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(Voy. le texte, p. 21.)
iverses personnes pensent, il est vrai, que Conti n'a rien fait pour Molière, parce que ses quittances ne mentionnent pas expressément le prince. Cette opinion n'est pas la vraie et n'est pas soutenable. Le regretté Galibert l'avait adoptée lorsqu'il découvrit l'assignation de i656 sur le fonds des Étapes. Le Rapport sur la découverte d'un autographe de Molière, par M. de la fMjardière (Montpellier, 1873, in-8, p. i3), a fait justice de cette erreur. Conti n'aurait pas soutenu de son crédit Molière? Est-ce que Cosnac, dans ses
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Mémoires, ne dit pas expressément qu'à peine arrivé en Languedoc, deux troupes briguèrent l'influence du prince -T celle de Cormier et celle de Molière ; celle-ci, soutenue par le futur archevêque d'Aix, celle-là par Mmc de Calvimont, maîtresse du châtelain de la Grange ? Conti hésita, ne voulant pas déplaire à sa maîtresse, mais il se rendit lorsque Sarrasin et Cosnac eurent brisé les obstacles intéressés de la favorite. Dans ce passage, qui se rapporte à des événements de l'hiver de i653- 1654, Cosnac dit expressément que Molière fut récompensé par Conti : <r Sarrasin fit avouer à M. le prince qu'il falloit retenir la troupe de Molière à l'exclusion de celle de Cormier... Il gagna Mme de Calvimont, et non-seulement il fit congédier la troupe de Cormier, mais il fit donner pension à celle de Molière l. »
Sans doute, avant que Conti ne parût dans la province, les États avaient déjà apprécié et récompensé le mérite de Molière ; mais il est prouvé qu'à la fin de i656, comme Conti luimême en voie de conversion, ils se montrè-
1 Mémoires de Daniel de Cosnac, publiés par la Société de l'Histoire de France. Paris, J. Renouard, i85a, in-8.
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rent durs aux comédiens. Les grands, les vrais succès de Molière sûr de lui, devenu Molière, dacent de l'année 1654, au moment où Conti donna « pension à la troupe. » Les États votaient chaque année à Conti tous les subsides qu'il demandait. Si donc en i656 il fit régler Molière sur les fonds réservés pour les Étapes ou d'autres dépenses secrètes, il ne fit que s'éviter la peine de prendre d'une main ce que de l'autre il eût versé, avec plus d'éclat seulement, voilà tout. Il serait oiseux d'insister; tous ceux qui connaissent l'histoire des États de Languedoc n'ignorent pas que leur indépendance n'existait guère que de nom. Si, dans de rares circonstances, ils refusèrent à la royauté l'octroi d'impôts trop considérables, ils plièrent toujours devant les envoyés du Louvre ou de Versailles; ceux-ci, notamment les Princes du sang, ne se virent jamais refuser le montant des sommes, quelque élevées qu'elles fussent, destinées à les récompenser personnellement1. On en jugera par les extraits suivants des procès-verbaux
' Remarque à faire : les États se montraient même d'autant plus généreux pour les commissaires royaux qu'ils l'étaient moins pour la couronne, et ainsi coupaient court aux récriminations.
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des États de Languedoc, qui n'ont pas encore été publiés.
Séance du 20 novembre 164g.
« Les Etats, en reconnoissance des grâces et faveurs que la province reçoit de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, et de l'honneur qu'ils ont de l'avoir pour gouverneur, lui ont unanimement accordé la somme de 80,000 liv. pour être payée aux termes des contributions ; et pour témoigner à S. A. R. l'obligation extraordinaire que la province lui a de la protection qu'elle lui a donnée envers S. M. pour obtenir la révocation de l'edit de Béziers et la permission de faire l'imposition pour deux années, les Etats lui ont encore donné autres 80,000 liv. »
Il résulte cependant de l'ensemble des procès-verbaux et des mémoires d'Olivier d'Ormesson que le duc d'Orléans, qui en sa qualité de gouverneur du Languedoc, n'allait jamais dans cette province, à cause du triste souvenir de Montmorency, de Cinq-Mars et de de Thou, s'était opposé aux justes demandes des États, et n'avait cédé qu'à l'offre d'une somme considérable ; et si le duc d'Orléans, peu généreux envers ses amis et ses serviteurs, réclamait pour lui la part du lion, néanmoins il n'oubliait pas son secrétaire, l'abbé de Larivière qui, cette année-là, avait fort malmené les députés en cour.
