TYPOGRAPHIE ELZEVIRIENNE
o^a disposition matérielle et Pimpres- |M§£ sion de ce petit volume sont imitées
des plus belles éditions des Elsevier de Leyde et d'Amsterdam. Déjà, avant nous, plusieurs essais de rénovation dans ce genre avaient été tentés. On vit de jolies éditions faites par les soins de Motteley, chez Didot, et l'on remarqua particulièrement de petits volumes imprimés chez Panckoucke par J. Chenu.
Les Chroniques de Gargantua , publiées en dernier lieu parce bibliophile pour faire suite au Rabelais des Elsevier, présentaient une jus-
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tification typographique identique à celle des imprimeurs hollandais : même nombre de lignes à la page, même compte de lettres dans la ligne; mais les caractères employés étant d'une forme toute moderne, on ne retrouvait pas là la véritable physionomie des éditions si élégantes et si nettes prises pour modèles. Le caractère trop compacte était comme étouffé dans des lignes sans jour suffisant, et, outre l'inconvénient d'une lecture difficile, les pages trop pleines présentaient un aspect lourd et disgracieux.
Nous avons pensé que ces essais d'imitation de la typographie des Elsevier pouvaient être repris sur de nouvelles bases. Rejetant absolument les lettres de forme moderne, nous avons d'abord choisi parmi les caractères de forme archaïque ceux qui nous ont paru pouvoir se prêter le mieux à ce genre de reproduction. Il convient de faire remarquer que les caractères des Elsevier ne furent pas les mêmes pour toutes leurs éditions. Ainsi les caractères qui servirent pour l'impression du fameux Pastissier François sont beaucoup plus forts que ceux du joli Régnier de i652, lesquels sont aussi plus petits que les caractères avec lesquels on imprima le éMolière de 1673. C'est ce dernier ouvrage que nous avons
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choisi comme type. Nous en avons suivi aussi fidèlement que possible la justification typographique; nos pages sont exactement de la même hauteur. Mais, tout en conservant ces dispositions matérielles, nous nous sommes appliqué à éviter le grave inconvénient, — souvent reproché aux éditions des Elsevier, — de trop fatiguer les yeux des lecteurs. Pour ces motifs, nous avons dû employer un caractère elzévirien légèrement plus rond à l'œil, beaucoup plus lisible que l'ancien, dont il conservait cependant la physionomie. Comme corollaire indispensable de cette amélioration, nous avons espacé davantage les lignes, jetant ainsi de la lumière dans une proportion calculée pour rendre la lecture facile et en même temps pour donner à la page un coup d'œil élégant et harmonieux.
Quant au format, les papiers usités en France ne répondaient pas au véritable format petit in-12 hollandais du xvnc siècle. C'est dans les papiers anglais seulement que nous avons pu trouver solution de la difficulté. Nous avons employé le format connu en Angleterre aujourd'hui sous le nom de foolscap, qui est un peu moins large que le format français dit tcliicre. La feuille, pliée en in-12, nous a donné des volumes de 147 à 1 4S millimètres
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de hauteur sur 87 millimètres de largeur. Quand on songe que la hauteur moyenne des beaux Elzévirs reliés est de 1 32 à 1 35 millimètres, on comprendra que nous n'avons dû guère nous écarter des dimensions du véritable format elzévirien de la bonne époque.
Dès la fin du -xvie siècle, quelques imprimeurs eurent l'heureuse idée d'orner leurs livres d'un titre gravé ou d'un frontispice représentant en allégorie le principal sujet, donnant en quelque sorte l'analyse iconographique de l'ouvrage. Les Elsevier, ensuite, se distinguèrent dans ce genre d'illustration; leurs éditions sont, pour la plupart, ornées de ces charmants titres gravés qui font l'admiration des connaisseurs.
Ces petites gravures donnaient aux volumes sortant de leur officine un cachet spécial de coquetterie artistique. Nous avons compris que notre essai de reproduction serait incomplet si nous ne faisions graver des frontispices à l'imitation de nos modèles.
Un artiste de talent, M. H. Riballier, a bien voulu nous prêter son concours. Nous lui devons notre frontispice gravé qui est une copie de la vigoureuse eau-forte attribuée à Romeyn de Hooghe, un des maîtres de l'Ecole
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Hollandaise, gravure que l'on remarque en tête du Molière des Elsevier (i).
L'ornementation intérieure de notre petit volume a été également l'objet de tous nos soins; nous avons reproduit exactement les mêmes lettres ornées, les mêmes en-têtes et les mêmes fleurons que ceux des éditions réellement elzéviriennes ; on retrouve donc
(i) Les titres courants de notre volume portant : Le Tartuffe par Louis XIV, au lieu de : le Tartuffe par ordre de Louis XIV, on pourrait croire à une faute typographique et attribuer à un défaut d'attention cette divergence de rédaction. Nous croyons devoir donner les raisons qui nous avaient dicté le premier titre. Il y a trois opinions relatives à l'attitude de Louis XIV devant le Tartuffe. Les uns le regardent comme hostile, les autres comme indifférent, les derniers comme sympathique. Nous allons plus loin, nous disons dans ce volume que nonseulement le Roi s'est montré pour la pièce un protecteur zélé, mais qu'il a pris part à la composition en désignant à Molière et le genre d'hypocrites qu'il voulait voir ridiculiser et le dénoûment qu'il exigeait. Louis XIV a donc fait le Tartuffe comme il a fait Versailles et le Grand-Trianon. — Pendant l'impression des dernières feuilles on nous a fait observer que le mot par, tout court, pourrait paraître excessif à quelques-uns. Nous avons donc modifié le titre primitif et intitulé définitivement cette étude : 1 artupfe par ordre de Louis XIV.
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dans ce volume la Tête de buffle, la Sirène, la Tête de Méduse, le Bûcher enflammé (Elsevier, marque parlante), et les autres ornements caractéristiques et particuliers aux Elsevier.
Les amis des beaux livres nous diront si nous avons à peu près réussi à faire revivre la véritable typographie des Elsevier, dégagée de ses imperfections et mise au niveau des progrès de l'art actuel. Si ce petit volume est favorablement accueilli, nous nous trouverons suffisamment dédommagé de notre labeur par l'encouragement que nous en aurons reçu, et nous pourrons offrir par la suite aux connaisseurs une nouvelle collection de livres d'un format élégant et commode, qui, par la netteté de l'exécution et la pureté de la correction, pourra rivaliser avec les éditions les plus justement estimées et recherchées.
À. CLÀÛblN.
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De la nouvelle Typographie Elzévirienne
Par les soins et aux frais de