‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 124 sur 175 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE ill · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE ill

riger vers le bien , soit leiirs moindres inclinations pour tout ce qui ne tendrait , au contraire , qu'à les jeter sur la pente du mal.

— Platon tança un enfant qui jouait aux noix : c< Tu me tances pour chose de peu, lui répondit Tenfant : » « Chose de peu^ répliqua Platon ; n'est pas Faccoutumance. >>

Il n'y a presque rien de tout ce qui nous apparaît pour la première fois , que nous ne soyons disposés à tenir pour étrange et pour exceptionnel , c'est-à-dire que nous ne regardions comme étant ou hors de Tordre et de Tusage commun , ou contre les lois de la raison et de la nature. C'est par suite de cette disposition universelle, qu'on nous voit appeler barbares des peuples qui auraient droit , à plus d'un titre peutêtre, de nous renvoyer cette ridicule dénomination. Ignorants ou vaniteux que nous sommes, nous ne réfléchissons pas que c'est la nouveauté seule de la plupart des choses, qui en fait communément pour nous le merveilleux et Fétrangeté !

— On s'apprivoise, par l'usage^ avec toute espèce d'étrangeté; il ne s'agit, en cela^ que d'un peu plus ou d'un peu moins de temps.

Toute disposilion particulière de nos organes , qui tend à singulariser nos mœurs , doit être soigneusement combattue en nous, comme ennemie des relations que nous sommes destinés à entretenir avec nos semblables. Il importe donc , à cette cause , d'accoutumer la jeunesse à vaincre de bonne heure ses antipathies naturelles , et à se plier de telle façon à toute espèce d'habitudes soit nationales ou étrangères , qu'elle se mette en état de pouvoir un jour fah^e toutes choses, sans cesser, pourtant, de n'aimer à faire que les meilleures et les plus raisonnables.

— La coutume diversifie notre nature comme il lui plaît, et fait prendre à nos mœurs telle forme que bon lui semble. Aussi, doit-il entrer dans l'éducation des jeunes gens, qu'ils apprennent à troubler quelquefois leurs règles et leurs habitudes, afin de réveiller au besoin leur vigueur assoupie , et d'éviter par là qu'elle ne faiblisse et ne dégénère. Il n'y a train de vie si sot et si débile, que celui qui procède par ordonnance et par discipline. Un honnête homme n'adopte aucune façon particulière de vivre; il prend au contraire à tâche ^ non seulement de régler ses goûts sur ceux de son propre pays , mais encore de les assouplir aux usages de chaque nation , quelque étranges qu ils puissent être.

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