DE LA SOTTISE
Nul n'est exempt de dire des sottises; le malheur est de les tenir et de les donner pour des traits d'esprit.
Discuter sérieusement avec un sot, c*est mettre tout à la fois en péril notre jugement et notre conscience.
~- C'est le naturel des sots d'être vains, tranchants, opiniâtres et incorrigibles : il y a de certains esprits que la discussion calme et rafraîchit, à mesure qu'elle les éclaire; il y en a d'autres, au contraire, que nulle évidence ne saurait éclairer ni convertir, et que les contradictions irritent même, et échauffent à un tel point, qu'on ne les voit jamais plus ardents à engager une nouvelle dispute, que lorsqu'ils sortent tout froissés et tout meurtris de quelque rude assaut de controverse.
— La sottise trouve quelquefois dans sa mémoire des molsheureux,qireUeaveniure sauseu conuaiîreîapor-
tée, et qui n'acquièrent de valeur que par le soin que nous prenons de les mettre en crédit. Gardons-nous de lui prêter secours^ ces éclairs passeront inaperçus : c'est duperie quelui servir d'interprète; elle ne manquerait pas de se prévaloir de cet avantage, et défaire trophée des lumières d'autrui, sauf à n'en devenir ensuite ni plus sage ni moins inepte. C'est peine également perdue, que de s'attacher à combattre ses erreurs ; laissezla, pour peu que sa vanité l'aveugle , s'engager dans cette matière qu'elle ne possède pas , et vous la verrez incontinent s'y embourber et s'y perdre. La malice , en pareille aventure, est un péché de bon aloi : l'outrecuidance, cette verve des sots, laquelle, s'échauffant par la contradiction, fait paraître ces gens si satisfaits d'eux-mêmes, impose communément au vulgaire, et finit presque toujours par entraîner les suffrages de la multitude ; ce que peut donc faire de mieux un homme de quelque mérite, en présence d'un sot qui parle, c'est de se taire : Topiniàtreté à soutenir ses opinions est le caractère distinctif de la bêtise : que tenterions-nous de l'éclairer? Grave et important, résolu et dédaigneux, l'âne, de sa nature, est un animal indisciplinable.
C'est un assez mince avantage que celai d'être teint pour habile homm.e dans ses écrits, si, hors de là, ou ne doit plus passer que pour un sot.