DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XIII
tant de systèmes opposés, qu'il n'y a sorte de régime, dont nous ayons pu d'ailleurs nous faire une habitude, qu'elle ne semble devoir concilier même avec nos souffrances, et ranger parmi les moyens propres à nous guérir.
Il est difficile, disait Tibère, qu'un homme de sens et de raison, pour peu qu'il ait pris soin d'étudier son tempérament, ne soit, à vingt ans, plus en état que pas un médecin , de discerner ce qui lui est nuisible ou salutaire.
On ne voit guère de gens moins disposés à observer, pour leur propre compte , les règles de vie qu'ils prescrivent aux autres^ que les médecins, tant ils ont peu de foi aux promesses de leur doctrine ; d'où il suit qu'on serait en droit de leur reprocher l'abus quïls font journellement de notre simplicité, s'il n'arrivait que les plus incrédules d'entre nous en fait de médecine, tout le temps qu'il se portent bien, deviennent, du moment qu'ils souffrent, soit crainte de la mort, soit impatience de leur mal, souples et maniables au point de s'abandonner à la discrétion, non seulement des hommes de Fart, mais de quiconque s'offre à les guérir. Et, dans ce cas, au défaut môme d'une foule de charlatans toujours prêts à exploiter notre faiblesse, le monde ne saurait manquer dïngénieux don-
iieiirs de recettes, ayant pour tous les maux de leurs amis ou de leurs voisins des spécifiques merveilleux, si Ton veut bien toutefois les en croire sur parole; car, cette manie de faire la médecine sans étude et sans diplôme est la plaie de toutes les nations.
Nous ferions bien moins de cas de la médecine, si ceux qui la professent ne nous parlaient un langage que nous ne pouvons comprendre, et ne nous prescrivaient Tusage d'une foule de remèdes dont nous ignorons jusqu'à Torigine : c'est rétrangeté de toute cette science de grimoire qui en fait à nos yeux le principal mérite.
— C'est une chose assez malaisée à croire que, dans les maladies compliquées, c'est-à-dire lorsque plusieurs de nos organes sont affectés en même temps, toutes les drogues dont se composent les mixtions qui nous sont prescrites en pareille occurrence, puissent arriver droit à leur destination respective, sans offenser, dans ce trajet, quelqu'un des organes intermédiaires, ou sans avoir perdu, en grande partie du moins, par l'effet du mélange où elles se sont d'abord trouvées confondues, la force et la vertu particulière à chacune d'elles.
—Les dégoûts et les désordres causés par la plupart des préparations officinales, nous jettent souvent dans