleridœ.

(Voy. Dana, United States exploring expédition, Crüstâcea ,

t. II, p. 1 4 1 8.

4 Woodward, Monogr. of the Britisli fossil Crustacea belonging lo the order Merostomata. {Paleontogr. Soc. 1866.)

5 La Commission scientifique du Mexique a reçu, par les soins de M. l’amiral Cloué, plusieurs individus de celte espèce, recueillis dans les lagunes de Terminos , sur la côte du Yucatan.

XIPHOSURES.

venir les Limulus longispina ou Limulus Molucensis, ou comment les descendants de l’une ou l’autre de ces dernières espèces auraient pu aller dans le golfe du Mexique ou sur la côte orientale des États-Unis constituer la race locale ou l’espèce dérivée que l’on désigné sous le nom de Limulus polyphemus. On est donc conduit à penser que la séparation entre ces races locales, variétés permanentes ou espèces secondaires (peu importe ici la manière de les désigner), doit dater d’une époque à laquelle les terres du nouveau monde n’avaient pas leur configuration actuelle, et les eaux chaudes ou tempérées de l’Atlantique se mêlaient aux eaux de l’Océan Pacifique sans passer par les régions polaires. Une communication de ce genre n’a pas existé depuis l’émersion des terrains tertiaires qui occupent le fond du golfe de Darien, et qui s’étendent de la vers le sud-est jusque sur le littoral de la Nouvelle-Grenade baigné par l’Océan Pacifique. Il en résulte que les ancêtres communs des Lunules américaines et des Limules asiatiques auraient apparu avant la période tertiaire dont je viens de parler, et, si nous trouvons une grande lacune entre ces animaux et les Limules de l’époque jurassique, dont les restes sont conservés dans les dépôts calcaires de Solenhofen, cest peut-être parce que les terrains marins de la période crétacée, accessibles aujourd’hui à nos investigations, ont été formés au sein de mers profondes, tandis que les animaux dont l’étude nous occupe ici ne vivent que dans le voisinage des côtes. Il me semble donc probable que toutes les Limules de l’époque actuelle descendent des Limules de la période jurassique, et constituent des espèces dérivées ou espèces secondaires, au lieu d’être des espèces primordiales, ce qui supposerait des créations multiples d’un seul et même type zoologique.

Quoi qu'il en soit à cet égard, la Limule polyphême, qui habite exclusivement la région américaine, se distingue des espèces asiatiques par divers caractères bien connus des naturalistes fi je crois donc inutile de rappeler ici ces particularités; je m’abstiendrai également de l’examen de la conformation extérieure des animaux de ce genre, car à ce sujet je n aurais aucun fait nouveau à signaler: mais, au contraire, leur anatomie est a peine connue, et je crois devoir exposer avec détails les résultats de mes etudes sur la structure intérieure de la Limule américaine ou Limulus polyphemus.

Voy. l'Histoire naturelle des Crustacés , par II. Milne Edwards, t. 111, p. 5 A y , et la Monographie des Limules, par Van der Hoeven.

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