TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE XT
prit (le riiomme, lui font concevoir et enfanter, pour ainsi dire à son insu , en dehors des règles les mieux éprouvées et par les moyens les moins fondés en apparence, de véritables prodiges , dont Faccomplissement passe sa propre intelligence ^ et commande Tadmiration universelle? D'où viennent ces heureuses innovations , ces utiles découvertes , ces brillants chefs-d'œuvre , ces mémorables actions de guerre , enfin tant de palmes si glorieuses et tant de trophées si divers , dont s'enrichissent tous les siècles et tous les peuples, depuis Torigine du monde; d'où viennent-ils que du souffle inspirateur et de l'influence créatrice de la fortune ? Et ne semble-t-il pas que ce qu'on a coutume de nommer génie , on ferait mieux peut-être , en bien des occasions du moins , de l'appeler bonheur?
— Il ne suffit pas , pour se faire un dojîi glorieux dans les armes , de réunir ea soi les qualités physi^ ques et intellectuelles , qui sont le propre du grand homme de guerre; il faut, indépendamment de ces avantages , avoir encore pour soi l'occasion qui sert à les produire, et le bonheur qui permet de les conserver. En effet, quand vous posséderiez une organisation tout aussi riche et tout aussi complète , sous le rapport des capacités militaires, que celle même dofit la nature avait pris soin de pourvoir Alexandre ou César, toujours est-il que vous ne sauriez être César ni Alexandre qu^ sous le bon plaisir de la forttme.
— C'est un noble dessein que de vouloir assigner même à notre mort un but utile et glorieux ; et , néanmoins, Feffet d'un pareil vœu dépend, non pas absolument de notre bonne résolution , mais en grande partie , au contraire , de notre bonne fortune.