‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 119 sur 175 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

DE l'homme et des SOCIÉTÉS HUMAINES,

On pourrait comparer les diverses périodes qui se succèdent, depuis Torigine jusqu'à la chute des empires, aux différents âges dont se compose la vie de Thomme, prise dans toute l'extension de sa durée naturelle. Enfance, jeunesse, maturité, décrépitude, voilà les principales divisions de ce cercle fatal, dans les limites duquel les hommes aussi-bien que les sociétés qu'ils ont établies, viennent incessamment commencer et finir le cours de leur mystérieuse et fragile destinée. Mais, ce sont, en outre, pour les uns comme pour les autres, à de certains intervalles inégaux et imprévus, de pareilles alternatives de trouble et de repos, de faiblesse et de vigueur, de maladie et de santé ; ce sont encorc; soit qu'il s'agisse de tempérer la surabondance des humeurs chez l'homme, soit qu'il convienne de retrancher quelque excès de population dans un État, ce sont, à l'égard du premier, les purgations et les saignées, et, quant au second, les guerres et les migra-

lions; ce sont, enfin, aux yeux de qui se plaît à rapprocher, dans toutes leurs phases, le corps humain du corps politique, le même ordre et la même succession de causes et d'effets, les mêmes principes et les mêmes symptômes de force et de prospérité, de langueur et de dépérissement; ce sont, en un mot, les mêmes phénomènes se renouvelant et s'accomplissant, selon l'immuable condition des œuvres de la nature, c'està-dire, entre ces deux lois communes et universelles: la vie et la mort.

Il y a tant de germes de trouble et de désordre, qui se développent et se renouvellent perpétuellement au sein de toute république, que la conservation des États est une sorte de merveille, dont Faccomplissement a droit de surpasser la portée de l'intelligence humaine.

Une des causes qui semblent concourir le plus efficacement au maintien des sociétés humaines, c'est, sans contredit , ce préjugé commun aux peuples les moins avancés même dans les voies de la civilisation, que rien ne saurait être préférable au système de gouvernement qu'ont établi leurs pères, et sous les principes duquel eux-mêmes ont pris naissance et se trouvent avoir été élevés. Toute police contraire à la nôtre nous apparaît, en ce qui peut y choquer nos règles et nos habitudes, comme une chose monstrueuse et hors

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