‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 117 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE, CUAPITRE XX · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CUAPITRE XX

danger : il en est de la passion des livres comme de toute espèce de volupté , qui ne nous sourit d'abord et ne nous embrasse, qu'afin de nous entraîner d'autant plus aisément à notre perte.

Il faut être jeune pour écrire : les ouvrages de la veillesse risquent de se sentir des glaces de cet âge.

— On ne doit publier ses ouvrages , que lorsqu'ils sont arrivés au point de perfection relative où Ton se sentait capable de les faire parvenir. Vendre ses écrits, et se réserver le droit d'y mettre de nouveau la main, outre qu'on est, pour l'ordinaire , aussi peu habile à se bien corriger soi-même Cju^àbien corriger les autres, c'est avouer au public qu'on ne lui avait livré qu'une besogne incomplète. De pareils auteurs, il ne faudrait rien acheter qu'après leur mort.

— Il n'appartient qu'aux hommes d'un mérite exemplaire, d'offrir au public, dans leurs ouvrages, le récit de leur propre vie»

« Técrwk ce livre en me jouant^ » formule banale ^ qui, dans le langage de certains auteurs, signifie : « Voyez ce qu'avec plus de temps je serais capable do faire ! » Mais , ces gens ont beau s'imaginer que la présomption peut leur tenir lieu de mérite; vainement

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chercheraient-ils à faire passer dans Tespritd'nn consciencieux Aristarque, Tilhision quïls ont peut-être grand' peine à trouver en eux-mêmes : ce n'est guère à pareille amorce qu'ils doivent se flatter de prendre un homme de sens.

Il en est de certaines œuvres de Tesprit comme de certaines productions de Tart; imparfaites seulement sous le rapport de l'exécution, mais accueillies, pour ce défaut même, sinon par le mépris , du moins par l'indifférence du siècle qui les voit éclore , elles semblent avoir besoin que l'avenir en ait fait reconnaître toute l'utilité, pour qu'on leur accorde enfin la juste réparation, que ne pouvait manquer d'obtenir tôt ou tard rimportance de leur mérite. C'est quelquefois là le sort des travaux les plus recommandables, comme ce peut être aussi la fortune de certains abrégés ou de certains pastiches , dont les metteurs en œuvre n'ont souvent dii leur renommée qu'à la destruction des ouvrages qui leur en avaient fourni la matière ou le modèle : c'est, quant aux uns , une bonne quoique tardive justice; maiS; pour les autres, ce n'est plus, à quelque titre qu'ils l'obtiennent, qu'une réputation usurpée.

— S'approprier les inventions d'autrui, sans faire connaître la source d'où elles proviennent, c'est d'abord un rapt et une injustice; se couvrir tout entier

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