« Il a été accordé à M. l'abbé de Larivière la somme
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de b,6oo liv. , en considérât" on de fav. ur> et assistances que la province reçoit de lui auprès de S. A. R.; et pour les soins et peines qu il a prises de la remettre dans son ancienne liberté par le moyen de l'obtention de la révocation de l'édit de Béziers, autres 6,000 liv., et les députés en cour ont été chargés de la part de cette assemblée l'en prier et lui en demander la continuation.»
Cette rédaction est peut-être ironique, mais les États étaient dans la joie. Cette année-là les gratifications extraordinaires dépassèrent 100,000 liv., somme considérable pour une province déjà accablée.
{Voye\ ci-dessus, p. 62.)
On nous accusera peut-être d'avoir été chercher bien loin les prototypes du Tartuffe et de Don Juan. On nous objectera qu'en 1664 il y avait belles années que Molière avait oublié le théâtre de ses premiers succès. C'est à cette dernière objection que nous voulons répondre : chose d'autant plus nécessaire que ni Soulié {Recherches), ni autre depuis lui, n'a cité de documents concernant les relations probables de Molière avec le Midi, après son retour à Paris.
La présence de Molière est soupçonnée à
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Narbonne dès 1642; elle y est prouvée en i65o '.
Ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'à partir de ce moment, jusqu'en pleine fièvre du Tartuffe, les intérêts du maître-comédien restèrent liés à ceux de la province administrée par Conti. Depuis l'âge de vingt-huit ans jusqu'à celui de quarante-six, le Languedoc est pour quelque chose dans les préoccupations de Molière. C'est seulement le 21 janvier 1668, cinq ans avant sa fin, que celui-ci cessa d'avoir rien de commun avec le Midi, rien si ce ne sont les souvenirs de ses voyages 2 auxquels il emprunta tant de types et de créations.
Les ridicules sont plus faciles à saisir en province qu'à Paris, ils font d'autant plus d'impression sur un esprit jeune et « contemplateur. » Ainsi il est de toute impossibilité que Molière, fixé si longtemps au milieu des
1 Raymond (L. Galibert), Pérégrinations de Molière en Languedoc, i858, in-12. Passim.
2 N'est-ce pas en Languedoc que Molière avait dû rencontrer le jésuite Jean Maury, qui, seul de tous les contemporains, a devancé la postérité par son jugement, dans le morceau que nous avons rappelé ? Jean Maury, né à Toulouse en 1625, était, à trois années près, de l'âge de Molière. 11 mourut à Villefranche de Rouergue.
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étudiants en médecine et des docteurs de Montpellier, n'y ait pas pris en répulsion un art qui était devenu, au xvn° siècle, dans ce lieu d'études, le plus blâmable des jeux1. Là, les études et la pratique prêtaient à rire, sous quelque côté qu'on les considérât.
Quant aux questions qui nous occupent et qui touchent à la lubie janséniste, elles étaient traitées parfois de telle sorte, qu'elles durent laisser dans l'esprit de Molière la plus vive impression. Nous avons déjà cité un article relatif à la conversation des femmes. Voici d'autres décisions du même genre prises au hasard. On verra quelle était la tournure d'esprit des censeurs qui dirigeaient les âmes sous la domination de Conti. Molière put avoir connaissance de ces hauts efforts d'es-
1 Louis XIV, vers la fin de son règne, en ordonnant la réforme des Facultés de Médecine, était encore sous l'impression des conceptions satiriques de Molière. Les considérants de l'édit de 1707 semblent inspirés de ce mot profond de Don Juan :
« La médecine... c'est une des grandes erreurs qui soient parmi les hommes. »
Nous avons sous les yeux le mémoire d'un apothicaire de Montpellier, daté de mai 1681 à décembre 1687, et relatant des fournitures faites à un seul client pendant cet intervalle. Ce document, de 42 pages in-8, contient 980 articles dont près de 3oo « clistères réitérés. »
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prit. Ce sont façons de penser qui déjà se faisaient jour autour de lui. Gomment un poëte satirique ne se serait-il pas développé rapidement aux leçons de pareils moralistes ?
