‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 103 sur 175 · DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

DE LA PHILOSOPHIE

La vraie philosophie, chez qui la santé de Tâme contribue à entretenir celle du corps, se fait reconnaître à son extérieur noble et gracieux , à son allure vive et assurée , à sa physionomie heureuse et bienveillante. Elle habite une plaine verte et fertile, où conduisent, à travers les gazons, les fleurs et les ombrages d'un printemps éternel, des routes d'une pente douce et polie comme Test celle des voûtes célestes. Or, c'est là , dans ces lieux calmes et riants , que règne la vertu , dont la sagesse ne peut se passer un moment de suivre les traces , la vertu qui se plaît à marcher elle-même sur les pas de la nature, en compagnie de la fortune et de la volupté ; car, la vertu suprême n'est pas , comme le disent les suppôts de

l'école , plantée au sommet d'un mont escarpé , raboteux et inaccessible , et n'a, d'ailleurs, ni dans la mine, ni dans la voix, ni dans le geste, rien de cette image triste , querelleuse , irritable, menaçante, telle, enfin , que la conçoit leur faiblesse , et qu elle nous la représente, assise à Fécart, sur la pointe d'un rocher, parmi des ronces et des épines : sombre et pâle fantôme , propre à épouvanter les gens !

— C'est moins par un grand savoir que par de bonnes mœurs , qu'on a lieu de mériter le nom de disciple gradué et breveté de la vraie philosophie.

Les enseignements de la philosophie doivent être proportionnés aux progrès de Tàge et de la raison.

— La philosophie est de tous les âges ; mais ; autant il est toujours à propos d'en observer la pratique, autant il semble hors de raison d'en approfondir les subtilités.

— Ou la philosophie n'est qu'une science vaine , captieuse et mensongère , ou ses enseignements doivent , non pas se fonder sur des apparences incertaines , sur des principes arbitraires , en un mot sur des présuppositions concédées et partant contestables^ mais ne s'étayer, au contraire, que des épreuves de

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