PIECES JUSTIFICATIVES III
quet, archevesque et primat de Narbonne, président. Au verso e.<t écrit de la main de Madeleine Béjart : J'ay receu de monsieur Le Secq la somme de sis cent vinct sincq livres pour l'interest de l'année mil sis cent soixante suivant le mandement cy-deriere escrit,de quoy je le quitte. Faict à Paris, ce tresiesme octobre 1661. Béjart1. [Sic, avec l'accent.)
( Voy. ci-dessus, p. 63.)
Conti avait quelque sujet de s'élever contre les spectacles en Languedoc, Molière les y ayant ennoblis et mis en faveur. Cette campagne était encore une entreprise janséniste. On n'ignore pas, en effet, que les jésuites avaient accepté la comédie, ou, si l'on aime mieux, le drame dans le sens le plus large
le 1 3 octobre 1661. Celui de même somme pour intérêts d'avance de l'année 1661 fut ord mnancé le 12 mars même année; le payement n eut lieu que le i3 octobre. 1 II y a plusieurs traits de ressemblance entre l'écriture de Molière et celle de Madeleine. Tous deux tenaient leur plume presque horizontalement, de telle sorte que souvent l'une des ailes de celle-ci doublait des lettres au-dessous des traits principaux tracés par le bec. Comparez entre autres le reçu de Madeleine du 3o décembre 1661 à celui de Molière du 24 février i656 (exemple le mot jour dans le fac-similé de la Découverte d'un autographe , etc., 1873, brochure déjà citée).
ii2 Pièces justificatives
de ce mot, comme un moyen d'enseignement. Leurs élèves distingués chaussaient le cothurne et le brodequin en maintes occasions, et leurs principaux collèges avaient même le privilège de représenter des ballets où les notabilités des villes en grand concours étaient admises. De tout temps, d'ailleurs, le clergé, depuis le nonce jusqu'au simple vicaire, avait considéré le théâtre comme une distraction permise ou tout au moins tolérée ; il y avait même pris une part active du temps des mystères. Nous avons lu l'éloge enthousiaste du théâtre de Molière par le jésuite Maury (1664). Les ecclésiastiques, pendant vingt-cinq ans encore, fréquentèrent la comédie interdite depuis 1667 aux officiers de Gonti. Il fallut des ordonnances sévères et la menace de l'excommunication pour faire renoncer les prêtres à des habitudes aussi anciennes que l'art dramatique et que l'Eglise.
I. Ordonnance qui défend la comédie aux ecclésiastiques. — Charles de Pradel, par la grâce de Dieu et du St-Siége apostolique, évesque de Montpellier, etc., sur ce qui nous a esté représenté par nôtre promoteur qu'il y a des ecclésiastiques de notre dioceze qui, au mépris de leur estât, lequel doit les éloigner de tout ce qui en peut blesser la sainteté, et contre la pureté des mœurs dans laquelle ils sont obligés de vivre, vont à la comédie, au grand scandale des laïques et surtout de nos frères écrans, et sans considérer qu'ilz sont le
Pièces justificatives
ii3
sel de la terre et la lumière du monde, autorisent par leur présence des spectacles pernicieux qui par des charmes flatteurs et empoisonnés portent la contagion dans les âmes par les yeux et par les oreilles et ouvrent par un mauvais exemple un chemin dangereux aux fidèles, au- lieu de les édifier par la bonne odeur d'une vie ecclésiastique; à ces causes nous avons deffandu et deflandons, à peine d'excommunication, à tous les ecclésiastiques de notre dioceze, de quelle qualité et condition qu'ilz soient, d'aller à la comédie. Et, afin que personne ne puisse prétendre cause d'ignorance, enjoignons qu'à la diligence de nôtre promoteur, notre présente ordonnance sera affichée aux portes des églises paroissiales de cette ville. Donné à Montpellier dans nôtre palais épiscopal le 3 d'octobre 1684.
II. Ordonnance pour défendre la comédie et l'opéra aux ecclésiastiques. - Charles, etc. Sur ce qui nous a esté représenté par nôtre promoteur, que dans la dernière ordonnance par nous faite pourdeffendre aux ecclésiastiques de notre diocèse et aux étrangers d'aller à la comédie, nous n'avons pas fait mention de l'opéra et que pour éviter les prétextes dont ils pourroierit se servir dans cette occasion, il nous plaise de leur faire une nouvelle deffense d'assister à ce dernier spectacle, qui ne doit pas estre moins deftendu que le premier puisqu'il n'est pas moins dangereux; à ces causes nous avons deffendu et deffendons, à peine d'excommunication ipso facto, à nous réservée, à tous les ecclésiastiques de notre diocèse et aux étrangers qui y passeront, ou y feront quelque séjour, d'aller à la comédie et à l'opéra; et affin que personne n'en prétende cause d'ignorance, enjoignons qu'à la diligence de nôtre promotteur nôtre ordonnance sera lue et publiée au prône des églises paroissiales de cette ville et affichée aux portes d'icelle. Donné à Montpellier dans notre
ii4
Pièces justificatives
palais épiscopal le 16 juin 168g. {Recueil ms. des ordonnances de Mgr. de Pra !el.)
Dernière remarque et conclusion de ces ordonnances : des années où le rigorisme janséniste commença d'imposer ses usages aux ecclésiastiques datent les commencements de la transformation du Tartuffe. Les politiques de dévotion avaient réussi. L'ombre allait grandir et s'épaissir sur les modèles de Vlmposteur, les allusions du tableau et ses premiers peintres.