‹ Études sur Molière: le Tartuffe par ordre de Louis XIV; le véritable prototype de l'imposteur. Recherches nouvelles, pièces inédites publièesChapitre 13 sur 18 · I- — Sur les Pièces justificatives · texte numérisé non relu

I- — Sur les Pièces justificatives

j)u principal document que nous pu- „ blions il ressort , avec évidence, que la troupe de Molière vivait en Languedoc sur un très-grand pied.

On doit renoncer à s'apitoyer, comme l'ont fait beaucoup d'écrivains et de biographes, sur le sort « malheureux » de ces « pauvres comédiens de campagne » , gagnant péniblement leur subside quotidien. Déjà Léon Galibert, l'auteur regretté des Pérégrinations de Molière (i858), avait découvert dans Mlle Béjart la créancière, pour une forte somme, des étapiers c'u Languedoc. Nous avons vu Molière encaisser 6,000 livres dans les bureaux du trésorier Le Secq, en février i656 (Autographe publié en 1873), et voici que notre nouveau document montre Madeleine Béjart dans un groupe de privilégiés d'élite, prêtant

n6 Notes

les miettes de son superflu à la plus riche des provinces de France. C'était une singulière faveur, dans ce temps-là, que d'être admis à participer aux opérations financières de ce genre ; la rente n'était pas démocratisée, et ne prenait pas qui voulait « de l'emprunt. » Ainsi, ce sera un fait acquis désormais à l'histoire du théâtre : lorsque Molière vint s'établir à Paris, pour toujours, il était de beaucoup au-dessus du besoin; ses campagnes de Languedoc lui avaient permis d'économiser de beaux écus trébuchants. Les documents mis en lumière font toucher du doigt des valeurs représentant plus de cent mille livres de nos jours.

Cette note serait incomplète si nous ne donnions la liste des rentiers qui se trouvèrent associés à Madeleine Bejart pour prêter au Languedoc les capitaux que cette province demandait. On verra que la comédienne marchait de pair avec la meilleure compagnie, ensemble que sa quotité n'était pas la plus modeste de toutes.

Le trésorier Le Secq, en son nom personnel 19,357 liv.

Pierre Sabatier, de Montpellier 16.000

Marie, notaire à Montpellier 16,000

Sonlas, conseiller au sénéchal de Montpellier 3o 000

Notes

Demoiselle Marie Fsmery 6,000 liv.

Henriette de Laval, née de Senecterre. . 16,000

Jacques I smery, conseiller à la Cour des

Aides de Paris ,, 36,000

Léonard Fleureau, conseiller et secrétaire du Roi 24,000

Nicolas Lambert, conseiller et secrétaire du Roi 48,000

Jean de Bonnal, seigneur de la Baume Navacelle 6,000

De Sapte del Puget, conseiller au Parlement de Toulouse 27,000

Jean de Gailhard, châtelain de Frontignan 6,000

De Gabriac i5,o5o,

François de Bousquet, baron de Montlaur 49,932

De Ricard, conseiller à la Cour des Aides de Montpellier 3, 000

Anne de Solas, née de Massilian. .... 3i,oco

De Belleval, conseiller à la Cour des Aides de Montpellier 28,235

Jean de Veirac, baron de Pavilhan et Saint -Pol, père de la comtesse de Crussol d'Uzès i3o,ooo

De Papus, conseiller au Parlement de Toulouse 20,000

Bonefons 11,000

Dame de Sérignan de Cavoye 48,000

De Grenouille 3, 600

Louis de Soliniac, professeur à l'Université de Médecine de Montpellier 10,000

Louis de Saint- Bonnet, marquis de

Tlioyras 34,000

1 18 Notes

Jean de Fleires, évêque de Saint Pons. . 113,176 liv. Le comte de Rouie, lieutenant de Roi en Languedoc 20,177

IL — René d'Audessan (témoin cité), p. 106.

Il s'agit ici d'un magistrat de Montpellier que ses goûts et ses antécédents appelaient d'une manière toute naturelle à servir de témoin à l'aimable comédienne. On voit même qu'il lui faisait les honneurs de son « lotgis ». René Haudessens , baron de Beaulieu , sieur de Guillory, fils de Laurent Haudessens, notaire au Châtelet de Paris, était beau-frère du célèbre Laffemas, homme de théâtre aussi, à ses heures. Tallemant des Réaux a consacré une notice aux exploits de jeunesse de Haudessens (édition de i856, t. V, p. 77), ce qui nous dispense d'entrer dans plus de détails sur cet homme du monde et ce bon vivant, si bien fait pour être l'ami des gens de théâtre.

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