— « Fut résolu que ce cas, savoir s'il étoit permis à un homme qui porte un enfant au baptême de le jeter dans une rivière pour le baptiser, voyant par accident qu'il ne peut pas aller au bout du pont sans que l'enfant meure, est fort métaphysique, et fort difficile qu'il arrive, et quand il arriveroit, il ne seroit pas permis de le jeter dans l'eau. »
— « A été résolu que c'étoit un fort bon conseil à donner aux mariés, autant que la fragilité humaine le peut permettre, de s'abstenir de l'usage du mariage les veilles et jours de la communion, même les jours des jeûnes, et ce sera une fort bonne œuvre à eux de le pouvoir pratiquer d'un commun consentement; mais s'ils ne peuvent pas s'en abstenir il n'y a pas de péché. »
— « A été proposé savoir si un homme avec une fille se voulans marier ensemble, tous deux requérans respectivement leur curé de les vouloir épouser, le curé répondant qu'il le fera fort volontiers, les ordres de l'Eglise étant observés, les requérans étant impatiens pour ces formalités se connoissent carnaliter ; a été répondu que ceux qui se connoissent carnaliter, s'ils n'ont fait que requérir le curé de les épouser, sans dire clairement qu'ils se marient et se prennent à époux l'un l'autre, pèchent tant contre le commandement de l'Eglise que contre le commandement du décalogue. j>
— « A été proposé savoir que doit-on faire d'un tailleur qui toutes et quantes fois qu'il a fait des habits
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a dérobé quelque peu de soie, ou de drap, ou d'autre chose; a été répondu que le tailleur qui a dérobé, s'il sait à qui il doit, lui doit faire meilleur marché à proportion de ce qu'il a dérobé. »
— « A été proposé savoir si du temps des guerres une personne qui auroit trouvé au milieu d'une forêt un troupeau de moutons l'auroit pris et n'auroit du depuis su à qui il pourroit appartenir, est obligé et à qui de faire restitution. A été répondu que si la personne qui a trouvé le troupeau de moutons est pauvre, elle peut s'appliquer la restitution qu'elle devroit faire si elle étoit riche et en état de le pouvoir faire. »
— « A été proposé savoir si un homme qui consent que sa femme ait connoissance avec un autre, si ce péché est seulement fornication ou adultère. A été répondu que la femme qui connoit un homme, son mari le voulant, commet un adultère, car quoique la femme en ce cas ne fasse point d'injure à son mari, elle la fait toujours au sacrement du mariage. < »
Le ier avril i655, à Montpellier, pendant la session des États (elle fut close le 12 mai), la plus brillante de celles à laquelle Molière ait assisté, Madeleine Béjart fit à la province de Languedoc le prêt fort important d'une somme de dix mille livres. — Sans insister sur l'origine de cette somme, nous y voyons en partie le produit de l'organisation et des représentations du Ballet des Incompatibles
1 Manuscrit cité plus haut.
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imaginé par Molière, et où figurèrent quelques artistes de sa troupe pendant l'hiver qui venait de s'écouler. L'impression du livret est de cette époque, et probablement le prince de Conti, qui s'apprêtait à partir pour sa seconde campagne de Catalogne, avait-il fait régler les comédiens avant de s'éloigner '. Comme nous reproduisons dans son entier le. texte des documents inédits et inconnus qui mentionnent ce prêt, on verra dans quelles circonstances il fut fait. Ce que nous tenons surtout à faire remarquer, c'est la date du remboursement, le 21 janvier 1668, parce que nous en tirons la preuve que Molière conserva pendant onze ans encore des relations ou des intérêts en Languedoc. Il est vrai que Madeleine Béjart est seule nommée dans ce document ; mais on sait que Molière, en habile politique, s'est servi de prête-noms dans d'autres circonstances; en cas de difficultés il s'évitait ainsi la peine d'intervenir, et quelquefois l'ennui d'indisposer les puissances. Nous voyons en outre, dans l'acte de rem-
1 Déjà les 18 et 22 février précédents Mlle Béjart avait prêté une somme de 32oo liv. dont Julien Meindre, sieur de Rochesauve, s'était porté caution par un acte reçu à Montpellier. (Voy. Soulié, Recherches, p. 254.)
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boursement, que Madeleine Béjart indique pour domicile la « rue Saint-Honoré. » Or on sait qu'à cette époque elle demeurait officiellement rue Saint-Thomas du Louvre, chez sa sœur. Molière, brouillé avec Armande, était venu loger rue Saint-Honoré où Madeleine l'avait rejoint. On ne peut expliquer autrement cette adresse dont la mention nous autorise à penser que la somme remboursée devait appartenir à Molière.
Au mois d'août 1668, Poquelin, sous le nom de son ami le célèbre Rohault, accomplit à l'égard de son père un acte d'une rare délicatesse et qui consista dans le prêt d'une somme de 8000 livres.
L'auteur des Recherches (page 65) a fait connaître ce trait de désintéressement. Ne sont-ce pas les fonds remboursés par les États peu de mois auparavant, qui facilitèrent ce bon mouvement de charité filiale?
i655. -- 1" Avril.