DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XIII
un état pire que celui-là même où nous avait d'abord jeté la maladie.
—L'ordre qui pourvoit à la conservation de tout ce qui a vie ici-bas, fait servir tour à tour à ses desseins, selon qu'il lui semble nécessaire, tantôt le mal, tantôt le bien. Prétendre donc, sans une obligation absolue, nous débarrasser au plus vite , par l'emploi de moyens extrêmes, des maladies qu'il nous impose à de certains moments, comme un contre-poids indispensable pour maintenir l'équilibre dejiotre santé, et ne pas essayer, avant tout, d'opposer à nos souffrances quelque régime doux et simple, propre à les allanguir en quelque sorte, et à les atténuer peu à peu sans trouble et sans secousse, c'est vouloir trop souvent ajouter à la rigueur de ces maux toute la violence de ces remèdes ; c'est nous exposer à voir cet ordre, ministre impérieux de la nature, s'irritant contre les obs. tacles, se transformer tout à coup eu désordre, et, sans plus de respect pour la science que de pitié pour le malade, ravir brusquement le malade, sinon le ravage des spécifiques et Tempirement de la maladie, aux vaillants offices de la science. Il y a, disons-nous, en ce qui touche notre condition humaine, bon nombre de maux incidemment utiles aux vues de la nature, et facilement appréciables pour tous tant que nous sommes, contre l'opportunité desquels c'est sagesse que de ne pas nous servir, à beau hasard, du secours pour le moins incertain de la médecine, et de ne pas nous
entourer, à tout événement, de la presse pour le moins alarmante des médecins.
La médecine n'a jamais tort : que le malade guérisse, c'est la science du médecin qui Ta tiré d'affaire; qu'il empire, son état serait bien plus fâcheux encore sans les secours de TEsculape; mais, qu'il vienne à mourir/sa maladie était incurable, et la nature a prononcé son arrêt. Mortels privilégiés , dont, selon Nicoclès, la terre cache les fautes et le soleil éclaire les succès ! Donnons-leur donc toute croyance, puisque, vaincus aussi-bien que victorieux , ils ne sauraient faillir ; nous leur devons tout au moins la foi du malade d'Ésope, quand le pauvre homme s'écriait à ses derniers moments : grâces soient rendues à la médecine ! à force de me trouver mieux, je me meurs !