DE LA COUTUME
La coutume est une souveraine impérieuse, qui exerce une puissance universelle , et fait courber sous son sceptre de fer tout ce qui commande aussi-bien que tout ce qui obéit dans le monde.
— On prend pour lois de droiture ou de sagesse les opinions généralement reçues, et l'on regarde comme sortant des voies de la saine justice ou de la droite raison, tout ce qui dévie du train de la cou-
turae, autorité parfois si peu juste et si peu raisonnable.
La coutume nous dérobe la vraie physionomie des choses.
— Quiconque remonterait à Torigine de certaines traditions, quil ne tient lui-même^pour indubitables, que sur la foi chenue et ridée de la coutume , d'où elles empruntent toute leur force et tout leur crédit; quiconque soumettrait Fexamen de pareils faits au contrôle de la raison et de la vérité , ne laisserait pas sans doute de sentir son jugement comme tout bouleversé, en se voyant contraint de changer Tordre de ses idées et la forme de ses croyances; mais , il ne lui en resterait pas moins cet avantage, d'avoir acquis un grand fonds de sagesse, en dépit de la folie des autres et aux dépens de sa propre folie.
Il n'y a rien de si difficile en apparence, à quoi ne puisse nous plier un continuel usage , et que ne finisse par nous rendre non seulement possible et familier, mais souvent même indispensable, la force d'une longue et persévérante habitude. On ne saurait donc trop s'attacher, dans Téducalion des hommes, à combattre et à détruire de bonne heure , soit leurs moindres répugnances pour tout ce qui doit les di-